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XVI* ET XVII^ SIÈCLES : ANGLETERRE

admirer; puisexalté, vanté jusqu'à l'hyperbole et imité jusqu'à l'indiscrétion par les romantiques. En outre de son œuvre dramatique Shakspeare a laissé des Sonnets dont quelques-uns sont obscurs, dont beaucoup sont admirables.

Ben Jonson, classique, régulier, imitateur assez fidèle des anciens, curieux, du reste, de caractères et de mœurs exceptionnels, doué d'une verte et vive imagination, tragique et comique comme Shakspeare, a surtout réussi dans la comédie [Chacun dans son caractère, la Femme silencieuse, etc.). BeaumontetFletcher, qui écrivirent en collaboration, sont pleins d'élévation, de délicatesse et de grâce en un style considéré comme de la qualité la plus rare par leurs compatriotes.

En prose cette incomparable époque ne fut pas moins féconde. Lyly, qui correspond à peu près à notre Voiture, créa leuphuisme, c'est-àdire la préciosité spirituelle. Sidney, dans son roman VArcadie, donna un spécimen curieux de récit chevaleresque. Il a du reste, par sa Défense de la poésie, fondé la critique littéraire. François Bacon, historien, moraliste, philosophe, peutêtre collaborateur de Shakspeare, a sa place marquée aussi bien dans l'histoire littéraire que dans une histoire des idées philosophiques. Robert Burton, moraliste ou plutôt méditateur^ qui s'était donné le pseudonyme de Democritus Junior parce qu'il était rongé de mélancolie, a laissé un très grand ouvrage, mais où ily a beaucoup de citations, intitulé Analyse de la mélancolie. Il a beaucoup d'analogie avec notre Sénancour. Sterne l'a, silencieusement, beaucoup pillé. 11 est bien anglais. Il n'a pas créé le spleen, mais

Prosateurs

Lyly

Stdney

Bacon

Burton

il y a beaucoup contribué et il en a fait un genre. Malgré ses incartades et ses bizarreries il a un très grand mérite littéraire.

Le XVII* siècle anglais proprement dit, à le faire commencer, vers 1625, est inférieur au xvfxvn*" que nous venons de considérer, ce qui s'explique assez par les guerres civiles qui ont désolé l'Angleterre à cette époque. En poésie nous remarquons d'une part les épicuriens amollis et aimables dont le représentant le plus en lumière estWaller, spirituel homme du monde, qui passa une partie de sa vie en France, qui fut ami de notre Saint-Évremond (lequel passa une partie de sa vie en Angleterre), qui fit un très bel éloge de son cousin Cromvvell, puis un éloge de Charles II, qui s'entendit dire par celui-ci : « Il est moins bon queceluideCromwell»etqui répondit : « Sire, vous savez bien que les poètes réussissent toujours mieux dans la fiction que dans la vérité ». C'était un homme de beaucoup d'esprit.

Nous remarquons d'auti'e part les austères et les mystiques comme George Herbert avec son Temple, recueil de poésies religieuses et mélancoliques, et comme Habington, triste et sombre jusqu'à la soif de la dissolution, très analogue au moderne Schopenhauer : « Mon Dieu, si c'est ton décret suprême, si tu veux que ce moment soit le dernier où je respire cet air, mon cœur obéit, heureux de se retirer loin des fausses faveurs des grands, des trahisons où le juste est en proie... »

Mentionnons les poètes dramatiques encore très estimables. Davenant, peut-être fils de Shak-

XVI^ ET XVJP SIECLES : ANGLETERRE speare, Otway Tillustre auteur de la Venise sauvée et de beaucoup d'adaptations françaises (Tite et Bérénice, les Fourberies de Scapin, etc.). Dryden, déclamatoire, emphatique, mais admirablement doué du génie dramatique, auteur de la Reine vierge, Tout pour l'amour (Cléopâtre), Don Sébastien, toujours hésitant entre l'influence de Shakspeare et l'influence française, trop porté, aussi, aux scènes licencieuses, mais pathétique et éloquent.

Tout à fait à part s'élève Milton, l'impérissable auteur du Paradis perdu, type et modèle du poème épique religieux, pénétré, en effet, d'un sentiment religieux profond et ardent, mais qui est aussi dune grandeur et d'une portée philosophiques très remarquables. Milton est comme une seconde bible pour le peuple de qui la Bible est lentretien quotidien, inévitable et nécessaire. Au Paradis perdu, Milton ajouta le Paradis reconquis, très inférieur, et une poésie de Samson. En dehors de ses grands poèmes religieux Milton a écrit des poésies latines (surtout dans sa jeunesse) extrêmement agréables et en outre une foule de poésies lyriques (élégies, dialogues, sonnets) et encore des œuvres en prose, généralement ressortissant à la polémique politique, qui sont d'un esprit très vigoureux et aussi très élevé. Milton, au point de vue de son prodigieux labeur et de son existence variée, partie aux lettres pures partie à la bataille intellectuelle de son temps, est tout à fait comparable à Voltaire, réserve faite pour sa haute valeur morale qui ne permet pas que le parallèle soit même commencé. Il se rendait pleinement justice. Étant devenu aveugle. (8i) 6

Milton

INI T/A TION LI TTERAIRE

il écrivait : « Mes yeux brillants et sans tache sont privés de la lumière ; depuis trois années il ne leur a pas été permis d'apercevoir une fois la lumière, soleil, lune, étoile. Jamais ne revient pour moi ni le midi; ni la soirée douce, ni le matin souriant; jamais ma vie n'est rafraîchie par l'éclat du printemps, ni égayée par la rose d'été ni par l'aspect des troupeaux dans la plaine, ni par la figure divine de l'homme. Portant ma croix, j'irai toujours en avant, qui donc me soutient? La conscience d'avoir perdu mes yeux en travaillant à la défense de la liberté, à ce noble travail qui fait répéter mon nom par toute l'Europe. »

En prose nous avons à noter, du côté des austères, George Fox, fondateur de la secte des Quakers, orateur populaire passionné et puissant, SLuiQur à&s, Martyrs ; John Bunyan, ascète obstiné, auteur de la Grâce abondante, sorte d'autobiographie édifiante et du Voyage du Pèlerin qui devait être un des livres d'édification et de vie spirituelle des émigrants fondateurs des États-Unis d'Amérique ; du côté des libertins, Wicherley, qui, s'avisant très bien de la bassesse morale, assez biea dissimulée, qui est au fond de Molière, pousse à bout et à l'excès cette veine gauloise dans des imitations effrontées de VÊcole des femmes et du Misanthrope (la Femme campagnarde &\ le Franc parleur) ; l'aimable Congreve de beaucoup meilleure compagnie, fin, spirituel, sournois, composant bien, sachant poser un type et charmant ses contemporains et ne laissant pas d'écrire pour la postérité par son Vieux garçon, Amour pour amour et le Chemin du monde-

XVI'' ET XVIlo SIÈCLES : ANGLETERRE

Il ne faut pas oublier qu'à cette époque Newton et Locke, qui appartiennent l'un davantage à l'histoire des sciences, l'autre à l'histoire de la philosophie, savent écrire et d'une façon parfaitement digne de leur génie.

Newton Locke

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