‹ Initiation littéraireChapitre 44 sur 56 · POÈTES DU XVIII' SIÈCLE : KLOPSTOCK LESSING, WIELAND · texte numérisé non relu

POÈTES DU XVIII' SIÈCLE : KLOPSTOCK LESSING, WIELAND

PROSATEURS DU XVIIl" SIÈCLE : HERDER, KANT. POÈTES DU XIX" SIÈCLE I GŒTHB, SCHILLER, KŒRNBR

LE xviir siècle littéraire allemand, désigné quelquefois sous le nom de siècle de Frédéric II, est une renaissance ou, si l'on veut, un réveil après un sommeil assez long. Ce réveil fut aidé par la querelle peu importante en soi, mais qui fut féconde entre Gottsched, le Boileau allemand, et Bodmer, le revendicateur énergique des droits de l'imagination. A la suite de Bodmer vint Haller, suisse comme lui ; puis tout à coup éclata Klopstock. La Messiade de Klopstock est un poème épique; c'est l'histoire de Jésus depuis la Cène jusqu'à sa résurrection, avec une foule d'épisodes adroitement rattachés à l'action. Le profond sentiment religieux, la grandeur du cadre, la beauté des scènes, la pureté et la noblesse du discours, la couleur biblique très aisément répandue dans toute la composition, font de ce vaste poème, peut-être démesurément loué dans sa nouveauté, une des plus belles pro-

ductions, tout compte fait, de l'esprit humain La littérature allemande revivait. Quant à Gottsched il était vaincu.

- Vinrent alors les Lavater, les Biirger, les Les- Lespo tes ^\x\g, les Wieland. Lavater, suisse comme Haller, est connu par des travaux scientifiques, mais c'est un poète de grand mérite et ses Hymnes suisses, naïves et émouvantes, sont demeurées des chants nationaux; Bûrgerest un grand poète lyrique, personnel, original, passionné, vibrant; Wieland, le Voltaire de l'Allemagne, bien qu'il eût commencé par être l'ami de Klopstock, spirituel, aisé, léger, gracieux, dont TObéron et VAgathon garderont le don de vieillir, est un des plus aimables esprits que l'Allemagne ait produits. Napoléon I" lui fit l'honneur de vouloir causer avec lui comme avec Goethe.

= Lessing, personnellement, est un grand auteur Leasing ^^ ^^^ l'influence qu'il a eue sur ses compatriotes il tient une des plus grandes places dans l'histoire de la littérature allemande. Il fut critique et, dans sa Dramaturgie de Hambourg et ailleurs, il combattit de toutes ses forces et parfois injustement la littérature française pour secouer l'ascendant à son avis léthargique qu'elle avait sur les Allemands; et dans son Laocoon il fit avec une admirable lucidité une sorte de classification des arts. Comme auteur proprement dit, il a écrit des Fables qui, selon notre goût, sont froides et sèches ; il a fait plusieurs pièces de théâtre dont aucune n'est un chef-d'œuvre et dont les meilleures sont M inna de Barnhehn et Emilia Galotti et un poème philosophique dialogué (car on ne peut guère l'appeler drame) qui est d'une très

XYlIl* ET XIX" SIÈCLES : ALLEMAGNE

grande beauté littéraire et morale, Nathan le Sage.

Herder fut le Vico de l'Allemagne. C'est l'historien philosophe ou plutôt le penseur philosophant sur l'histoire. Il a fait de tout, critique littéraire, travaux d'érudition, traductions, même poèmes personnels, mais sa grande œuvre est Idées sur la philosophie de l'histoire de Vhumanité. C'est la théorie du progrès dans toute son ampleur et dans toute sa majesté, soutenu par des arguments au moins spécieux et imposants. De Michelet à Quinet jusqu'à Renan tous nos auteurs qui ont jeté un regard d'ensemble sur les destinées du genre humain s'en sont inspirés. Son style, large, périodique, coloré, est à la hauteur du sujet et y est conforme. N'oublions pas, même dans une histoire exclusivement littéraire, de nommer Kant qui, lorsqu'il se livre à une dissertation morale, comme par exemple sur le mensonge, compte grandement comme écrivain.

Nous voici à la fin duxviii' siècle et bientôt au commencement du xix*. A cette époque intermédiaire éclate l'heure la plus glorieuse de toute la littérature germanique. A la fois Iffiand, Kotzebue, Kœrner, Schiller et Goethe occupent la scène. C'est une grande lumière. Iffland, acteur, directeur de théâtre et auteur, ami et protecteur de Schiller, a fait de nombreux drames dont les principaux sont le Criminel par ambition, la Pupille, les Chasseurs, les Avocats, les Amis de la maison. Il était réaliste sans être sombre. 11 ressemble assez à notre Sedaine. Kotzebue, ami de Catherine de Russie, puis disgracié par elle, d'un caractère très irritable et batailleur et qui finit par être tué en 1819,

Herder

Karner

Schiller

comme réactionnaire, par un étudiant libéral, n'était pas loin d'avoir du génie. Il a fait une multitude de drames et de comédies. Ceux qui sont encore lus avec plaisir sont Misanthropie et repentir, Hugo Grotius, le Calomniateur, la Petite ville allemande, qui est restée classique.

Kœrner, « le Tyrtée de l'Allemagne », à la fois vaillant soldat et grand poète lyrique, qui fut tué à Gadebusch sur le champ de bataille, a écrit des poésies lyriques, des drames, des comédies et farces et surtout Lyre et épée, chants de guerre souvent d'une fougue admirable.

Schiller est un très vaste génie, historien, poète lyrique, poète dramatique, critique, il s'est marqué en tous les genres comme profondément original. Il a écrit la Guerre de Trente ans, des odes, des ballades, des poèmes dithyrambiques, comme la Cloche, si universellement célèbre, des dissertations de philosophie critique comme les Dieux de la Grèce et les Artistes, enfin tout un théâtre (seul point par où l'on peut soutenir qu'il l'emporte sur Gœthe), où l'on remarque sa première œuvre, audacieuse etanarchique, les Brigands, puis la Conjuration de Fiesque, Intrigue et amour, Don Carlos, Wallensteiji (trilogie composée de le Camp de Wallenstein, lesPiccolomini, la Mort de Wallejistein), Marie Stuart, la Fiancée de Messine, la Pucelle d'Orléans, Guillaume Tell. Par son exemple avant tout, par son enseignement ensuite (Dou^e lettres sur don Carlos, Lettres sur VédtLcation esthétique ; Du Sublime, etc.), il a exercé sur la littérature et sur toute la pensée allemande une influence au moins égale, supérieure, je crois, à

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