‹ Initiation artistiqueChapitre 53 sur 54 · L'ART D'AUJOURD'HUI · texte numérisé non relu

L'ART D'AUJOURD'HUI

regardes toute littérature électorale ou tout boniment de publicité. Pour un avocat qui sait son métier, c'est l'enfance de l'art que de transformer le plus grand scélérat en un petit saint. Juge par toi-même. Si, parfois, tu es un peu déconcerté par les formes délirantes que l'on propose à ton admii ation, va te refaire dans un beau musée. Tu y renforceras ta croyance que la sculpture et la peinture sont avant tout des arts « d'imitation » et qu'ils doivent d'abord imiter les apparences de la réalité. Que si des préfaces insidieuses te troublent, rappelle-toi que les arts plastiques, depuis que nous les connaissons, ont toujours été régis par cette loi. Depuis les origines de l'art égyptien jusqu'à ces dernières années, tous les artistes ont toujours voulu reproduire les aspects de la vie ; c'est une tradition de 6 ooo ans qu'une impétueuse jeunesse voudrait rompre ; et même elle remonte à l'art des cavernes; les bisons et mammouths des Eyzies sont dessinés et vus par des hommes qui dessinaient et voyaient comme nous. Allons-nous donc assister à la disparition d'habitudes qui datent de 15 000 ou 20000 ans? Ce n'est pas très croyable.

Mais on t'expliquera que cette conception de la sculpture et de la peinture « arts d'imitation » est dépassée, et l'histoire d'hier nous aide à comprendre comment les peintres et les sculpteurs ont peu à peu éliminé tout ce qui faisait autrefois la dignité des arts plastiques, le souci d'exprimer une idée ou du sentiment; les anciennes formes d'art comme la peinture d'histoire ont disparu ; restaient le paysage, le portrait, la nature morte ; à leur tour ils se dissocient en leurs éléments, des taches, des lignes ; l'impressionnisme est à l'origine de cette dispersion, mais au moins se justifiait-

elle par la vibration de sa' lumière. Le « cézannisme » a rejeté aussi la lumière. Il reste les «volumes» ; on parle beaucoup des « volumes » dans la littérature des peintres. Mais quand on cherche une excuse à tant de sacrifices, on ne la trouve que dans l'effet décoratif. Ainsi la peinture se résignerait à n'être qu'un jeu de taches pour enchanter un instant les yeux. Deux voies s'ouvrent à elle : d'un côté Vinci ou Rembrandt ; de l'autre une céramique ou tapisserie persane. Nos peintres n'hésitent pas ; ils renoncent à « l'expression » pour « l'ornementation ». Pouvons-nous consentir à un tel appauvrissement? Il suffit de rappeler l'histoire pour comprendre combien notre sensibilité en serait diminuée.

L'histoire encore te rappelle comment d'autres écoles ont ainsi réduit les images de nature à des motifs d'ornementation ; ce fut la tendance constante des arts asiatiques, et les décorations persanes et arabes sont en effet parmi les choses les plus rares qui soient sorties de mains humaines. Mais ce n'est pas la peinture à l'huile qui pourra jamais créer une beauté de même ordre. C'est le caractère précieux de la matière et la difficulté du métier qui font la beauté de cette décoration ; notre peinture à l'huile n'est pas une matière précieuse ; elle n'est ni de la porcelaine, ni de l'émail, ni de la soie, ni même de la laine ; on la pose sans difficulté sur le panneau. Toute sa valeur est dans sa souplesse; ici l'art ne commence qu'avec l'imitation et la métamorphose de cette pâte colorée en lumière, en chair, en apparences de vie. Elle a été inventée par des portraitistes et des paysagistes ; elle ne donne toute sa valeur que dans le paysage ou le portrait. Si les peintres ne veulent que faire de l'ornementation,

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