L'ITALIE
une étourdissante virtuosité. La fantaisie exubérante de la décoration romaine s'est répandue dans toute l'Europe. On appelle ce style baroque, du nom de baroque (nom portugais qui désigne les perles irrégulières) ; et de baroque dérivera rocaille et rococo.
L'école bolonaise. ^> Lorsque les élèves directs de Raphaël et de Michel-Ange, comme Jules Romain et Daniel de Volterre, eurent disparu, la peinture italienne resta un temps sans chef et sans doctrine. Allait-elle se contenter de répéter ce qu'elle avait appris? Une école qui n'invente plus est une école qui meurt. C'est alors que, à Bologne, dans une ville qui n'avait point encore été une capitale artistique, les trois Carrache, Louis, Augustin et A nnibal, créèrent un enseignement d'une nouveauté relative et qui empruntait au passé ce qu'il avait de plus admirable pour en composer une peinture inédite ; on remettait au pressoir les anciennes vendanges. Les paysages et les chairs de Titien, les éclairages de Corrège, les musculatures de Michel-Ange, les attitudes et les compositions de Raphaël et enfin la pureté des formes antiques... on trouve tous ces souvenirs dans le - «saintetés» et les « mythologies » de l'éclectisme bolonais. Un caractère domine : la peinture est devenue sombre; pour rendre le modelé plus solide, les ombres opaques s'opposent à des clartés rares. Les meilleurs élèves des Carraches sont Le Guide, Pominiquin, l'Albane, Guerchin. Mais ce dernier est déjà influencé par le farouche Michel-Ange de Caravage, théoricien et praticien du pur naturalisme. Caravage est un maître vigoureux qui peint d'après nature et sacrifie la noblesse du style à la vérité brutale. C'est un beau peintre qui partageait
avec le Guide la faveur de la jeunesse. Beaucoup oscillaient de la correction un peu froide du Bolonais à l'énergie brutale du naturaliste. Ces peintres innombrables nous intéressent peu aujourd'hui ; ils ont rempli les galeries du xvne siècle ; ils ont formé les grandes écoles nationales d'Europe ; ils ont beaucoup perdu dans la faveur des amateurs ; leur importance historique n'en reste pas moins considérable.
Le style jésuite, le rococo, l'éclectisme bolonais et le naturalisme de Caravage sont les derniers fruits de la Renaissance italienne, les dernières inventions qu'elle ait offertes à l'Europe. L'âme qui vivifie les styles est passée en d'autres pays et quelquefois les artistes de la péninsule ont suivi, apportant dans les différentes cours leur incomparable virtuosité.