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EXISTENCE — LÉGITIMITÉ — EXCELLENCE

DE tous les enseignements qui peuvent se don- ,,ui,tuuyuc. ^6^ parmi les nommes, au nom d une auto-

rité supérieure à la raison, l'enseignement donné par l'Église catholique occupe une place tout à fait à part. Dès qu'un être humain, qu'il s'agisse de l'individu adulte, ou qu'il s'agisse de ceux qui ont une raison de chef dans la société naturelle qu'est la famille ou la patrie, au sens que nous avons précisé, se trouve en présence du fait de cet enseignement, il doit se rendre compte tout de suite et en premier lieu des titres de cet enseignement. Car, si, par hypothèse, la vérité de cet enseignement ou la solidité des titres qu'ont à le donner ceux qui le donnent est une fois reconnue, par le fait même toute autre enquête devient inutile; attendu que tout enseignement qui ne serait pas conforme à celui-là serait, du même coup, convaincu d'erreur. Il ne se peut pas, en effet, que de la même source divine qu'est l'autorité de Dieu, la seule pouvant s'imposer à l'être humain, endehors ou au-dessus de sa raison individuelle ou collective, quand il s'agit d'enseignement religieux, intéressant ou engageant la destinée dernière de l'être humain, [i58]

DOCTRINE CATHOLIQUE

— proviennent ou découlent deux enseignements contraires. Par conséquent, s'il est établi que l'enseignement que donne l'Église catholique est divin, cet enseignement-là, et celui-là seul, à l'exclusion absolue de tout autre qui lui serait contraire, devra être accepté.

Les titres de cet enseignement se ramènent, pratiquement, à un seul qui les comprend tous; savoir : la divinité de l'Église catholique, sous sa raison de magistère. Si, en effet, l'Église catholique, sous sa raison de magistère, ou comme maîtresse d'enseignement et de doctrine, est d'institution divine ; si Dieu lui a confié un corps de vérités avec mission expresse de l'enseigner aux hommes, il est manifeste que tout homme devra accepter cet enseignement comme venant de Dieu Lui-même.

Qu'il soit possible qu'un tel corps de vérités existe, confié par Dieu à un magistère déterminé parmi les hommes, la chose ne peut pas faire de doute. L'homme, en effet, nous l'avons vu, ne peut avoir sa perfection dernière et complète que par la connaissanee de la vérité, et la connaissance de la vérité, non pas d'une façon quelconque, mais selon qu'elle porte sur l'ordre des choses en ce qu'il a de plus profond, atteignant en elle-même la cause première et dernière de toutes choses. Cette cause n'est autre que Dieu Lui-même. C'est donc à connaître Dieu et dans cette connaissance de Dieu que consiste la perfection dernière de l'être humain. D'autre part, la connaissance de Dieu peut se faire pour

Ses titres.

Sa possibilité.

Sa convenance.

nous d'une double manière : ou selon que nous l'atteignons, par voie de raisonnement et de déduction, en partant des êtres sensibles perçus par nos sens; ou selon qu'il pourrait lui plaire à Lui-même de se manifester à nous. La première manière ne nous donne de Dieu qu'une connaissance naturelle. La seconde nous donnerait une connaissance surnaturelle. Encore est-il que cette connaissance surnaturelle, si elle se produit, pourra se présenter avec un double aspect ou avoir un double caractère. Dieu pourra, en effet, nous manifester, sur Lui-même,,des vérités qui ne dépasseront pas, absolument parlant, la capacité de notre raison ; ou bien nous manifester aussi des vérités qu'il sera le seul à connaître naturellement. La manifestation des premières sera surnaturelle quant à son mode, mais non quant à son fond; tandis que dans le second cas, nous aurons une manifestation surnaturelle purement et simplement, ou quant au mode et quant au fond.

Un enseignement divin sous la première forme est chose souverainement convenable parmi les hommes. C'est qu'en effet, la connaissance de la vérité selon qu'elle porte sur Dieu est tout à fait nécessaire à l'homme ; puisque c'est en cela que consiste sa perfection. Or, cette vérité, même en ce qu'elle a de naturel, ou selon qu'elle peut être atteinte, par la raison humaine, à l'aide du raisonnement s'exerçant sur les êtres sensibles perçus par les sens, serait, en fait, à peu près impossible pour la plupart des êtres humains, [i6o]

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empêchés qu'ils sont de se livrer aux études que cette connaissance consciente ou vraiment scientifique suppose, en raison de leurs occupations, ou de leur paresse, ou de leur incapacité native. Ceux-là même qui auraient le temps et la faculté d'y atteindre, ne le pourraient qu'après un long temps et de longs travaux ; alors qu'il importe souverainement, pour l'être humain, que cette vérité soit possédée par lui, au moins par mode d'enseignement reçu, dès le début de sa vie morale. Et d'ailleurs, même après un long temps et de longs efforts, ceux qui pourraient l'atteindre seraient exposés encore à ne pas l'atteindre dans sa parfaite pureté, mais à y mêler une foule d'erreurs. Afin donc que cette vérité si importante, si nécessaire à l'homme, lui arrive plus sûrement, plus promptement, et plus universellement, il était souverainement opportun qu'elle lui arrive par mode d'enseignement divin. Que s'il s'agit de l'enseignement divin sous la seconde forme, ou selon qu'il porte sur la vérité divine que Dieu seul connaît naturellement, il faudra dire que cet enseignement s'imposerait d'une façon absolue et de toute nécessité, s'il plaisait à Dieu d'élever l'homme à une foi surnaturelle. C'est même précisément en cela que consistera, au sens propre, la fin surnaturelle de l'homme, savoir que Dien se fera connaître à Lui sous le jour où II se connaît naturellement Lui-même. Et, sans doute, Dieu aurait pu, en créant l'homme, le constituer dans la possession immédiate de cette fin. Mais II pouvait aussi [i6i]

Sa Tiécessité.

SAINT THOMAS

L'affirmation de l'Eglise.

La divinité de l'Eglise.

vouloir lui faire acquérir cette fin par voie de mérite. Et, dans ce cas, il fallait, nécessairement, qu'il lui révèle, sous une forme voilée, afin qu'il ait le mérite de la conquérir par des actes proportionnés, cette même fin ou cette même vérité, avant de la lui communiquera découvert par la vision intuitive.

L'Église catholique affirme à la face de tous les peuples qu'il l'a fait et qu'elle-même a été chargée par Lui de livrer aux hommes cet enseignement. On peut dire de cette affirmation de l'Église catholique qu'elle porte tout et que c'est autour d'elle que se concentre tout l'intérêt de la question si essentielle du surnaturel. Or, toute la vertu ou toute la force de cette affirmation est liée elle-même à cette autre simple question : est-il vrai que l'Église catholique soit ce qu'elle dit être, et qu'elle ait reçu de Dieu une telle mission. Si oui, nous n'aurons plus qu'à nous en remettre à elle en toute simplicité et avec une confiance absolue. Ce qu'elle nous dira être l'enseignement divin le sera en toute vérité.

Dès là que la question de la divinité de l'Église était d'une importance si souveraine, Dieu se devait de la faire éclater en pleine lumière et de la rendre en quelque sorte évidente pour tous. Il l'a fait. La divinité de l'Église éclate dans le fait même de son existence. Tout être humain peut s'en convaincre, à la seule constatation de ce fait. Non seulement il n'est point nécessaire de recourir à des recherches d'érudition ou à des subtilités d'interprétation de livres et de textes [162]

Le fait

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OU d'autres documents et monuments, toujours diflîciles à établir et à contrôler, sinon même d'une absolue impossibilité pour la plupart des hommes ; mais ceux-là même qui ne savent ni lire ni écrire peuvent immédiatement et sans effort se convaincre directement de la preuve dont il s'agit. Il leur sufBt de constater le fait, d'ailleurs à la portée de tous, puisqu'il est là devant eux dans tout l'univers; et puis de conclure, par la raison, à l'occasion de ce fait.

Le fait — nous l'avons déjà signalé — consiste en ceci que, dans tout l'univers, se trouvent, caTholïqïie. appartenant à tous les pays, à toutes les nations, à toutes les catégories, à toutes les conditions, à tous les âges, des hommes en très grand nombre qui se soumettent à l'action hiérarchique de prêtres qui sont immédiatement en contact avec eux, lesquels dépendent eux-mêmes de leurs évêques respectifs, ceux-ci demeurant tous subordonnés à l'action d'un seul, qui est le chef auquel tous obéissent dans tout l'univers : évêques, prêtres et simples fidèles. Ce chef unique, clef de voûte de tout l'édifice, nul n'en ignore l'existence et l'action suprême hiérarchique dans tout l'univers. Il s'appelle le Pape. Or, tous, Pape, évêques, prêtres, simples fidèles communient dans l'acceptation d'une même doctrine, dans la soumission à la même loi Inôraîe, dans la participation aux mêmes sacrements. D'autre part, cette doctrine, dans son fond essentiel, dépasse la raison de tout être humain, au point même que de prime abord elle lui paraîtrait contraire; [i63]

SAINT THOMAS

cette loi morale impose des obligations publiques et privées qui vont contre ce à quoi, par leur nature sensible ou leurs passions et leur intérêt du moment, tous les hommes sont le plus portés; cette participation aux sacrements impose des pratiques où se retrouvent, au plus haut point, toutes les impossibilités apparentes des mystères et toutes les répugnances de la nature. Il est vrai qu'à tout cela se trouvent jointes des promesses de récompenses, mais de récompenses qui n'ont aucune prise sur les sens et la raison de l'être humain; car elles sont d'ordre absolument spirituel et transcendant, réservées pour une autre vie que la vie présente et devant être achetées ou méritées par le mépris de tout ce que dans la vie présente les sens et même d'une certaine manière la raison naturelle recherchent avec le plus d'avidité.

=^^== Voilà le fait. Ce fait doit avoir une cause. Or, décw!'^ la cause ne peut être que Dieu. Il s'ensuit que Dieu est dans ce fait ; et que par suite tout être humain doit l'accepter ou s'y soumettre, à peine d'aller contre Dieu Lui-même, c'est-à-dire contre la raison de toutes choses en ce qu'elle a de plus profond et de plus nécessaire. — Que Dieu soit dans ce fait, il suffit d'une minute de réflexion pour s'en convaincre. Car n'est-il pas évident qu'un fait de doctrine, de morale, de pratiques rituelles, où tout va à rencontre du penchant naturel de l'être humain — à tout le moins du penchant naturel en ce qu'il a de plus véhément, de plus actuel, de plus universel, — ne peut pas [i64]

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avoir son explication adéquate dans cet être humain lui-même. Il faut donc que cette explication soit ailleurs. D'autre part, au-dessus de de l'être humain, il n'y a, nous l'avons vu, dans la hiérarchie des êtres, que les esprits, et, parmi eux ou plutôt infininiment au-dessus, mais qui est la seule explication ou raison dernière de tous les êtres, l'Être pur et souverain que nous appelons Dieu. Il faudra donc que le fait catholique que nous avons sous les yeux et qui n'a point son explication dans l'être humain, ait son explication dernière dans l'action du monde des esprits. Non pas, évidemment, des esprits mauvais, ou révoltés contre Dieu, à supposer qu'il en existe dans ce monde-là; car tout conduit à Dieu, dans le fait catholique, et tout y est ordonné en fonction de la conquête de Dieu, si l'on peut ainsi dire. Donc, manifestement, l'explication dernière de ce fait ne peut exister que dans l'action des esprits bons, agissant en dépendance de Dieu Lui-même, et, par conséquent, dans l'action de Dieu Lui-même, cause première et seule efficace ou pleinement et adéquatement proportionnée à l'existence d'un tel fait. Donc le fait de l'Église catholique est essentiellement divin. Et, par suite, lui résister ou ne pas s'y soumettre purement et simplement, en ce qui est de son organisation essentielle, comme doctrine, comme morale, comme pratiques rituelles, tout cela en dépendance de l'action hiérarchique attachée à la clef de voûte qu'est le Pape, c'est aller manifestement contre l'ordre [i65]

SAINT THOMAS

L'enseignement de l'Eglise.

Le témoignage divin.

divin, contre l'ordre de la raison en ce qu'elle a de plus impérieux et de plus infrangible.

Nous devons donc, de toute nécessité, accepter de l'Église catholique, considérée sous sa raison de magistère, l'enseignement qu'elle nous livre, selon qu'elle nous le livre, dans toute sa pureté et dans son absolue intégrité. Cet enseignement nous est donné par elle comme livré par I^ieu, et, par conséquent, comme s'imposant à nous au nom même de la véracité divine. 11 ne s'agit donc pas, ici, d'un enseignement humain ou d'une doctrine livrée par des hommes ayant la raison de maîtres ou de docteurs ; comme il arrive dans les écoles ordinaires. Ici, le Maître, le seul vrai Maître, est Dieu. C'est Lui seul qui enseigne. Tous les êtres humains, quels qu'ils soient, y ont raison de disciples. Tous y sont à l'école de Dieu. Voilà le caractère essentiel, absolument propre et spécifique de cet enseignement. Rien n'y est donné, rien n'y est accepté, qu'au nom même de Dieu et sur l'autorité de sa Parole, de son témoignage.

Ce témoignage de Dieu, ou l'enseignement livré par Lui se trouve fixé pour nous dans les Livres saints qui composent la Bible, et dont l'Église elle-même, toujours en vertu de sa fonction divine, nous détermine le catalogue ou le canon. Mais, d'une façon vivante, il se trouve dans le magistère même de l'Église, dont la fonction est de conserver aux hommes ce témoignage et de le leur livrer partout et toujours selon que leurs besoins l'exigent.

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A cette fin, l'Église a condensé les points essentiels de ce témoignage en quelques formules brèves pouvant être facilement connues de tous et retenues par tous. C'est ce qu'elle a appelé les articles du symbole. Ils constituent le noyau essentiel ou la base et le fondement de tout l'enseignement catholique. C'est, en même temps, le premier degré de cet enseignement, celui que tous doivent connaître et dont ils émettent la profession explicite, lors de leur entrée dans l'Église catholique par le baptême.

Mais ce premier degré d'enseignement n'est pas le seul. Il peut être suivi d'une infinité d'autres degrés, impliquant, non pas un enseignement plus parfait — car tout est compris dans les articles du symbole — ; mais une connaissance plus parfaite de cet enseignement. Ici vient le côté proprement scientifique de l'enseignement catholique. Le premier se donnait par mode de simple affirmation, invitant à l'acceptation pure et simple, par un acte de foi, de l'affirmation ou de la formule précisant le témoignage divin en ce qu'il a d'essentiel et de nécessaire pour tous, même comme formule explicite. L'autre se donne par mode de raisonnement ou d'argumentation. Il a pour objet ce même témoignage ou enseignement divin, mais non plus simplement pour l'accepter par mode d'acte de foi. Étant présupposé l'acte de foi, il veut ensuite scruter, pour le posséder toujours plus excellemment, cet enseignement ou ce témoignage divin qu'il a reçu par la foi. Il en étudie

Les articles du symbole.

La théologie.

Elle est une vraie science.

SAINT THOMAS

tous les termes, s'applique à en pénétrer le sens et l'harmonie, à résoudre les difficultés qui s'y rencontrent ou que soulèverait une raison inquiète ou indocile, à expliciter enfin, toujours davantage, pour l'intelligence humaine, les germes d'infinies vérités contenus implicitement dans le témoignage divin explicite que résument les articles du symbole. Puis, il organise toutes ces vérités en corps de doctrine répondant le plus parfaitement possible aux exigences et aux lois de la raison humaine. C'est la théologie.

Sous cette forme, l'enseignement divin, ou la Doctrine sacrée, constitue une vraie science. On y procède, comme dans toutes les sciences, par voie de raisonnement ou d'argumentation. Et ce raisonnement ou cette argumentation conclut ou peut conclure de façon démonstrative. Il part ou peut partir de principes certains, et aboutit, s'il est bien conduit, à des conclusions certaines. Les principes peuvent être de deux sortes. Les premiers, qui dominent tout, dans cet enseignement, ne sont autres que les articles de la foi; ou, ultérieurement, les vérités déjà déduites de ces articles. Les autres sont des vérités fournies par la raison. Quand les principes sont les articles même de la foi, ou des vérités immédiatement déduites de ces articles, la conclusion est d'ordre divin comme l'étaient les principes, sauf que sa déduction pourra être purement humaine, si c'est un simple théologien qui la fait. Quand les principes sont mixtes, c'est-à-dire en partie d'ordre divin et en partie d'ordre humain, [.68]

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la conclusion sera mixle aussi, participant de la double nature de la lumière des principes. Il se pourra d'ailleurs que l'autorité de l'Église intervienne pour sanctionner la certitude de la conclusion, qu'il s'agisse d'une conclusion d'ordre divin ou d'une conclusion d'ordre mixte. Dans ce cas, l'autorité de l'Église fait que la certitude de la conclusion est absolue et s'impose à tous, non par voie ou avec le caractère de la révélation ou de l'inspiration divine, mais en raison de l'assi^tance particulière promise par Dieu à sou Église, qm^rantit de toute erreur l'intervention définitrvé~de l'Église et lui assuie l'infaillibilité.

Celle science qu'est la tliéologie l'emporte en excellence sur toutes les autres sciences. D'abord, en raison de ses principes propres, qui lui viennent immédiatement de Dieu, et qui, par suite, portent avec eux la certitude même de la science divine. Puis, en raison de ce qui en est le sujet et qui est tout ce qu'il y a de plus relevé et de plus excellent, puisqu'il n'est pas autre que Dieu Lui-même. L'unique sujet, en effet, dont s'occupe la Doctrine sacrée ou la théologie, c'est Dieu. Mais, en s'occupant de Dieu, elle s'occupera aussi de tout, puisqu'il n'est rien qui n'ait rapport à Dieu : ou comme venant de Lui ou comme retournant à Lui. Toutefois, quand elle s'occupera ainsi de ce qui est autre que Dieu, elle ne se diversifiera point selon la diversité de ces objets, comme les sciences d'ordre humain. Elle restera toujours elle-même, parfaitement une, comme est parfaitement une la science qui

Excellence

de cette science.

SAINT THOMAS

Le philosophe

et le

théologien.

est en Dieu, dont elle n'est elle-même qu'une sorte d'empreinte participée dans l'esprit de la créature. On retrouvera donc, dans cette unique science sacrée, tout ce qui a pu être connu par les autres diverses sciences, notamment par les deux plus hautes sciences humaines, qui sont la physique et la métaphysique, selon que nous avons précédemment condensé leurs données essentielles. Mais on retrouvera tout cela dans une autre lumière. Ce ne sera plus dans la lumière de la seule raison humaine, comme telle. Ce sera dans la lumière de la Parole de Dieu, de son témoignage, de sa révélation, de son affirmation souveraine. Dès lors, outre que tout cela sera pénétré de l'autorité même de Dieu et de sa certitude à Lui, il y a encore que tout cela n'aura sa place dans la science sacrée qu'en fonction de Dieu Lui-même. De même que Dieu n'a produit les créatures que pour sa gloire; de même, quand 11 nous parlera des créatures, ce ne sera que pour nous dire les rapports qu'elles ont avec Lui ou ce qu'il a voulu faire d'elles. Lors donc que nous, les considérons dans la lumière de sa Parole ou de son témoignage, nous ne les considérons qu'en fonction de Lui : selon qu'elles viennent de Lui, ou qu'elles sont soumises à son action; et selon qu'elles doivent retourner à Lui.

Or, c'est par là que le philosophe et le théologien se distinguent. Ils peuvent, l'un et l'autre, considérer le même objet ou le même sujet, matériellement parlant. Car, nous l'avons dit, l'être, [170]

DOC TRINE CA THOL IQ UE

dans toute son amplitude, est l'objet du philosophe. Mais le théologien verra dans cet objet, ce que le philosophe n'y voit pas et ne peut pas y voir. Il y verra, en effet, tout ce qui est l'objet propre de la foi, qu'il s'agisse de ce qui a trait à l'Être premier selon qu'il est en Lui-même, que la raison ne peut même pas soupçonner; ou qu'il s'agisse des libres dispositions de Dieu à l'endroit du monde créé par Lui. Et, de plus, il verra tout cela, en même temps que dans une autre lumière, dans un autre ordre. Tandis que le philosophe part des êtres qui sont le plus à sa portée, savoir des êtres sensibles, ou de l'être mobile, et remonte ensuite, comme nous l'avons fait plus haut, des êtres sensibles ou de l'être mobile à l'être pur et simple : d'abord sous sa raison de forme pure ; et puis, enfin, sous sa raison suprême d'Acte pur; — le théologien, au contraire, se fixe, dès son premier acte, au cœur même de l'Être subsistant ou de l'Acte pur, qu'il voit dans sa propre lumière, et, toujours dans cette lumière, sans quitter du regard, un seul instant, l'Acte pur ou l'Être souverain, son unique objet central, il redescend tous les degrés de l'être créé, passant d'abord par les esprits purs, et allant jusqu'aux confins derniers du monde des corps, pour concentrer tout spécialement son attention dans le résumé des deux, qui est l'homme; puis, enfin, contemplant le tout sous l'action suprême et souveraine de l'Être premier qui, par son gouvernement, ramène tout à Lui.

SA/AT THOMAS

^^^^^ „ Quand il a fait cela, le théologien est pleine- Le théologien ^ , ^ ,,. . - i > p V

moraliste. ment a même d mstituer une étude a tond — en

la détachant à part — du retour spécial à Dieu qui doit être celui de la créature raisonnable. Et, ici, dans des conditions d'excellence infiniment supérieures à celles du philosophe moraliste, il pourra donner à l'homme l'instruction ou l'enseignement capable de diriger son agir ou d'établir l'ordre parfait dans son action. A la lumière de Dieu, il connaît ce que doit être la fin dernière ou la perfection suprême d'un être humain. 11 possède le mot, révélé par Dieu, qui lui permet de résoudre l'antinomie où la raison toute seule ne pouvait trouver d'issue, alors que, d'une part, elle établissait que la perfection suprême de l'homme consiste dans la contemplation de l'ordre des choses vu dans sa raison dernière et profonde, qui est la première Cause, et que, d'autre part, elle devait s'avouer que la vue de la première Cause ou de l'Acte pur dans son essence n'appartient par nature qu'à cette première Cause ou à cet Acte pur. Le théologien sait que, par fgrâce. Dieu réserve cette même perfection à l'être humain. Et, dès lors, toujours dans la lumière de Dieu, il organise, en conséquence, toute la science de l'agir humain : chose qui est absolument hors de la portée du philosophe. D'autant qu'intervient, ici, en plus, un ordre spécial, que la révélation seule nous fait connaître, et sans lequel on peut dire que tout demeure inexpliqué dans l'économie de la vie humaine : c'est l'ordre de la chute du genre

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humain, et de sa réparation par le mystère du Rédempteur.

C'est par là, par l'ordre unique de cet enseignement divin ou de cette Doctrine sacrée, et sous forme de simple initiation baptismale ou aussi d'enseignement catéchistique élémentaire ordinaire, et plus encore par mode d'enseignement scientifique théologique, sous le magistère suprême et infaillible de l'Église romaine, que le catholique l'emporte, en excellence de condition, sur tous les autres êtres humains, quels qu'ils soient, dans des proportions sans limites, s'agirait-il d'ailleurs des conditions humaines les plus brillantes et les plus enviées. Le littérateur, le savant, le philosophe les plus justement admirés parmi les hommes, ne sont rien, comme perfection d'âme, comparés au petit enfant du catéchisme, ou à l'humble femme de campagne qui savent et acceptent le Credo catholique ; à plus forte raison, si on les compare, même dans le seul ordre de la perfection intellectuelle, au théologien catholique, qui a, du Credo, la science que nous venons de préciser.

Mais, parmi tous ceux-là, il est un enfant de l'Église catholique, qui occupe une place à part dans l'ordre de la perfection dont il s'agit. C'est celui qui a la connaissance de son Credo dans la lumière du Docteur unique, « suscité par Dieu, afin que l'Église eût un maître de la doctrine qu'elle suivrait par excellence en tout temps ». Ce Maître, nous le savons déjà, n'est pas autre que Thomas d'Aquin. Et le livre unique, le livre

Apanage du catholique.

La Somme théologique.

SAINT THOMAS

par excellence, où, réalisant dans sa perfection dernière, la mission d'enseigner dans l'Église que Dieu lui avait confiée, il a exposé avec un ordre et une clarté qui tiennent du prodige, tout l'ensemble de l'enseignement divin ou de la Doctrine sacrée, c'est la Somme théologique. On y trouve cet enseignement dans son ordre et avec son caractère scientifique le plus parfait; mais avec cette prérogative, absolument unique, qu'il peut, en restant lui-même, dans les lignes essentielles de son ordre lumineux, être mis à la portée des plus humbles. La Somme ihéologiqiie, en effet, dont chaque article est d'une structure scientifique si profonde et d'une telle plénitude de sens qu'on peut avoir vécu dans son étude et dans son enseignement toute une vie sans avoir épuisé aucun de ces innombrables articles, peut aussi, sans cesser d'être elle-même, en ses parties essentielles, se transformer en un véritable catéchisme à la portée de tous, sans en excepter même les tout petits. — Ce que nous avons dit jusqu'ici n'avait pas d'autre but que de nous préparer à lire ce livre. Le moment est venu de l'aborder directement et de pénétrer enfin dans cette cité radieuse de la lumière divine.

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