XVI'' ET XVII" SIECLES : FRANCE
entrepris et ils ont fait, au demeurant, de très belles choses.
Ronsard a fait, à la vérité, un poème épique illisible et des odes âans la manière de Pindare un peu écrasantes ; mais il a écrit des morceaux épiques détachés qui sont, quoique toujours un peu délayés, d'une beauté réelle, et des odelettes ravissantes de grâce et de sensibilité vraie et des sonnets de tous points merveilleux.
Joachim du Bellay a fait, de son côté, des sonnets qui comptent parmi les plus beaux de la langue française; — les autres ont souvent des inspirations très aimables.
Adjoignons à leur groupe quelques poètes dramatiques qui ne savent pas encore ce que c'est qu'une tragédie vivante et qui, même quand ils imitent Euripide, sont de l'école de Sénèque, mais qui savent écrire en vers, qui savent faire un discours et quelquefois une douce élégie. Ce sont, pour ne citer que les principaux, Jodelle, Robert Garnier et Montchrétien.
En prose, dans cette seconde moitié du XVI» siècle, nous avons des traducteurs comme Amyot, qui met Plutarque en un français savamment limpide, plein de naturel et de bonhomie et un peu nonchalant. Nous avons des écrivains religieux comme Calvin, au style dur et «triste», comme a trèsbienditBossuet, maissobre, vigoureux et puissant. Nous avons des écrivains politiques comme l'éloquent La Boétie, l'ami de Montaigne qui, dans le Discours sur la servitude volontaire, revendique les droits du peuple contre Un, c'est-à-dire contr ' monarchie. Nous avons des auteurs de Mer, -s, comme Montluc et
Brantôme diversement pittoresques, tous deux curieux, informés, très vivants et donnant une contribution importante à l'histoire.
Nous avons enfin des moralistes comme du Vair, trop longtempsoublié etcomme Montaigne. Du Vair a été un orateur très éloquent et du reste très courageux pendant les troubles de la Ligue ; il a laissé de très beaux traités philosophiques, la Philosophie morale des stoïques, De la constance et consolation es calamités publiques, etc.
Montaigne, moins grave et moins stoïque, bien meilleur écrivain et l'un des deux ou trois plus grands prosateurs de France, était le bon sens même aiguisé d'esprit et enrichi d'une charmante imagination. Au gré de son humeur, tantôt stoïcien, tantôt épicurien, tantôt sceptique, toujours sage et fin et toujours, aussi, admirateur de la grandeur d'âme et du courage, c'est le meilleur des conseillers et des compagnons de vie et de lui plus que de tout autre on doit dire : « C'est avoir profité que de savoir s'y plaire ». On ne saurait lui reprocher que d'avoir un peu trop parlé de lui, j'entends d'en avoir quelquefois parlé en entrant dans des détails dont on aimerait à se passer.
La première moitié du xvii* siècle en France n'est qu'une suite du xvi* siècle, avec quelques caractères distinctifs, naturellement, et avec un essai, presque isolé, de réaction contre le XVI® siècle. A cette époque on voit écrire -des hommes qui, comme Agrippa d'Aubigné, sont absolument dans l'esprit du siècle précédent; d'Aubigné, aimable et gracieux et spirituel, assez sou-
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mt, ce qu'on oublie trop de dire, est surtout rdent, passionné, batailleur, rude et violent, en irticulier dans ses Tragiqjies qn'i sont dessatires d'une crudité et du reste, fréquemment, d'une beauté étonnantes, contre les catholiques et leurs chefs. D'autres, d'un tempérament très différent d'ailleurs, ont encore et plus même que les poètes du xvi" siècle, la liberté, la fantaisie, le désordre qui régnaient au siècle de Ronsard. II faut se figurer cette génération, au moins pour ce qui est des poètes, comme un premier romantisme. C'est Théophile de Viau, très grand poète , mais surabondant, délayé et qui n'a pas assez vécu pour se rendre sage et se maîtriser; c'est Cyrano de Bergerac, fou très brillant, ici étincelant de verve et d'imagination, puis un peu plus loin fumeux et saugrenu. C'est Saint-Amant plein d'imagination aussi et capable de sentiment poétique exquis, mais sans goût et puéril trop souvent. Plus sages, mais, eux aussi, verbeux, longs, lents, délayés, Desportes met en vers français les poètes italiens du xvi® siècle, souvent avec un vrai bonheur d'expression, et Bertaut, mélancolique et gracieux, s'il ne manque pas de sentiment poétique, manque d'éclat.
Régnier, le satirique, élève d'Horace et de Juvénal, a encore le tour d'esprit du xvi« siècle par sa verdeur, sa crudité, son peu d'éloignement à l'égard de l'obscénité, grand poète du reste, vigoureux, puissant, très orateur et aussi très épigrammatiste et aussi caricaturiste très spirituel et très mordant.
Puis viennent les précieux et les burlesques qui ne laissent pas de se ressembler, les précieux
Régnier
Précieux et burlesques
cherchant l'esprit et croyant qne tout l'art littéraire consiste à dire n'importe quoi d'une façon fine et inattendue; les burlesques cherchant l'esprit, eux aussi, mais plus bas, voulant être « drôles », bouffons, inattendus par le coq-à-l'âne, la brusque incartade de la pensée et du style et la parodie. Voiture est le représentant le plus brillant du précieux et Scarron le représentant le plus en vue du burlesque.
Tout au milieu de cette littérature débridée un homme prétendait imposer la raison, la netteté d'esprit, l'ordre, le goût et la concision, et dénonçait tout le xvi^ comme ridicule. C'était Malherbe^ du reste poète lyrique très puissant, très pur écrivain et mélodiste très sûr. Soû influence fut très considérable, mais quarante ans environ après lui; car ce sont les poètes de 1660 qui se sont réclamés de lui et proclamés ses- disciples. De son temps il n'a eu pour élèves ou plutôt pour partisans, car ils ne lui ressemblent guère, que Maynard et Racan.
Au théâtre aussi la première partie du xvif siècle au moins jusqu'en 1636 n'est que la suite du xvi''. Hardy, sans ordre et sans règle, du reste très faible poète, règne sur la scène et si Mairet, à l'imitation des Italiens, à l'imitation du reste de la plupart des dramatistes du xvi® siècle, tente d'instaurer la tragédie régulière, c'est sans grand retentissement et du reste il n'a qu'un talent de troisième ordre.
Enfin Corneille vint et après quelques tâtonnements créa la tragédie française ; mais comme ce ne fut qu'en 1636 et qu'au cours de sa longue carrière il a débordé sur la seconde moitié du
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j[ècle, nous le remettons à un peu plus loin. En prose la première moitié du xyip siècle a "été déjà féconde en très grandes œuvres. Le cardinal du Perron, qui commença par être un aimable poète élégant, devint un grand orateur et un controversiste redoutable. Guez de Balzac, un peu vide d'idées, mais extrêmement bon écrivain, encore qu'un peu entaché de précieux, donnait, comme dit Voltaire, de l'harmonie à la phrase dans seslettres et dans son Sacrale chrétien. Vaugelas dressait le code de la langue fondé sur le bon usage. Descartes dont nous n'avons pas, ici, à rapporter les idées philosophiques, dans son admirable phrase nombreuse, périodique, largement déployée et articulée puissamment, reproduisait la phrase cicéronienne sans ses grâces quelquefois un peu molles et formait en quelque sorte le moule où devait plus tard se couler l'éloquence de Bossuet. Les grands ouvrages de Descartes sont le Discours sur la méthode, la Méditation et le Traité des passions.
La seconde moitié du xvii^ siècle est à tous les égards, « l'âge d'or », comme on a dit, de la littérature française. Grands poètes et grands prosateurs s'y pressent en rangs serrés. Pour commencer par les poètes dramatiques qui sont la gloire la plus éclatante de cette époque. Corneille qui, dès 1636, avec le Cid est en plein éclat et qui a donné avant 1650 ses plus belles œuvres, Cinna, les Horaces, Polyeucte, continue pendant vingtquatre ans après 1650 de fournir le théâtre d'ouvrages souvent de très grande beauté encore, parmi les [iicls il faut citer Don Sanche d'Aragon, Nicomède, Œdipe, Seriorius, Sophonisbt^
La prose Descartes
L'âge d'or Corneille
Racine
Tite et Béréttice, Psyché (avec Molière), Rodogune, Héraclius, Ptilchérie. Corneille, qui a fait des comédies, des tragédies, des pièces à machines, des opéras, des mélodrames, doit être considéré comme le véritable créateur de tout le théâtre français. Là où, en dehors de sa virtuosité universelle, il a plus particulièrement mis sa marque propre, et c'est-à-dire dans ses œuvres absolument supérieures, il a été le peintre de la volonté humaine domptant les passions et comme enivré de cette victoire et de sa puissance, en telle sorte qu'il a été un grand processeur d'énergie et un grand apôtre du devoir.
Racine, tout différent, sans qu'il ait été contre le devoir, mais aimant à peindre les passions victorieuses de l'homme et l'homme victime des passions et les épouvantables malheurs qui résultent de cela, ce qui est encore une leçon morale, a été un psychologue plus pénétrant que Corneille, encore que Corneille ait fort bien connu le cœur humain, un savant infaillible en composition et disposition dramatique, enfin un artiste en vers absolument incomparable. Ses tragédies et surtout Andromaqne, Britannictis, Bérénice, Baja^et, Phèdre et Athalie, sont en possession de ravir éternellement les hommes. ■ -; ■■= Molière, excellemment doué pour saisir les Mohere ridicules avec toutes leurs causes et avec toutes leurs conséquences, de regard très prompt et très profond, d'autre part armé d'un bon sens un peu étroit peut-être mais ferme, solide et de natui'e à plaire à la classe moyenne de tous les temps, en outre pourvu d'une verve comique prodigieuse, emportée et entraînante et qui ne