XVI" ET A'V//- SIECLES : FRANCE
et des originaux du temps. Malebranche, repensant Descartes et le renouvelant, disposait, dans -1 Recherche delà vérité, un système complet de Iiilosophie spiritualiste et idéaliste qu'il rendait clair malgré sa profondeur et extrêmement agréable par les mérites de son imagination puissante et facile et de son style riche, abondant, souple, qui était comme le milieu entre la causerie et l'instruction.
Mais cinq écrivains de tout premier ordre se placent en éternelle lumière et attirent tout particulièrement et retiennent l'attention : Pascal, Bossuet, M'"'=de Sévigné, La Bruyère etFénelon.
Pascal, savant et à éducation scientifique, ===== mathématicien, géomètre, physicien, se tourna, Pascal non pas vers les lettres qu'il méprisait, mais vers l'exposition des idées religieuses qui lui étaient chères à l'âge de trente-trois ans. Pour défendre les jansénistes ses amis contre leurs ennemis les jésuites, il écrivit les Provinciales (1656) que beaucoup considèrent comme le premier monument de la prose classique française, ce qui n'est pas notre avis, mais qui en tout cas sont un chef-d'œuvre d'argumentation, de dialectique, d'ironie, de comique, d'éloquence et toujours de très beau style. Mort tout jeune encore, il laissa des notes sur différents sujets mais particulièrement sur la religion, sur la philosophie et sur la morale, que l'on a réunies sous le titre de Pensées et qui sont d'un grand philosophe chrétien, d'un moraliste profond, d'un orateur concis merveilleux et aussi d'un poète auquel ne manque ni la sensibilité frémissante ni la vaste et imposante imagination.
Bossuet est considéré par tous comme le roi des orateurs français ; il prêcha toute sa vie avec une éloquence grave, imposante, vaste, nombreuse et sonore, nourrie des souvenirs des livres saints et des Pères, pressante, convaincante et persuasive. Il fit en petit nombre des oraisons funèbres (Henriette de France, Henriette d'Angleterre, prince de Condé) qui sont des poèmes de gloire, de douleur et de piété. 11 écrivit, contre tous ceux qu'il considérait comme des ennemis de la vraie religion {Histoire des varia tions, Querelle du quiétisme), des livres de controverse étincelants d'ironie et de haute éloquence. 11 traça dans son Histoire universellelt grand dessein, en toute sa suite, de Dieu sur l'humanité et sur le monde. Il connut toutes les ressources de la langue française et du style français et elles furent augmentées entre ses mains. 11 compte dans l'histoire de France malgré les erreurs qu'on lui peut reprocher et qui furent celles de tout son temps, comme une grande date, la date où la religion à laquelle il appartenait eut son apogée et où le grand style de la prose française eut la sienne.
M'"'' de Sévigné n'écrivit rien autre chose que des lettres à ses amis ; mais elles sont spirituelles, si vives, si pittoresques, si excellentes à bien conter les anecdotes du temps et à peindre les scènes et les hommes, écrites dans une langue si drue et si savoureuse qui unit la verdeur de 1630 au fini et à l'achevé de 1670 que M'"^ de Sévigné reste l'entretien le plus cher des lettrés et des gens du goût.
Elle était l'amie de M. de la Rochefoucauld,