CHAPITRE VU L'ANGLETERRE AU XVIIle SIÈCLE
LA PEINTURE ANGLAISE S'EST FORMÉE A L'ÉCOLE FLAMANDE. || C'EST UNE ÉCOLE DE PORTRAITISTES. REYNOLDS, GAINSBOROUGH, LAWRENCE.
L'Angleterre adopte les styles européens. -cNous n'avons guère vu, jusqu'alors, l'Angleterre intervenir dans l'histoire de l'art européen. Non qu'elle ait ignoré les arts plastiques ; mais si elle a connu et pratiqué les principales formes d'art qui ont été admises depuis l'époque romanef il ne semble pas qu'aucune d'elles soit née en Angleterre. En architecture, elle a accueilli le style roman, elle a construit d'admirables cathédrales gothiques, et à la fin du moyen âge elle a développé une forme spéciale de l'ornementation ogivale, que l'on appelle le style perpendiculaire et dont on admire de riches exemplaires à Oxford. Durant le xvie siècle, elle passa du style gothique au style classique en combinant les deux manières (style Tudor). Puis, au XVIIe siècle, le classicisme se dégagea dans les œuvres d'Inigo Jones et de Wren, qui construisit Saint-Paul de Londres, à l'imitation de Saint- Pierre de Rome. Pour la peinture, les Anglais firent venir du continent des maîtres qui représentaient le mieux le style à la mode, auxvie siècle, Holbein; Antonio Moro; au xvne siècle, Rubens, Van Dyck;
au commencement du xvnie siècle, des portraitistes français. Enfin à ce moment naquit une école originale anglaise.
L'école des portraitistes, o Elle est une filiale de l'école flamande. Le premier, le « Giotto de la peinture anglaise », fut William Hogarth. Ce fut un peintre de mœurs, un moraliste satirique violent. Ses tableaux sont des sermons qui se présentent en série d'épisodes qui se terminent par la récompense des bons ou tout au moins par le châtiment des méchants. Des tableaux de ce genre ne sont pas nécessairement de bonnes peintures ; mais ils sont toujours fort populaires et ils expriment bien l'âme d'un peuple.
Reynolds. Gainsborough. o Sir Joshua Reynolds fut, au contraire, un peintre pur, sans préoccupations historiques ou morales et qui se consacra exclusivement au portrait. Il avait voyagé en Italie et fut un disciple habile des Vénitiens, de Corrège et des Flamands. On vit rarement un technicien plus expert à rendre la fraîcheur des belles Anglaises de l'aristocratie. Quelques-unes de ses peintures de femmes et d'enfants sont vraiment des choses nouvelles dans l'art pour l'éclat du teint et la transparence de l'épiderme. Son rival, Gainsborough, donne aux figures un charme plus sentimental. Sa peinture est plus tendre ; ses modèles d'une élégance moins al tière rêvent au fond des parcs que Van Dyck peignait déjà, mais qui n'étaient point encore teivtés de mélancolie. Les héroïnes de Gainsborough ont lu les romans de Richardson. Leur peintre est aussi un beau paysagiste qui a su les parer de toutes ces finesses de couleurs et de lumières que la nature lui avait enseignées.