‹ Initiation littéraireChapitre 42 sur 56 · XVIW ET XIX' SIÈCLES : ANGLETERRE · texte numérisé non relu

XVIW ET XIX' SIÈCLES : ANGLETERRE

y a cinquante ans dans l'Europe tout entière. Laurence Sterne, le représentant le plus net de l'humour anglais, capable d'attendrissement, surtout ironique, plaidant, mystificateur, a amusé et inquiété à la fois plusieurs générations avec son Voyage sentimental et son bizarre, déconcertant et ravissant Trisiram Shandy. Swift, horriblement amer, satirique corrosif et cruel, raillait douloureusement toute la société de son temps dans les Voyages de Gulliver, dans ses Lettres d'un drapier, dans sa Proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être une charge, dans une foule d'autres petits ouvrages où la colère la plus furieuse se maintient sous la forme d'une ironie tranquille et glaciale.

L'histoires'exprimeenAngleterreauxviii«siècle '

par David Hume, qui raconte le peuple anglais ^^'^i°^rc depuis le moyen âge jusqu'au xvin' siècle, et pareillement le peuple écossais par Robertson, qui raconte le règne de Charles-Quint et par Gibbon, si familier à notre société du xviii* siècle, qui suit le peuple romain d'abord depuis les premiers Césars jusqu'à Marc-Aurèle, ensuite de plus près, depuis Marc-Aurèle jusqu'à l'époque de Constantin, puis enfin l'empire byzantin jusqu'à l'époque de la Renaissance. La très forte érudition, le style un peu pompeux mais très distingué de l'auteur, sans compter son animosité à l'égard du christianisme lui firent, surtout en France, un très vif succès. On considère le livre de Gibbon comme le plus bel ouvrage de la littérature historique anglaise.

Le théâtre en Angleterre est très loin de valoir -'

au xvm« .ci«cle ce qu'il valait au xvu" siècle ; ^' ^^'^^'''

INI TIA TION LI TTERAIRE

cependant, qui ne connaît de Goldsmith V Homme au bon naturel, et de Sheridan (Richard) la très fine et vive comédie V Ecole de la médisance (ou du scandale?) Notons enfin comme incomparable journaliste le fameux et mystérieux Junius qui, de 1769 à 1773, fit une si terrible guerre au ministère Grafton.

Au XIX* siècle paraissent ces poètes que nos romantiques ont bien connus ou bien fait semblant de connaître, que l'on appelle les lakistes parce qu'ils étaient écossais et parce qu'ils étaient paysagistes ; c'est Southey, Coleridge et Wordsworth. Southey est poète épique et poète élégiaque en même temps que descriptif; Coleridge, philosophe, métaphysicien, un peu nébuleux et désordonné, a de très beaux élans et des chutes lamentables, Wordsworth est un lyrique très distingué. Lord Byron ne s'est pas honoré en traitant avec la plus grande dureté Southey et Wordsw^orth.

Les deux plus grands poètes de l'époque romantique en Angleterre sont lord Byron et Shelley, l'un admirable poète du désenchantement et du désespoir, doué du reste d'un très beau génie épique, faisant vivre des personnages peu différents, s'il faut l'avouer, les uns des autres, mais de haute figure et de grande allure, le seul poète anglais avec Shakspeare qui ait eu une vraie influence sur la littérature française ; l'autre, poète idéaliste de la plus suave délicatesse, aérien, céleste, malgré la vie privée la plus désordonnée et la plus coupable, l'un des poètes lyriques les plus parfaits qui soient, grand tragique aussi dans sa tragédie des Cenci, très ignoré en France

Page 1