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XVIIP ET XIX" SIÈCLES : FRANCE

écrivait ses pièces en vers ; il avait débuté en littérature par une défense de la versification contre les doctrines de La Motte.

Dans le système ancien, mais avec des vers originaux, Piron qui avait peu réussi dans la tragédie, écrivait la délicieuse Métromanie qui, avec le Turcaret de Le Sage, le Méchant de Gresset, les chefs-d'œuvre de Marivaux et les deux grandes comédies de Beaumarchais, compte parmi les sept ou huit comédies supérieures que le xvm* siècle a produites.

En prose les écrivains abondent à cette époque et même les grands écrivains. Tout de suite après Fontenelle et Bayle apparaît Montesquieu, aigu, malicieux, sarcastique, déjà profond, à la rencontre, dans les Lettres persanes, grand philosophe politique et jurisprudent dans l'Esprit des Lois, grand historien philosophe dans la Grandeur et la décadence des Romains. L'influence de Montesquieu sur Voltaire, quoi qu'il en ait dit, sur Rousseau quoi qu'il en ait tu, sur Mably, sur Raynal, sur les encyclopédistes, sur une grande partie des hommes de la Révolution, sur les plus grands esprits peut-être du xix* siècle, a été profonde et difficile à mesurer. Comme écrivain, il est concis, ramassé et éclatant, cherchant le trait, le trouvant souvent, cherchant la formule, la trouvant toujours. Tacite mêlé de Salluste.

Le Sage et Saint-Simon, et ce n'est peut-être pas celui qu'on pense qui est le plus romancier des deux, écrivaient dans le même temps que Montesquieu. Saint-Simon racontait le siècle de Louis XIV peur l'avoir vu et avec une verve

Piron

Grands

prosateurs

Montesquieu

Le bage Saint-iimon

et un sens du pittoresque inimitables, en une langue toute personnelle, souvent incorrecte, toujours incroyablement forte, énergique et maîtrisante. Le Sage, dans le meilleur des styles français, du plus pur xvn* siècle en cela, racontait des histoires espagnoles où il mêlait beaucoup d'observations faites en plein Paris et donnait le modèle même du roman réaliste dans son admirable Gil Bas. Comme écrivain dramatique nous le retrouverons plus loin.

Marivaux^ lui aussi, pratiquait le roman réaliste dans sa très curieuse Marianne, pleine de types tirés de la vie courante et dessinée avec un art moins serré mais aussi juste que celui de La Bruytre et dans son Paysan perverti, d'un art plus gros, très intéressant encore.

L'abbé Prévost, très inférieur, beaucoup trop vanté, insipide le plus souvent dans ses romans d'aventure, a rencontré un jour un bon sujet, Manon Lescaut et, quoique écrivant aussi mal qu'il avait accoutumé de faire, faisait couler des larmes qui coulent, je crois, encore.

En histoire, Voltaire donnait un modèle de narration vive, rapide, vraiment épique dans son Histoire de Charles XII et un exemple au moins de documentation exacte et d'histoire contemporaine étudiée avec zèle et avec passion dans ses Lettres philosophiques sur l'Angleterre. Au théâtre, en prose, nous avons les jolies comédies légères, très spirituelles et mordantes de Dancourt, de Brueys etPalaprat, de Dufresny, puis le théâtre délicieux, à la fois fantaisiste et observé, romanesque et psychologique de Marivaux qui dans le Legs, les Fausses confidences^

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XVIII'^ ET XIX- SIÈCLES : FRANCE r Epreuve, le Jeu de V amour et du hasard, ne se montre rien de moins que le vrai héritier de Racine et le seul que nous ayons jamais pu avoir.

Dans la seconde partie du xvm® siècle, Voltaire ==== règne. Il multiplie les écrits historiques {Siècle ^<'^^'«>« de Louis XIV), philosophiques (Je Dictionnaire philosophique), dramatiques {Zaïre, Mérope, Attire [avant 1750], Rome sauvée, Orphelin de la Chine, Tancrède, Guèbres, Scythes, Irène), comiques {Nanitte, La Prude), romanesques {Contes et ftouvelles), juridiques (affaire Calas, affaire Labarre, affaire Sirven) et des articles! pamphlets et feuilles volantes sur tous sujets.

Mais la seconde génération philosophique === est arrivée. C'est Diderot, romancier philoso- , .,^" , phique {la Religieuse, Jacques le fataliste), cri- ^'"^°'°^^'' tique d'art {Salons), polygraphe (collaboration à l'Encyclopédie). C'est Jean-Jacques Rousseau, romancier philosophe dans la Nouvelle Héloïsè, publiciste dans ses discours contre les lettres et les arts et sur V Inégalité parmi les hommes, pédagogue dans son Emile, moraliste sévère dans sa Lettre à M. d'Alembert sur les spectacles, demiromancier charmant, passionné et passionnant dans l'autobiographie qu'il a appelée ses Confessions. C'est Duclos intéressant, quoique un peu terne dans ses Considérations sur les mœtirs de ce siècle. C'est Grimm, critique fin et avisé, extrêmement intelligent dans sa Correspondance; c'est Condillac, précis, systématique, borné, mais infiniment clair en la meilleure des langues dans son Traité des sensations ; c'est Turgot, philosophe économiste dans son Traité de la formation et distribution des richesses.

André Chénier

La philosophie, la méditation sur les grands problèmes emplit presque tout l'horizon, pendant que la littérature scientifique compte vingt représentants illustres dont Buffon, avec sa vaste Histoire naturelle, est le plus éclatant. Cependant, en littérature pure, il y a encore de grands noms à citer. Marmontel donne ses Contes moraux, son Bélisaire, ses Incas et ses Eléments de littérature.

Delille commence, par sa traduction en vers des Gcorgiques de Virgile, une belle carrière poétique qui se poursuivra jusqu'au xix' siècle ; Gilbert a des satires mordantes qui rappellent Boileau et des adieux à la vie qui sont du plus beau lyrisme. Saint-Lambert chante les Saisons avec grâce etRoucher traite le même sujet avec une sensibilité plus vive.

Au théâtre Gresset (un peu avant 17^0) donne son Méchant, si spirituel et d'un vers si heureux, reprenant la tradition de la grande comédie en vers; Diderot, théoricien et créateur du drame en prose, continuait La Chaussée et donnait le Père de famille, le Fils naturel et Est-il bon? Est-il méchant? portrait de lui-même. D'innombrables drames du fécond Mercier et de vingt autres suivaient et Beaumarchais, fervent, lui aussi, du drame, mais qui n'a réussi que dans la comédie, donnait ses deux charmants ouvrages le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro.

Presque à la veille de la Révolution éclata un vraiment grand poète, très inattendu, André Chénier, merveilleusement doué en quelque sorte dans tous les sens. Poète de l'amour, il rappelait Catulle etTibuUe; poète politique il

XVIW ET XIX* SIÈCLES : FRANCE rappelait d'Aubigné avec plus de lyrisme, poète élégiaqilte il avait une grâce toute hellénique; poète de la nature il avait la large manière de Lucrèce, polémiste en prose il était singulièrement éloquent. Frappé tout jeune dans la tourmente des partis il est mort laissant des fragments immortels. Il eût été sans doute le plus grand poète de France depuis Racine jusqu'à Lamartine.

En prose son contemporain Bernardin de Saint- Pierre, d'abord est un homme de génie puisqu'il a écrit l'immortel roman idyllique Paul et Virginie, ensuite est un élève gracieux et aimable de Jean-Jacques Rousseau comme épris du sentiment de la nature dans ses Harmonies de la nature, ensuite a une grande importance dans 1 histoire littéraire comme créateur de la littérature exotique par toutes les descriptions qu'il a faites de mille pays, îles africaines. Asie, Russie, Allemagne, traversés et étudiés par lui.

Signalons pendant la période révolutionnaire les grands orateurs des assemblées : Mirabeau, Barnave, Danton, Vergniaud, Robespierre; le tragique et auteur de chants nationaux, Marie- Joseph Chénier ; l'auteur de la Marseillaise qui ne réussit que le jour où il la fit, Rouget de l'Isle, et arrivons au xix« siècle.

Au commencement de ce siècle si brillant au point de vue littéraire régnait Jacques Delille .que nous avons vu naître au siècle précédent. Très habile versificateur, mais sans flamme et sans beaucoup d'idées il fît des traductions très distinguées /Virgile, Milton), des poèmes éternellement descriptifs {V Homme des champs, lesjar- •

Bernardin de Saint-Pierre

Les orateurs révolutionnaires

Le XIX* siècle

dins, ect), et un spirituel poème satirique sur la Conversation qui est à notre avis ce qu'il a écrit de meilleur.

Mais les grands poètes allaient naître. Éveillés sans doute, excités par le génie poétique du prosateur Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo, Alfred de Vigny formèrent la première génération de ce qu'on a appelé les romantiques. Le romantisme était la prépondérance de .l'imagination et de la sensibilité sur la raison et sur l'observation. Lamartine retrempa la poésie à ses sources antiques et pour mieux dire éternelles, l'amour, la religion, le sentiment de la nature. Dans ses Méditations, puis dans ses Harmonies et ses Recueillements, il réveilla des sentiments longtemps endormis et ébranla puissamment les âmes. Dans Jocelyn et la Chute d'un ange, élargissant son cadre, sortant de lui-même, il raconta, comme il l'imaginait, l'histoire d'une âme de prêtre pendant la Révolution, puis dans l'obscurité d'une paroisse rurale; et, comme il la supposait, la vie des premiers hommes dans l'humanité encore barbare. En dehors de ses oeuvres poétiques, il a écrit Y Histoire des Girondins qui est une histoire romanesque de la Révolution à peu près tout entière, quelques romans, quelques épisodes autobiographiques, des entretiens de littérature, etc.

Victor Hugo, moins sensible que Lamartine, quoiqu'il le fût, et plus Imaginatif, commença par des poèmes lyriques qui rappellent un peu l'ancienne manière, puis continua par des tableaux d'Orient, puis par des méditations sur ce qui lui arrivait et sur tous sujets {Feuilles d'au-

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