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I. — PÉRIODE PRIMITIVE

L'Europe entre dans l'histoire après l'Afrique et l'Asie ; mais c'est pour y prendre la place prépondérante. La civilisation y apparut d'abord dans le bassin oriental de la Méditerranée, dans les îles et sur les côtes, sur les points qui recevaient plus directement le rayonnement du foyer oriental. Par sa situation centrale et son étendue9 l'île de Crète était désignée pour un rôle particulièrement important dans ce milieu égéen. De vieilles légendes grecques y plaçaient la royauté idéale de Minos, le labyrinthe et les ingénieuses inventions de Dédale, r .îst-à-dire la justice, l'architecture et les arts ngurés ; les découvertes de l'archéologie moderne ont, comme il arrive bien souvent, confirmé les mythes ; il faut seulement les traduire en langage historique.

La Crète, o Les fouilles pratiquées en Crète, à Cncssos, ont découvert les soubassements d'un immense palais où des archéologues reconnaissent le fameux labyrinthe, séjour du roiMinoset où Thésée vint, avec la complicité d'Ariane, tuer le Minotaure. Ce palais fut construit, sans doute, vers le XVe siècle avant notre ère. On y compte des chambres innombrables, des celliers remplis de jarres, des cours, une salle du trône avec un siège taillé dans la pierre, mais dont la forme représente curieusement une chaise moderne. Des caractères sur des tablettes d'argile restent à déchiffrer, des objets multiples à interpréter, et les archéologues ne savent s'ils doivent rattacher cette civilisation à l'Egypte ou à la Phénicie. Mais quelques fragments de sculpture et surtout des figures peintes sur les murailles nous présentent un art bien différent de ce que nous avions vu en Orient. Des silhouettes de jeunes femmes, au profil animé, aux cheveux fous, aux tailles cambrées et aux jupes à volants ; Ariane, Médée, Phèdre, toutes ces princesses qui ont occupé la poésie de leurs aventures romanesques, avaient-elles donc déjà cette vive allure de «petites femmes » modernes? Tout au moins peut-on reconnaître dans ces spirituelles esquisses un esprit nouveau, la vivacité d'Europe en face de la somnolence d'Asie.

Mycènes et Tirynthe. o Cette civilisation Cretoise a rayonné sur les îles et les côtes ; les centres les plus brillants en furent les villes mêmes que nous citent les poèmes homériques, et tout d'abord Troie qu'habitait Priam, auprès des Dardanelles, et dans le Pélo ponèse, Mycènes et Tirynthe, le séjour d'Agamemnon. Les archéologues ont cherché dans la terre les restes de ces anciennes capitales. Troie a donné

LA GRÈCE

quelque déception ; sept villes superposées ont été découvertes, depuis une agglomération préhistorique jusqu'à l'Ilium novum. L'une de ces villes portant des traces d'incendie, on a cru reconnaître la ville de l'Iliade ; mais quelques poteries et des plans de maisons fort simples ne répondent point à ce que nous attendons de la ville du roiPriam. Enrevanche, Mycènes et Tirynthe ont donné des fouilles assez fructueuses pour nous permettre de reconnaître la demeure d'un roi puissant. Dès longtemps, les voyageurs connaissaient le « nid d'aigle » de Mycènes qui domine la plaine d' Argos. La « porte aux lions », surmontée d'un énorme fronton où deux lionnes se dressent de chaque côté d'une colonne, a sans doute été insérée dans un mur « pélasgique » beaucoup plus ancien. Mais des tombeaux découverts dans l'enceinte funéraire ont révélé une quantité d'objets précieux, des masques en feuille d'or, des bijoux, des armes, et l'on a pu croire qu'on était en présence du« trésor des Atrides ». Si l'on peut douter que l'on se trouve ici devant la dépouille d'Agamemnon et de Cassandre, ces monuments n'en sont pas moins une confirmation de la véracité homérique. Le poète appelait Mycènes « la ville riche en or ». La description du bouclier d'Achille qui remplit un chant de l'Iliade semblait une fantaisie de poète bavard ; les lames de bronze de Mycènes, incrustées d'or et d'argent, prouvent que ces artistes ont su composer des tableaux animés de figures humaines en faisant jouer la couleur du métal. Deux chefs-d'œuvre de cet art mycénien ou crétois sont les fameux gobelets d'or de Vaphio où l'on voit représentés, en repoussé, avec une vie extraordinaire, des taureaux sauvages que l'on chasse et des taureaux domestiqués que l'on conduit ; et quelques

poteries décorées d'algues et de poulpes nous annoncent également que le génie grec ou européen peut bien consentir à styliser les formes de la nature pour en tirer un décor, mais non pas à raidir la souplesse de la vie.

A Tirynthe enfin, qui vit naître Hercule, le héros dorien, une acropole s'est conservée dans son endeinte de pierre. La demeure qu'elle abrite, un melaron, ou grande salle entourée de cours, d'ateliers et de magasins, a permis de reconstituer un palais tel que les décrit Homère; c'est ce megaron qui, en se perfectionnant, deviendra la demeure du dieu, le temple grec.

Ainsi les poèmes homériques décrivent une civilisation réelle. Leur rédaction actuelle est sans doute du vme siècle avant notre ère. Mais la société qu'ils font revivre est beaucoup plus ancienne. Entre cette civilisation et Y Iliade se placent plusieurs siècles vides pour l'art et pour l'histoire. Sans doute quelque cataclysme historique vint-il interrompre cette prospérité ; ce sont les invasions doriennes qui ont écrasé cette première floraison du génie grec.

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