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LA RÉVOLUTION ET L'EMPIRE

fortement les passions de son temps ; avec ses qualités et ses défauts, il exprime bien la génération qui a fait la Révolution et l'Empire.

Ses élhes. o Son action fut toute-puissante sur ses imitateurs et ses élèves. Guérin conduit l'Apollon du Belvédère à la Comédie-Française; Gérard est un artiste plus aimable qui fait des concessions au modernisme et nous a laissé une galerie de beaux portraits. Chez Girodet se discernent les inquiétudes d'un art nouveau. Les rêveries fastueuses d'un Chateaubriand ont ému ce peintre de statues et un halo de clair de lune flotte autour de ses corps de marbre.

Prud'hon. Gros, o Prud'hon et Gros furent les meilleurs peintres de ce temps ; chez eux, le génie fut assez fort pour n'être pas étouffé par l'intransigeance de l'idéalisme archéologique. Dans les peintures de Prud'hon, la fine sensualité de l'art Louis XVI se mêle à la tendre mélancolie d'un romantisme lamartinien. Comme les meilleurs élèves de David, il observe la pureté de la plastique grecque ; mais de ses chairs émane le rayonnement de la lumière et la tiédeur de la vie. Il fait penser à la fois à Praxitèle et à Corrège.

Gros fut le peintre de l'épopée impériale. Sa peinture l'est pas d'un artiste qui a regardé les soldats aux revues du Carrousel. Il a vu la guerre, et ses batailles ne sont pas seulement des panoramas décoratifs à la gloire d'un général ou des mêlées pittoresques pour distraire les yeux. Dans les Pestiférés de Jaffa et surtout dans la Bataille d'Eylau, il se dégage une noble émotion de ce spectacle mêlé de souffrance humaine et de gloire militaire.

Gros est aussi un beau peintre, fougueux et colore, grand admirateur de Rubens qui fut avant lui admirable pour rendre l'acharnement d'une bataille et L'éclat des costumes guerriers.

Petits maîtres, o Au-dessous de ces maîtres, des peintres plus modestes, et plus près du naturalisme hollandais que de l'idéalisme antique, se sont amusés à fixer les aspects bourgeois et populaires de la vie en ces temps d'histoire grandiose. Granet; Drolling, Boilly, Carie Vernet, Debucourt furent des peintres charmants, des illustrateurs spirituels et des caricaturistes pleins de verve. Nous ne sommes pas loin parfois de nous plaire à ces petites images plus qu'aux compositions ambitieuses d'un David ou d'un Gros. C'est pourtant bien "dans l'œuvre de ces derniers qu'il faut chercher l'âme exaltée des hommes de la Révolution et de l'Empire. Le fanatisme de la beauté antique ne les a pas détachés de leur temps ; il les a seulement exhaussés au-dessus du réalisme vulgaire ; mais sous cet idéalisme on sent bouillonner les passions d'une époque orageuse. Elles éclateront bientôt dans l'art romantique.

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