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XVP ET XV II" S" : ESPAGNE ET PORTUGAL

étoiles, ses comédies, l'Examen des maris et cette charmante la Vérité suspecte d'oùCorneûle a tiré le Menteur.

Tirso de Molina est encore un prodigue de la littérature dramatique et ses compatriotes assurent qu'il avait écrit trois cents pièces et en tout cas il nous en reste soixante-treize. Il est peut-être le plus disparate de ces dramatistes espagnols qui le sont presque tous; il va de la grossièreté au sublime avec une facilité et un abandon surprenants. Il aime surtout l'intrigue ingénieusement compliquée, les surprises, les coups de théâtre, l'inattendu. Cependant le Condamné par doute est une sorte d'épopée morale adaptée au théâtre qui est d'une haute beauté et non sans profondeur. Son drame le plus célèbre par tout ce qu'il a enfanté d'imitations directes ou indirectes et par le type qu'il a pour la première fois posé est le Railleur de Scville, c'est-à-dire Don Juan. Toutes les littératures européennes sont, par Don Juan, comme on sait, tributaires de Tirso de Molina.

Francisco de Rojas, qu'il ne faut pas confondre avec Ferdinand de Rojas, auteur de la Cèles tine, d'une verve moins forte que ses prédécesseurs, est encore un poète dramatique très distingué. Il est surtout bon comique. Les Français du xvii* siècle l'ont beaucoup pillé. Thomas Corneille lui a emprunté bonne partie de son Bertrand de Cigarral, Scarron bonne partie de son Jodelet, Le Sage un épisode du Gil Blas. Il faut nommer enfin, ne fût-ce que pour leur connexité avec le théâtre français, Guillem de Castro et Diamante. Guillem de Castro fit une pièce les

Exploits de jeunesse du Cid que Corneille connut et qu'il imita dans sa tragédie célèbre en y ajoutant une beauté incomparable. Diamante à son tour imita Corneille et de très près dans son Le fils qui venge son père. Voltaire, se trompant sur les dates, a cru que Corneille avait imité Diamante.

En Portugal c'est le xvi® siècle qui a été l'âge d'or. Poètes, dramatistes, historiens, moralistes y ont été extrêmement nombreux et plusieurs ont eu du génie et beaucoup eurent un grand talent. Parmi les poètes lyriques nous trouvons Bernardin Ribeiro, Christoval Falçam, Diego Bernardès, Andrade Caminha, Alvarès do Oriente, Rodriguez Lobo. Ribeiro a écrit des églogues moitié narratives (ou dialoguées) moitié lyriques. On lui doit aussi un roman traversé par des nouvelles (Le Sage dans son Gil Blas a procédé ainsi, comme on sait et il ne faisait qu'imiter les Espagnols) intitulé ïlnnocefite jeune fille et qui est souvent d'une grande délicatesse.

Christoval Falçam est également un bucolique ; mais ses églogues vont quelquefois jusqu'à neuf cents vers. Il a fait aussi des Voltas qui sont des poésies lyriques propres à être mises en musique. Diego Bernardès a également écrit des églogues et des épîtres réunies sous le titre de le Lyma. Le Lyma est une rivière. Il est à Bernardès ce que le Lignon était à notre d'Urfé dans son Astrée.

Caminha, poète de cour, très analogue à notre Saint-Gelais, avait de la finesse et un tour délicat. Églogues, élégies, épîtres et épitaphes furent les occupations ordinaires de sa muse.

Poètes

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Alvarès do Oriente a laissé sous son nom un grand ouvrage romanesque, mêlé de prose et de vers intitulé le Portugal transformé (Lusitania transformada) qui est extrêmement pittoresque, en outre des idylles et des poèmes lyriques.

Lobo fut extrêmement fécond. Il a donné des romans pastoraux mêlés de vers et de prose {le Berger étranger, le Printemps, le Désenchantement), ungrand poème épique {la Cour auvillage), en prose des conversations sur des questions morales et littéraires qui sont restées classiques en Portugal, et puis des romances, des églogues.

Les poètes épiques les plus notables sont Corte-Real, Manzinho, Pereira de Castro, Fran- Jpigues cisco de Saa e Menezès. Dona de Lacerda, et enfin le grand Camoëns. Corte-Real, écrivain du plus grand talent, a écrit un poème épique que nous appellerions plutôt un roman en vers, à fond véritable du reste, sur le Naufrage de Sepulveda et de son mari Lianor. Le récit, très varié et très pittoresque, est souvent, aussi, très pathétique. Il le serait davantage, pour nous du moins, sans l'intervention incessante des dieux du paganisme.

Francisco de Saa e Menezès a chanté le grand Albuquerque et Malaca conquise. 11 mêle les épisodes amoureux et romanesques aux récits et descriptions de bataille. 11 a le sens de la couleur locale et une très brillante imagination ; il est accusé de trop de négligence à l'égard de la correction.

Dona de Lacerda, professeur de langue et de littérature latine des enfants de Philippe III, écrivit, quoique née à Porto, presque toujours en espagnol. IS Espagne délivrée (des Maures),

poème épique, est son principal ouvrage ; elle a donné aussi, également en espagnol, des comédies et des poésies mêlées. Exceptionnellement

elle a écrit en prose portugaise.

~Z '.. La gloire de ces bons poètes s'efface devant

celle de Camoëns. Exilé dès sa jeunesse pour un motif analogue à celui qui fit exiler Ovide, soldat et perdant un œil devant Ceuta, errant dans les Indes, naufragé et, selon la légende, ne sauvant que son poème qu'il tenait d'une main en nageant de l'autre, revenant en Portugal après seize ans d'exil, assistant aux épreuves et au déclin et à l'asservissement de sa patrie, il mourut (i 579) juste au moment où le Portugal allait cesser pour un temps d'exister politiquement. Il a écrit les Lusiades, c'est-à-dire «les Portugaises», qui sont l'histoire de Vasco de Gamaetde son expédition aux Indes. La description de l'Afrique, le Cap des Tempêtes (cap de Bonne-Espérance) avec le géant Adamastor qui s'oppose au passage, la description des Indes sont le fond du récit. Des épisodes racontés par des personnages, comme dans Virgile et comme dans les romans espagnols, font comme un supplément intérieur à l'ouvrage et c'est ainsi qu'est développée presque toute l'histoire du Portugal et c'est ainsi que les amours d'Inès de Castro et du prince Don Pèdre font partie de l'histoire de Vasco de Gama. Camoëns est un puissant narrateur et un orateur en vers magnifique et surtout un très grand peintre'. Il a des marques de goût singulier même pour son temps, comme le mélange continuel des divinités mythologiques et des vérités chrétiennes, ce qui fait par exemple qu'une prière de Vasco à Jésus-Christ

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