LES INDIENS
comparables à tout ce que la poésie épique a produit de plus imposant et de plus émouvant. Réduit à sa substance propre, le sujet du Mahabharaia est extrêmement simple ; c'est l'histoire du prince Rama, dépossédé de son trône, qui se vit ravir sa chère femme Sita par le démon monstrueux Ravana, qui fit alliance avec les bons singes, qui avec eux construisit un pont sur la mer pour arriver à l'île où était détenue Sita, qui vainquit et tua Ravana, qui retrouva Sita et qui revint vivre heureux dans son royaume lui aussi reconquis.
Le caractère extérieur le plus frappant du Mahabharata, c'est le mélange presque constant ^s hommes et des animaux, mélange, on lèsent, très conforme au dogme de la métempsychose. Non seulement les singes, mais vautours, aigles, gazelles, etc., sont mêlés à l'oeuvre et en sont des personnages importants. Nous sommes dans le temps où les bêtes parlaient. Les batailles sont très nombreuses et décrites dans un grand détail; le Ramayana est V Iliade des Indiens ; les scènes touchantes, scènes d'amour, d'amitié, de reconnaissance, ne sont pas rares et quelquefois sont exquises- Tout le poème est rempli d'un grand esprit d'humanité, d'héroïsme et de justice. Ce sont les bons qui l'emportent et le droit qui a la victoire ; les dieux permettent que le juste souffre et soit forcé de lutter ; mais ce n'est jamais que pour un temps et le bonheur mérité est au bout de tout.
A ces deux énormes géants épiques succédèrent chez les Indiens une foule de poèmes narratifs plus courts, très variés de ton et de manière
La poésie
qui donnent l'idée d'une succession ininterrompue d'écoles littéraires fort considérables et fort éveillées. — Plus près de nous, c'est-à-dire vers le v* ou le vi" siècle après Jésus-Christ, la poésie lyrique et la poésie dramatique se détachèrent pour ainsi dire de l'épopée et vécurent de leur vie propre. Chants d'amour, chants de douleur ou de tristesse ou de triomphe se donnèrent carrière, le plus souvent plutôt mélancoliques que tristes ; car l'Inde est la patrie de l'optimisme ou au moins de la résignation.
Quant à la poésie dramatique, elle est très dramatique curieuse ; elle n'est pas mêlée d'épopée au sens précis de ce mot; mais elle est continuellement mêlée de descriptions de la nature, de peintures de la nature', d'invocations à la nature. Le poète dramatique indien ne sépare pas l'homme de l'atmosphère qu'il respire et du monde qui l'entoure ; en rappelant le moment du jour ou de la nuit où se passe la scène, l'heure qu'il est, le poète, sans doute obéissant à une loi que son public lui dicte, maintient les personnages en communication avec la terre et avec le ciel, avec l'aurore qu'il décrit, le midi qu'il peint, le soir qu'il fait voir, les plantes qu'il montré languissantes ou réveillées, les oiseaux qu'il montre, partout en campagne ou rentrant au réduit, etc.
Au point de vue purement dramatique, ces pièces sont souvent touchantes, ou curieuses et d'une psychologie avisée et pénétrante. Les plus célèbres des pièces qui nous sont restées du théâtre indien sont le Chariot de terre cuite et l'attendrissante et délicate Çakountala, le joyau de la littérature indienne, qui est du poète
gnomique