‹ Initiation littéraireChapitre 35 sur 56 · XVI II" ET XIX' SIÈCLES : FRANCE · texte numérisé non relu

XVI II" ET XIX' SIÈCLES : FRANCE

avons fait prévoir, qui prennent un portrait dans L^ Bruyère et qui en font une comédie, et c'est ce qu'on appelle une comédie de caractère. Il fit ainsi le Glorieux, l'/ngrat, l'Irrésolu^ le Médisant, le Dissipateur, etc. Quelquefois il s'avisa d'être un peu original, comme dans la Fausse Agnès, le Philosophe marié; quelquefois il empruntait un sujet à une littérature étrangère et l'adaptait à notre scène assez habilement comme dans le Curieux impertinent, tiré de Don Quichotte et dans le Tambour nocturne emprunté à un auteur anglais. Sa versification est adroite et correcte, sans autre qualité.

Regnard, au contraire, quoiqu'il ne laisse pas d'imitersouvent Molière, est un génie original. Il a la verve comique, la gaîté, l'élan, le sens de la drôlerie, et un vers comique prodigieux, d'une souplesse et d'une désinvolture incroyables, très supérieur, au seul point de vue de la forme, à celui de Boileau et même de Molière et qui fait songer à un Scarron perfectionné par Molière lui-même et par les poètes italiens. Il reste de lui, très vivants et probablement impérissables, le Joueur, le Légataire universel, le Retour imprévu, les Ménechmes-

La Chaussée avait le goût du roman bourgeois, du roman-feuilleton, comme nous dirions et le goût, en même temps, du théâtre. Il en résulta qu'il créa un genre, ce qui n'est pas une petite gloire. Il créa le drame, c'est-à-dire la pièce de théâtre où des bourgeois et non plus des rois et des princes, nousattendrissentsurleursinfortunes. Et cela s'est appelé de tous les noms possibles : quand c'était pris pour une comédie cela s'appelait

Regnard

Le drame La Chaussée

comédie larmoyante; quand c'était pris pour une tragédie c'était appelé tragédie bourgeoise . C'était le drame, tel que nous le connaissons depuis cent cinquante ans, tel qu'il existait déjà, le plus souvent sous le nom de moralité, au xvi'' siècle, tel que Corneille, qui prévoyait tout, l'avait prévu et prédit dans sa préface de Don Sanche : « ... Je dirai plus, monsieur, la tragédie doit exciter de la pitié et de la crainte et cela est de ses parties essentielles puisqu'il entre dans sa définition. Or, s'il est vrai que ce dernier sentiment ne s'excite en nous que quand nous voyons scîîiffrir nos semblables et que leurs infortunes nous en font appréhender de pareilles, n'est-il pas vrai aussi qu'il y pourrait être excité plus fortement par la vue des malheurs arrivés aux personnes de notre condition à qui nous ressemblons tout à fait que par l'image de ceux qui font trébucher de leurs trônes les plus grands monarques, avec qui nous n'avons aucun rapport qu'en tant que nous sommes susceptibles des passions qui les ont jetés dans ce précipice, ce qui ne se rencontre pas toujours. » Cette tragédie bourgeoise, La Chaussée l'écrivait en vers, ce qui n'est pas défendu et ce qu'ont fait d'autres dramatistes cent et cent vingt ans après lui ; mais, ce qui est probablement une demi-erreur, étant encore plus invraisemblable que des bourgeois s'expriment en alexandrins que non pas que des rois et héros s'expriment avec une certaine solennité qui entraîne le rythme. Il a fait ainsi le Préjugé à la mode, VÊcole des amis, Mélanide, très touchante, V Ecole des mères, etc. Il faut dire que ce fut un peu systématiquement qu'il

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