J^VJII'' ET XIX" SIÈCLES : FRANCE
tonuie, Rayons et ombres, etc.), puis, en pleine possession de son génie, il aborda avec les Contemplations la grande méditation philosophique et avec la Légende des Siècles le tableau d'histoire, le fragment épique. C'est une des plus puissantes imaginations que le monde ait vues et un créateur de style, qui se fait un style à lui, tout en vision et en couleur et aussi tout en mélodie et orchestration.
En prose où une partie de ses ressources lui manque, il use encore magnifiquement de celles qui lui restent et Notre-Dame de Paris et les Misérables sont au moins par fragments des œuvres qui entraînent l'admiration. Nous le retrouverons au théâtre.
Alfred de Vigny a été le plus philosophe de ces trois grands poètes, inférieur aux deux autres au point de vue de l'imagination créatrice. Il a infiniment médité sur l'existence du mal sur la terre, sur l'infortune des hommes et sur la tristesse des choses, et les chants les plus désespérés étant souvent les plus beaux il laisse dans les âmes un retentissement profond. Quelques-uns de ses poèmes comme la Bouteille à la mer, la Maison du Berger, la Colère de Samson, sont parmi les plus belles œuvres de la littérature française.
La seconde génération romantique, celle qui parut vers 1830, a pour principaux représentants Alfred de Musset et Théophile Gautier. Ils ne se ressemblaient guère, du reste, le premier ne sachant, à très peu près, chanter que lui-même, ses plaisirs, ses illusions, ses colères et surtout ses douleurs, du reste avec une sincérité et un
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Alfred de Vigtiy
Musset
Théophile
Gautier
accent qui toujours charment et souvent déchirent; le second surtout artiste, surtout cherchant le beau extérieur et aimant plus que tout à le reproduire, comme s'il eût été un peintre, un sculpteur ou un musicien et d'ailleurs soit en vers, soit en prose, excellent et prestigieux à souhait dans ces « transpositions d'art ».
Les prosateurs de cette première moitié du xix« siècle françaisont ceci de très particulier qu'ils sont des poètes, comme du reste l'avaient été déjà Jean-Jacques Rousseau et même Buffon. Ils sont des poètes ; ils ont pour facultés maîtresses l'imagination, la sensibilité et le sentiment de la nature. Chateaubriand a été le promoteur de tout le mouvement littéraire, soit en vers, soit en prose, de tout le xix* siècle. Il a été théoricien littéraire, poète épique en prose, voyageur, polémiste, orateur. Sa grande théorie littéraire est dans le Génie du Christianisme et consiste à soutenir que les vrais beautés poétiques sont dans le christianisme. Ses poèmes épiques en prose sont les Naiche{, tableau des mœurs des sauvages d'Amérique, les Martyrs, tableau de la lutte du paganisme à sa fin et du christianisme en ses commencements; ses voyages sont le Voyage en Amériqtie et ï Itinéraire de Paris à Jérusalem. Membre des assemblées parlementaires, ambassadeur, ministre, il a parlé et écrit pour les causes qu'il adoptait de la façon la plus brillante et la plus passionnée. Enfin se racontant luimême, ce qu'il n'avait jamais laissé de faire ui; } eu, dans ses merveilleux Mémoires d'outreto:nbe, il a laissé, comme son chef-œuvre peutêtre, son œuvre posthume. Son style infiniment
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XVI !!• ET XI X^ SIÈCLES : FRANCE souple, coloré, ©t surtout nombreux et musical, plus musical que celui de Jean-Jacques Rousseau est un continu miracle d'art.
Dans le même temps, mais elle est morte longtemps avant lui, M"'* de Staël, par des romans curieux et intéressants sans être jamais touchants, Delphine et Coritine, par ses dissertations sur divers sujets toujours graves, par son livre De r Allemagne qui nous initiait à des mœurs et à une littérature très peu connues de nous, dirigeait aussi les esprits vers de nouvelles voies, prodigue d'idées que souvent et peut-être toujour» elle empruntait à d'autres mais qu'elle comprenait admirablement, qu'elle repensait avec profondeur et qu'elle faisait paraître nouvelles même à ceux qui les lui avaient données.
Les historiens mêmes en cette première moitié du siècle étaient poètes, Augustin Thierry qui reconstituait avec science mais avec imagination les Temps mérovingiens ; Michelet qui, élève de Vico, voyait dans l'histoire le développement d'un immense poème et jetait à travers ses récits du moyen âge la flamme et la fièvre de son imagination ardente et de sa frémissante sensibilité. Mettons à part Guizot et Thiers nés hommes d'Etat et qui, quoique très capables de passion, cherchaient l'un à généraliser rationnellement et à < discipliner l'histoire > comme on a dit, l'autre seulement à saisir avec netteté les faits et à les enchaîner avec ordre dans une langue limpide.
Les philosophes n'étaient pas à l'abri de cette sorte de contagion, et si Cousin et l'école éclectique aimaient et par l'esprit et par le style à se rattacher ru xvn* riècle, Lamennais, d'abord
M"* de Stucl
Les historiens
Les
philosophes
Le roman
dans son Essai sur V indifférence, ensuite dans son Esquisse d'une philosophie et dans ses Paroles d'un Croyant, le passionné, fougueux et fébrile Lamennais d'une part subissait l'influence du romantisme, d'autre part donnait aux romantiques la plupart des idées qu'ils mettaient en beaux vers.
Quant au roman, il était naturellement très pénétré de l'esprit de la nouvelle école. George Sand écrivait des romans lyriques, si l'on peut ainsi parler et ici je crois l'expression juste, qui s'appelaient Indiana, Valentine, Maiiprat, Jeanne et surtout Lélia. Elle devait s'assagir plus tard.
Il arrivait même qu'un esprit, né pour voir d'une manière admirablement juste la réalité, la voyait en effet, mais, à cause du temps ou en partie à cause du temps, l'associait à une imagination grossissante et déformante, à une sorte de mégalomanie littéraire et ce fut le cas d'Honoré de Balzac.
Cependant, comme il est assez naturel, à travers toute l'époque romantique il y a eu toute une littérature qui n'en subissait pas du tout l'influence et qui continuait simplement le XVIII* siècle. En poésie, c'était le très spirituel, très malin et quelquefois très élevé Bérauger, dont les chansons sont presque toujours d'excellentes chansons et quelquefois sont des odes ; et c'est le spirituel aussi et ingénieux mais très froid Casimir Delavigne. En prose c'est Benjamin Constant, surtout orateur et orateur très lumineux, de plus philosophe religieux par son livre Sur les Religions et romancier, une fois