XVI'' ET ^V//« SIECLES : FRANCE
laisse pas au spectateur le temps de réfléchir et de respirer, enfin très grand écrivain quoique hâtif et négligé, a tout un théâtre comique {École des femmes, Don Juan, Tartuffe, Misanthrope, Femmes savantes), qui laisse loin derrière lui tous les théâtres comiques connus, qui effaça toute rivalité au temps où il parut, qui n'eut quelque temps d'éclipsé que vers le milieu du xvm* siècle et qui, depuis cent cinquante ans, fait à nouveau les délices de toute l'Europe. Il reste le maître du comique universel.
Boileau n'était qu'un homme de bon sens, d'esprit, de goût juste et qui faisait les vers très industrieusement. Ce n'est pas assez pour constituer un grand poète, mais c'est assez pour faire ce qu'il a été, un satirique aigu et divertissant, un moraliste en vers agréable et un critique en vers — ce qu'Horace, son maître, avait été si souvent, — très expert, très adroit et de beaucoup d'autorité. Son Art poétique a été longtemps les Tables de la Loi du Parnasse et ne laisse pas, encore maintenant, de se faire lire avec plaisi et même avec profit.
La Fontaine est un des plus grands poètes de tous les temps : sentiment profond de la nature, connaissance fine et pénétrante des caractères des hommes qu'il peint sous des noms d'animaux, philosophie libre et fantaisiste mais très avertie et quelquefois très profonde, sensibilité douce et souriante, capableencore de mélancolie et qui'en fait, de temps en temps, un élégiaque délicieux, par-dessus tout un sens artistique incomparable qui le rend le plus habile et le plus sûr manieur
de vers, de rythmes et de sonorités musicales qui ait pai'u avant Victor Hugo, il est beaucoup plus difficile de dire ce qui lui manqua que d'énumérer les dons multipliés et miraculeux qu'il avait reçus de la nature. Son manque complet de morale ou son insouciance ingénue à cet égard est la seule chose qu'il y ait lieu de regretter.
Auprès de si grands génies on ne peut guère nommer les talents secondaires; mais on se reprocherait de ne pas mentionner Segrais, gracieux faiseur d'églogues, et Benserade qui rimait spirituellement des mascarades et qui était capable, à tel moment, d'être, spirituellement encore, mais tendrement élégiaque.
Les prosateurs de la seconde moitié du xvn* siècle sont légion et il en est peu qui ne soient de grands hommes. La Rochefoucauld, dans son petit livre des Maximes, a renfermé des pensées souvent profondes dans un tour vif, précis et délicat. Le cardinal de Retz a raconté sa vie agitée dans des Mémoires étrangement animés, vivants et représentatifs des choses; Arnauld et Nicole ont exposé leur rigide catholicisme, qui s'appelait le jansénisme, en des livres solides et lumineux; le second surtout doit compter, de par sqs Essais de morale, comme un excellent écrivain. Mézeray, consciencieux, laborieux, minutieux, très bon écrivain, doit compter pour le premier de nos historiens. Bourdaloue, bon logicien et bon moraliste, faisait dans sa chaire de prédicateur des discours admirablement quoique trop dogmatiquement composés et des portraits pieusement satiriques des types