L'EGYPTE
origines de la statuaire égyptienne ; elle nous apparaît dans les œuvres les plus anciennes, fixée déjà dans quelques attitudes — l'homme debout, assis, accroupi, agenouillé — qui se sont maintenues jusqu'à la fin de cette civilisation. 'Elle atteint au naturalisme le plus véridique dans les visages et s'en tient pour le corps et les membres à des types déterminés par la tradition, imposés aussi par la matière ; car la pierre dure, basalte, diorite, granit, ne se prête qu'à des gestes rares et étroits. La rigidité des attitudes, la noblesse élégante des silhouettes et aussi une exécution parfaite caractérisent ces nombreuses figures d'hommes et de dieux. On reconnaît une vie intense enfermée en un repos éternel.
La peinture, o La peinture s'est aussi arrêtée dans son effort pour représenter la vie et s'est fixée dans un jeu de silhouette plate d'une élégance un peu rigide. Le peintre égyptien a toujours ignoré le relief et la profondeur. La projection plane qu'il donne du corps humain pose des visages de profil sur des corps de face que portent des jambes de profil. Ces conventions acceptées par l'art égyptien ne l'ont pas empêché de composer avec ces formes invariables des représentations fort animées et spirituelles parfois de la vie sur terre ou aux enfers. Les bas-reliefs égyptiens ne sont guère plus que des gravures sur la pierre et observent les mêmes lois et conventions que la peinture. Le naturalisme égyptien a toujours été emprisonné dans une implacable géométrie. Cette dureté de contour imposée à la souplesse de la vie n'a point gêné les orfèvres qui ont ciselé les couronnes et les pendentifs trouvés dans les tombeaux des
reines ; ils ont pu cloisonner l'émail avec l'or et nous ont laissé des bijoux d'une perfection achevée. L'art égyptien qui s'est constitué pour défendre l'homme contre la mort n'a point manqué son but. Nous ne rencontrerons jamais plus de monuments capables, comme ceux d'Egypte, de résister à la destruction et à l'usure du temps. Si la planète se refroidit un jour, toutes les traces d'humanité seront vite effacées, mais, tandis que la terre roulera éternellement dans l'espace, les pyramides, comme des montagnes, continueront de jeter leur cône d'ombre sur le sable du désert.