L'ASIE
montagnes septentrionales ont durement écrasé les peuples de la basse Mésopotamie. Leur capitale était Ninive sur le haut Tigre. C'est auprès de cette ville que des fouilles ont mis au jour, à Khorsabad, le palais des rois Sargoun-Sennachérib qui vivaient entre le IXe et le VIIe siècle avant notre ère. On en a rapporté un grand nombre de bas-reliefs et des figures de taureaux ailés que se partagent le Louvre et le Musée Britannique. Les taureaux ailés, les Khérubim des prophètes bibliques, sont des animaux fantastiques qui accueillaient, de chaque côté des portes, les visiteurs du palais ; ils montrent un corps de taureau, une tête d'homme, une crinière de lion, des ailes d'aigle, et combinent ainsi les quatre animaux dominateurs de la création. Ces génies protecteurs expriment une force monstrueuse et, malgré leurs ailes, ils pèsent lourdement de leurs sabots puissants.
Les bas-reliefs sculptés dans le calcaire sont les chroniques de la vie royale : des batailles, des sièges de ville, des chasses, des captifs qu'on égorge ou qui travaillent sous le bâton. Nous imaginons assez bien ce que dut être la civilisation assyrienne, et ce fut sans doute chose effroyable. Les conventions acceptées par l'art assyrien sont de même nature que celles de l'art égyptien. Ces sculpteurs ne poussent pas l'observation des mouvements au delà de quelques gestes des bras et des jambes, et les figures aplaties sur le plan du bas-relief ne se libèrent jamais pleinement des attitudes de profil. Le ciseau grave avec une dure précision les broderies des longues robes, les barbes calamistrées, les ligaments et les muscles des jambes nues ; mais l'artiste n'a jamais atteint à la souplesse du torse ni à l'individuahté physionomique. Comme l'art égyptien, l'art assy-
rien est resté figé avant d'être entré en pleine possession des formes de la vie.
En revanche, ces sculpteurs paraissent avoir échappé à toutes les servitudes qui entravent l'artiste et le fixent, quand ils font revivre les animaux. Le Musée Britannique expose un ensemble de basreliefs représentant des lions, des onagres, des cerfs et toutes ces bêtes sont admirables. L'artiste, qui ne sait que reproduire toujours le même type quand il sculpte l'homme, montre, quand il copie les animaux, une justesse d'observation que nous rencontrerons bien rarement dans l'histoire de l'art ; le cerf léger et craintif sur ses pattes fines, le lion qui rugit, les pas souples du félin rampant, la lionne blessée qui traîne son arrière-train brisé, autant de chefs-d'œuvre au sens absolu. Cette dure analyse musculaire qui nous paraissait si brutale dans la figure humaine donne une vie profonde à ces corps d'animaux.
Les Perses.o A leur tour, les Mèdes et les Perses vinrent enlever aux Assyriens l'hégémonie de l'Asie • à leur tour, ils acceptèrent en grande partie l'héritage chaldéen. Mais déjà aux VIe et Ve siècles avant notre ère, la civilisation de Mésopotamie était moins isolée, et dans les restes du palais des Achéménides, Darius et Xerxès, à Suse, on peut reconnaître, à la composition des chapiteaux, que la Perse admet des emprunts à l'Afrique et à l'Europe. La campane d'Egypte et la volute d'Ionie s'allient au taureau chaldéen. Ce palais, que décrit le livre d'Esther de la Bible, était éblouissant. Les tapis et tentures ont disparu, mais des fragments de la décoration murale, des briques émaillées, nous permettent d'imaginer la splendeur du palais du roi Assué