XVI* ET XVI !• SIÈCLES : FRANCE
du cardinal de Retz et de cette aimable, fine et douce M""" de la Fayette dont le roman, la Priyicesse de Clêves, est lu encore avec intérêt et émotion.
La Bruyère traduisit Théophraste et le continua ; il fut un moraliste ou plutôt un peintre des mœurs. Il décrivit la cour, la ville et (très rarement) la petite ville et la campagne. Il fut à l'affût des ridicules et il en fut le fléau. Il peignait ou plutôt il gravait d'une façon incisive et aiguë comme à l'eau-forte. Très amer presque toujours, il a quelquefois des éclairs de sensibilité très inattendue et très singulière qui le font aimer. Il apporta avec lui, un peu à l'imitation de La Rochefoucauld, mais surtout en conformité avec sa nature, un style court, concis, brusque, qui devint celui du moraliste et même un peu de tous les auteurs pendant cinquante ans, qui fut celui de Montesquieu et de Voltaire et qui se substitua au style nombreux, soutenu, équilibré, harmonieux et périodique de la plupart des écrivains du xviii^ siècle. Dans le champ du ridicule où il avait largement moissonné, plus même que Molière, les poètes comiques du xviii® siècle vinrent copieusement glaner, ce qui est moins à leur honneur, car il faut mieux observer que lire, qu'à celui du sagace et ingénieux auteur des Caractères.
Fénelon, extrêmement personnel et original, p7~i ayant, sur toutes choses, des idées bien à lui, quelquefois aventureuses, souvent très pratiques, toujours généreuses et nobles, fut, comme Bossuet, un prédicateur ; de plus, comme Bossuet encore, du reste, il fut un controversiste
habile, adroit et redoutable, et enfin, pour Tins truction du duc de Bourgogne qui lui avait étél confiée, il fut un fabuliste, un auteur de dia-* logues et une manière de romancier ou plutôt de; poète épique en prose dans son fameux TJlémaqtie, trop admiré, puis trop déprécié, et qui! reste, avec des faiblesses, tout parsemé def solides et éclatantes beautés. On revient beaucoup de nos jours à ce grand seigneur d'Église! et de lettres, dont Tâme fut complexe ou plutôt] compliquée, mais le cœur infiniment pur et la] raison très haute.