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CHAPITRE IX LA SOMME THÈOLOGIQLE: LE DIEU-HOMME

LE retour de l'homme à Dieu par la mise en œuvre des vertus et des dons sous l'action oieu-ffômme. prévenante et toujours obéie de l'Esprit-Sainl dans l'âme aurait pu se faire et se serait fait sans autre intervention personnelle de Dieu au dehors, si l'homme était resté dans l'état de justice originelle. Mais, dès là que cet état s'est trouvé perdu pour le genre humain par la faute du premier père qu'il transmet à tous ses enfants sous la raison de péché originel, tout rapport d'intimité entre l'homme et Dieu, supposant la présence de l'Esprit-Saint dans l'âme,^ devenait absolument impossible, à moins qu'il plût à Dieu de se réconcilier avec l'homme. Cette grâce de réconciliation, Dieu aurait pu l'accorder sans autre condition que celle du repentir, qu'il aurait d'ailleurs provoqué Lui-même et rendu efficace, dans l'ordre surnaturel, par son action miséricordieuse, en celui qui, par son péché, avait tout perdu. Dans les conseils de son infinie sagesse, de sa bonté et de sa toute-puissance, 11 a préféré choisir une autre voie, qui devait faire éclater dans des proportions sans mesure ses divins attributs. L'offense, commise par l'homme, étant d'une gravité infinie en raison de la Majesté divine offensée, demandait pour [255]

SAINT THOMAS

être réparée dignement une satisfaction qui fût également infinie. D'autre part, la satisfaction ne pouvait être infinie que si elle émanait d'une Personne qui aurait une dignité infinie; c'est-àdire d'une Personne qui fût Dieu. Et parce que Dieu, comme tel, ne saurait satisfaire, étant incapable d'action méritoire, il fallait donc, si la satisfaction devait égaler l'offense, qu'une Personne qui serait Dieu se fît homme, et homme en l'état de la voie, non du terme, pouvant ainsi accomplir des actes qui seraient méritoires d'un mérite infini. Cette raison a été le motif même de l'Incarnation.

' A l'effet de réaliser son dessein de miséricorde, nation. Dieu a voulu que son Fils unique se revêtît de notre nature humaine. Cette nature a été unie à la Personne du Fils de Dieu de telle sorte qu'elle subsiste en Lui, n'ayant point de personnalité propre ou dans l'ordre humain, mais étant admise à la Personnalité même du Fils de Dieu conjointement avec la nature divine, qui, du reste, s'identifie, dans la réalité, à cette même Personnalité, laquelle subsiste, unique, en l'une et l'autre nature. L'union s'est faite de toutes les parties de la nature humaine, corps et âme, selon que d'ailleurs ces parties, unies entre elles, constituent vraiment, dans son absolue intégrité spécifique, cette nature humaine, à l'être immédiat de la Personne du Fils de Dieu : de telle sorte que ce corps et cette âme sont vraiment l'âme et le corps du Fils de Dieu et qu'en toute vérité le Fils de Dieu s'est fait homme, esprit et [256]

LE DIEU-HOMME

chair, comme nous. Par son Incarnation, 11 est devenu l'un de nous. Il a été vu semblable à nous, étant identiquement cela même qu'est chacun de nous.

Toutefois, si la nature humaine est absolument la même, au point de vue spécifique, dans le Christ et en nous, elle a, dans le Christ, en raison de son admission à la Personne même du Fils de Dieu et de son union à la nature divine dans la même et unique Personne, des prérogatives exceptionnelles. Outre cette raison de dignité, qui se tire du fait même de l'union hypostatique, il le fallait aussi en raison du but ou de la fin de l'Incarnation. Puisque le Fils de Dieu se revêtait de la nature humaine pour opérer en elle l'œuvre de notre salut, il fallait qu'il se donne à Lui-même, dans cette nature, tout ce qui était nécessaire à une telle fin.

La première de ces prérogatives devait être, dans l'essence même de son âme, la grâce habituelle, au plus haut degré de perfection qui fût possible dans l'ordre actuel établi par Dieu ; puis, dans ses facultés, toutes les vertus, sauf la foi et l'espérance, incompatibles avec la perfection du Christ; tous les dons du Saint-Esprit, au degré le plus transcendant; toutes les grâces gratuitement données, qui ont pour but ou pour objet la manifestation de la vérité divine au monde. Cette plénitude de grâce, au sens le plus compréhensif et le plus excellent, devait présenter dans le Christ un double caractère : celui d'ornement proportionné à l'endroit de la nature [257]

Prt'rogativeti

(la la nalure

l' limaille dans

le Christ.

La grâce du Cfirts/.

SAINT THOMAS

humaine propre au Fils de Dieu incarné; et celui de source universelle à l'endroit de tous les êtres humains qui seraient appelés à participer de son trop-plein. Sous ce second jour, la grâce du Christ prend le nom de grâce capitale, pour signifier qu'elle est en Lui sous sa raison de tête ou de chef de son corps mystique. Ce corps mystique du Christ, qui s'appelle l'Église, comprend tous les hommes dans l'universalité du cours de leur histoire. Toutefois, ceux qui, ayant déjà vécu sur cette terre sont morts dans l'impénitence finale, ou sans avoir participé au bienfait de sa Rédemption, ne lui appartiennent plus et sont séparés de Lui à tout jamais. Ceux, au contraire, qui, ayant vécu sur la terre de la vie de la grâce, se trouvent maintenant dans la gloire, lui appartiennent excellemment et le Christ est leur chef ou leur tête à un titre spécial. Il est ensuite le chef ou la tête de tous ceux qui lui sont unis par la grâce et se trouvent au purgatoire ou sur cette terre; de tous ceux qui lui sont unis actuellement, même par la foi seule, sans la charité ; de tous ceux qui ne lui sont pas encore unis, non pas même par la foi, mais qui doivent l'être un jour, selon les décrets de la prédestination divine; enfin de ceux-là même qui, vivant encore sur cette terre, sont dans la possibilité foncière de lui être unis, bien qu'ils ne doivent jamais lui être unis eu effet. Le Fils de Dieu incarné est aussi le chef ou la tête des anges; mais non pas au même titre : car ce n'est pas de Lui, en tant qu'homme, qu'ils reçoivent [258]

LE DIEU-HOMME

leur vie surnaturelle. Il est leur tête ou leur

chef, selon que par rapport à toute la multitude

de ceux qui sont ordonnés à la même fin de la

FRuiTioN de la gloire, Il occupe, même comme

homme, la première place et possède dans toute

leur plénitude les biens de cet ordre surnaturel,

communiquant à tous, au moins dans l'ordre

accidentel de ces biens, du trop-plein dont II

déborde.

A côté des prérogatives de la grâce, au sens . ^^

, L.H science

plus particulièrement affectif, devaient se trou- du Chr'isi.

ver aussi les prérogatives ayant trait à la science. De ce chef, nous devons reconnaître trois sortes de sciences prises par le Fils de Dieu incarné dans la nature humaine qu'il s'est unie hypostatiquement; savoir : la science qui fait les bienheureux dans le ciel par la vision de l'essence divine; la science infuse ou innée, qui donne à l'âme, d'un seul coup, et par une effusion directe du Verbe, toutes les notions ou toutes les idées qui la mettent à même de tout connaître par mode de science connaturelle; enfin la science expérimentale ou acquise, qui est due au jeu normal et ordinaire de nos facultés humaines puisant dans le monde extérieur à l'aide des sens. Chacune de ces sciences fut prise par le Fils de Dieu incarné, dans la nature humaine qu'il s'unissait hypostatiquement, avec le degré de perfection qui convenait.

La première fut prise avec un degré de perfec- . ~

Cl *^Q^ science

tion qui dépasse, sans proportion aucune, celle bienheureuse. de tous les autres esprits bienheureux, anges et

5a science infuse.

Sa science acquise:

SAINT THOMAS

hommes, à quelque degré de perfection qu'ils soient élevés dans cette science; et, dès le premier instant, le Fils de Dieu incarné put voir, par sa nature humaine, dans le Verbe divin qu'il était Lui-même, tout et tout, de telle sorte qu'il n'est rien, de quelque manière que cela soit dans le présent, ou ait été dans le passé, ou doive être un jour dans l'avenir, qu'il s'agisse d'actions, de paroles, de pensées, se rapportant à n'importe qui et dans n'importe quel temps, que le Fils de Dieu incarné n'ait connu, dès le premier instant de son Incarnation, par la nature humaine qu'il s'était unie hypostatiquement, dans le Verbe divin qu'il était Lui-même.

Pareillement, dans l'ordre de la science infuse, le Fils de Dieu incarné connut, par sa nature humaine, tout ce à quoi peut arriver l'intelligence humaine en utilisant la lumière native qui est en elle et tout ce que la révélation divine peut faire connaître à une intelligence humaine ou créée, qu'il s'agisse de ce qui touche au don de sagesse, ou au don de prophétie, ou à n'importe quel autre don du Saint-Esprit, dans un degré de perfection et d'abondance absolument transcendant, non seulement par rapport à tous les autres hommes, mais même par rapport à la science des esprits angéliques.

Quant à la science acquise, elle s'est trouvée dans la nature humaine du Christ, de telle sorte que par elle II connut tout ce à quoi l'intelligence peut parvenir en travaillant sur les données des sens ; qu'un certain progrès dans la [260]

LE DIEU-HOMME

science fut possible pour Lui, à mesure que son entendement humain avait l'occasion de s'exercer en travaillant sur de nouvelles données des sens; mais que cependant 11 n'eut jamais rien à apprendre d'aucun maître humain, ayant toujours déjà acquis par Lui-même, au contact des œuvres de Dieu, ce qu'un maîlre humain eût été à même d'enseigner, pour Lui, à mesure que sa vie progressait. Jamais, non plus, en aucune manière, le Fils de Dieu incarné n'eut rien à recevoir des anges, en fait de science, dans sa nature humaine; mais tout ce qu'il eut, comme science, lui vint, dans sa nature humaine, ou immédiatement du Verbe qu'il était personnellement, ou de la lumière naturelle de l'entendement propre à la nature humaine, en travaillant, selon qu'il a été dit, sur les données immédiates des sens : car tout autre mode de recevoir eût été indigne de Lui.

Dans la nature humaine qu'il s'unissait hypos- =■==== ... . , T-"i 1 T-v- • ' 'L~ • fM puissance

tatiquement, le Fus de Dieu incarne prit aussi dû Chrisu

la prérogative avant trait à la puissance. Ce fut toute la puissance connaturelle à l'àme humaine, forme substantielle d'un corps qu'il voulut prendre mortel; et, en plus, la puissance propre à cette âme humaine, dans l'ordre de la grâce, en tant qu'elle devait, de sa plénitude, communiquer à tous ceux qui seraient sous sa dépendance. Il y eut encore, dans la nature humaine du Fils de Dieu incarné, à un titre unique, cette participation instrumentale de la vertu divine, qui devait faire que par elle le Verbe de Dieu [261I

Déjectuositt-s

SAINT THOMAS

accomplirait désormais toutes les merveilles de transformation en harmonie avec la fin de l'Incarnation, qui est de restaurer toutes choses, au ciel et sur la terre, selon le plan de rénovation fixé par Dieu.

Cette fin de l'Incarnation, selon le plan fixé ''}irhes" par Dieu dans ses conseils éternels, demandait par le Christ, que^ dans la nature humaine qu'il s'unissait hypostatiquement, le Fils de Dieu pût satisfaire pour nos péchés; apparaître, sur cette terre, comme l'un de nous, laissant ainsi à la foi tout son mérite; et enfin nous servir d'exemple par la pratique des plus hautes vertus de patience et d'immolation. Pour cela, à côté des prérogatives que nous avons marquées, il fallait que le Fils de Dieu prît aussi certaines défectuosités, soit du côté du corps, soit du côté de l'âme. Ce furent, du côté du corps, les défectuosités ou les misères et infirmités ou faiblesses qui sont, dans toute la nature humaine, la suite et l'effet du premier péché du premier homme, telles que la faim, la soif, la mort et autres choses de ce genre. Toutefois, en deçà de ces défectuosités, le corps du Fils de Dieu incarné fut d'une souveraine perfection et d'une souveraine beauté : car cela convenait à la dignité du Verbe de Dieu uni hypostatiquement à ce corps; et à l'action de l'Esp rit-Saint par qui ce corps fut formé , directement dans le sein de la Vierge Marie. Du

côté de l'âme, les défectuosités prises par le Fils de Dieu incarné, comme nécessaires à la fin de l'Incarnation, furent : d'abord, la possibilité de [362]

Le Christ

LE DIEU-HOMME

sentir la douleur causée par ce qui affecte péniblement le corps, notamment par les lésions corporelles telles qu'il devait les souffrir au cours de sa Passion; ensuite, les mouvements intérieurs d'ordre affectif sensible, ou encore les mouvements d'ordre affectif intellectuel qui supposent un mal présent ou menaçant, tels que les mouvements de tristesse, de crainte, de colère; avec ceci pourtant que de tels mouvements, dans l'âme humaine du Fils de Dieu incarné, n'avaient jamais rien qui ne fût de tout point en parfaite harmonie avec la raison, à laquelle ils demeuraient en tout complètement soumis.

Par les prérogatives et par les défectuosités qu'il choisit de prendre en Lui-même, dans sa 07/ terme nature humaine, le Fils de Dieu incarné se , f' .

(imis la l'Oie.

trouva tout ensemble, au cours de sa vie parmi nous, et cela lui devait être absolument propre, dans l'état de ceux qui sont au terme et dans l'état de ceux qui sont encore dans la voie ou le chemin. Car. pour ce qui est propre à l'âme dans la béatitude, le Christ jouissait pleinement de cette béatitude par la vision de l'essence divine; et pour ce qui est du rejaillissement de la béatitude de l'âme dans la partie sensible et dans le corps, par une sorte de suspension miraculeuse, en vue de notre rédemption, 11 ne devait en jouir qu'après sa résurrection et son ascension, l'attendant, au cours de sa vie mortelle, comme une récompense qu'il devait mériter et conquérir.

SAINT THOMAS

, ., ~ C'est par là, en effet, que le Christ a pu méri- Le mérUe , ,, . • . tx, ti

du Christ. ter, quand II vivait parmi nous. D une part, II

demeurait libre à l'endroit de tout objet particulier n'emplissant point par lui-même la faculté de vouloir qui était en Lui ; et, de l'autre, n'étant pas encore au terme, en ce qui était de la gloire de son corps, Il pouvait conquérir celte gloire, par son obéissance au Père, accomplissant librement et par amour l'œuvre de rédemption qu'il venait accomplir. 11 pouvait même, par chacun de ses actes, mériter, du mérite condigne, le salut de tout le genre humain dont 11 était constitué le chef ou la tête. Et ce sera en raison de ce mérite du Christ, selon qu'il sera appliqué à chacun d'eux par leur union ou leur incorporation à Lui, que se réalisera pour tous les êtres humains qui doivent en bénéficier l'œuvre de leur salut. De même, en effet, qu'ils sont tous perdus par l'acte coupable de leur premier père avec lequel ils ne font qu'un en raison de leur origine par voie de génération naturelle; de même ils doivent tous être sauvés par les mérites du Chef nouveau qui leur a été donné, selon qu'ils lui sont unis par la foi et les sacrements. -— - Il était essentiel, pour cette œuvre de rédemp-

Le sacerdoce . ,, . ,, ..f, it-i-i

du Christ, tion telle que Dieu lavait résolue, que le rils de Dieu incarné se présente devant son Père avec la qualité de Prêtre ou de Pontife, pouvant offrir à Dieu une victime capable d'opérer, avec la perfection que Dieu voulait, la réconciliation nécessaire. Aucune autre victime, en dehors de l'humanité prise par le Christ, ne pouvait répon- [36/i]

LE DIEU-HOMME

dre à cette Iîd. Et voilà pourquoi le Christ reçut de Dieu la qualité de Pontife, lui permettant de s'immoler Lui-même, en acceptant, par amour, la vie de sacrifice qui devait se terminer à la mort sur la Croix.

Comme, d'autre part, cette œuvre de rédemption et de salut, qui occupe le point sommet dans l'ordre de la grâce, n'a pu se réaliser dans la Personne du Christ qu'en raison d'une préordination éternelle dans les conseils de Dieu, ce qui constitue la raison même de prédestination, il s'ensuit que c'est au plus haut point que le Christ a été prédestiné; sans que pourtant il y ait à parler d'adoption à son sujet, bien que pour nous tous la prédestination implique comme terme la filiation adoptive. C'est qu'en effet, la filiation étant une propriété personnelle; où se trouve la filiation par nature, il n'y a plus place pour la filiation adoptive.

La même excellence du Christ qui le constitue Prêtre et Pontife auprès de Dieu, le constitue aussi Médiateur entre Dieu et nous. Car tout près de nous par sa nature humaine, qu'il a prise, même avec nos infirmités et nos' misères, 11 peut se charger de nos besoins ou de nos offrandes et les présenter à Dieu. Et tout près de Dieu par les prérogatives de la même nature humaine exaltée au point d'être unie à la nature divine dans la Personne même du Fils de Dieu, Il a à sa portée et dans ses mains tous les dons de Dieu pour nous les transmettre. Aussi bien u'est-il plus rien qui soit désormais capable de

Sa prédestination.

Le Christ médiateur.

La venue

SAINT TIlOMiS

séparer l'homme et Dieu, partout où intervient l'action réconciliatrice du Christ en qui Dieu et l'homme ne font qu'un.

Au temps fixé par les conseils divins, et après du Christ de longs siècles d'attente où le genre humain, en ce monde, depuis sa chute, avait pu faire l'expérience de sa misère et du besoin qu'il avait du Rédempteur, la venue de ce Rédempteur étant préparée d'une manière digne de Lui par toutes les merveilles accomplies dans le peuple sorti d'Abraham, qui devait être son berceau, et par les oracles prophétiques ininterrompus depuis le jour même où,, avait été portée la sentence de condamnation jusqu'au moment où les voix des prophètes se turent comme par respect pour Celui qui allait venir, — une humble vierge, du nom de Marie, qui vivait à Nazareth, dans la Galilée, fiancée à un homme, du nom de Joseph, appartenant, comme elle, à la famille de David, fut saluée par un ange, du nom de Gabriel, envoyé vers elle par Dieu, pour lui annoncer qu'elle avait trouvé grâce devant Lui, qu'elle concevrait dans son sein et qu'elle enfanterait un fils qu'elle appellerait Jésus ; que ce Fils serait grand et qu'il serait appelé le Fils du Très- Haut; que le Seigneur Dieu lui donnerait le trône de David son père ; qu'il régnerait éternellement sur la maison de Jacob, et que son règne n'aurait point de fin. Marie ayant demandé comment ce qui lui était annoncé pourrait se faire, puisqu'elle n'avait de rapport avec aucun homme, l'ange répondit : « L'Esprit-Saint vien- [a66]

LE DIEU-HOMME

dra sur vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. Et c'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu ».

Conçu de la Vierge Marie, par l'action de l'Esprit-Saint, et venu au monde, lors de sa naissance, en conservant dans son absolue intégrité la virginité de sa Mère, le Fils de Dieu fait homme voulut se soumettre à toutes les prescriptions de la loi qu'il venait achever en sa Personne. 11 fut circoncis au bout de huit jours, présenté et racheté au Temple, lors de la Purification de sa Mère; puis, chaque année, fidèle observateur des visites à Jérusalem, en compagnie de ses parents, jusqu'au jour où devant commencer sa vie publique, Il vint au Jourdain, demander le baptême de Jean. II reçut alors, en même temps que le témoignage de Jean, le témoignage du Père par la voix du ciel qui se fit entendre, tandis que l'Esprit-Saint aussi se manifestait sous la forme d'une colombe. C'était donc toute la Trinité des Personnes divines qui apparaissait visiblement, à l'occasion du baptême de Jésus.

Après son baptême, le Fils de Dieu permit au démon de le tenter, pour nous montrer comment nous devions nous-mêmes résister à notre ennemi; et, aussi, pour répondre, par sa victoire sur le démon, à la défaite qui avait été celle de nos premiers parents, lors de leur tentation au Paradis terrestre. La suite de la vie de Jésus se déroula dans une harmonie parfaite, [267]

Sa vie.

Sa Passion et sa mort.

SAINT THOMAS

toute de simplicité et d'apostolat. Il parcourut Lui-même personnellement tout le territoire du peuple de Dieu auquel 11 avait été envoyé par son Père; et ne cessa, durant les trois années de sa vie publique, de faire entendre sa voix pour communiquer aux hommes, selon qu'ils pouvaient les porter, les mystères du Royaume des cieux. En même temps, par les miracles qu'il accomplissait et en montrant sa toutepuissance à l'endroit des créatures spirituelles, à l'endroit des corps célestes, à l'endroit des misères des hommes, et à l'endroit des créatures inanimées elles-mêmes. Il prouvait excellemment qui II était et donnait aux hommes de bonne volonté le moyen de le reconnaître.

Pourtant et parce qu'il le fallait pour l'accomplissement du grand mystère de notre Rédemption, au lieu d'être reconnu par tous, Il se vit, dès le début de son ministère et sans relâche depuis lors, poursuivi par la haine d'hommes pervers qui n'eurent aucune trêve jusqu'à ce que leur haine fût assouvie par son supplice et par sa mort. A la faveur de la trahison de l'un des siens, et parce que Lui-même, son heure étant venue, consentit à se livrer, ils s'emparèrent de Lui, le traduisirent devant le gouverneur romain Ponce-Pilate, qui, après l'avoir fait flageller, le condamna au supplice de la Croix, en proclamant solennellement son innocence. Cette mort du Fils de Dieu sur la Croix devait être le chef-d'œuvre de la sagesse, de l'amour et de la puissance de Dieu, réalisant par ce [268]

LE DIEU-HOMME

moyen le salul du monde de façon à confondre son mortel ennemi le démon et à préparer, pour l'éternité, au jour des suprêmes rétributions, la justification la plus magnifique de ses divins

attributs.

Aussitôt après s'être séparée de son corps, '^^^p*'^™ laissé inanimé sur la Croix, l'âme du Christ aux enfers. descendit aux enfers, pour nous libérer nousmêmes de l'obligation d'y descendre, pour y triompher du démon, en libérant ceux qui s'y trouvaient détenus, et pour montrer sa puissance jusque dans les enfers en les visitant et en y répandant sa lumière. La partie des enfers où descendit l'âme du Fils de Dieu fut celle qui était le séjour des justes n'ayant plus aucune peine à subir pour leurs péchés et retenus seulement par la dette commune du péché originel. C'est là que le Fils de Dieu descendit pour s'y montrer et donner aux saints Patriarches la joie de sa présence. Mais, de là, 11 fit sentir les effets de sa descente, même à l'enfer des damnés, les confondant pour leur incrédulité et leur malice ; et, plus spécialement, au purgatoire, consolant les âmes qui s'y trouvaient détenues, par l'espoir d'être admises dans la gloire aussitôt après leur expiation. L'âme du Christ demeura dans le séjour des limbes autant de temps que son corps resta dans le tombeau. Dès son arrivée parmi les justes qui s'y trouvaient, le Fils de Dieu leur communiqua tout de suite la vision béatifique, dont ils continuèrent de jouir avec Lui tout le temps qu'il passa au mi-

Sa

SAINT THOMAS

lieu d'eux. Et quand son âme sortit des enfers pour s'unir de nouveau à son corps au moment de la Résurrection, Il fit sortir avec Lui des enfers toutes les âmes des justes, qui ne devaient plus se séparer de Lui.

Au soir de la mort du Christ, son corps avait résurrection, été détaché de la Croix et mis hâtivement au tombeau. La haine de ses ennemis les avait rendus attentifs plus que ses disciples, aux paroles dites par Lui de son vivant et par lesquelles 11 avait annoncé nettement que trois jours après sa mort II ressusciterait. Sans vouloir se rendre au sens divin de ces paroles, ils n'avaient point laissé de s'en préoccuper; et, dès le lendemain, ils avaient obtenu du gouverneur romain de pouvoir faire garder le sépulcre, afin que ses disciples, pensaient-ils, ne puissent enlever son corps et le faire passer pour ressusscité. Le tombeau fut scellé ; et les gardes placés devant sa porte. Mais, au matin du troisième jour, le Christ rappela son âme des enfers, l'unit de nouveau à son corps et sortit du sépulcre sans même l'ouvrir, laissant à ses anges le soin d'y pourvoir. Et, en effet, à peine le Christ était-Il sorti de son tombeau, un ange descendit du ciel, secouant tout, autour de lui, par un formidable tremblement de terre ; et, ayant roulé de devant la porte du tombeau la pierre qu'on y avait scellée, il s'était assis sur cette pierre. Ses vêtements étaient d'une blancheur éblouissante, et son aspect terrible comme la foudre. Les gardes, épouvantés, étaient tombés comme morts. [270]

Les femmes

LE DIEU-HOMME Les disciples du Christ avaient bien d'autres

, , , - uca lentilles

pensées que celles de songer a enlever son corps au tombeau. et à le faire passer pour ressuscité. Nul d'entre eux n'avait pris garde aux paroles du Christ annonçant par avance sa résurrection, pas plus qu'ils n'avaient pu jamais s'arrêter à la pensée d'une possibilité de mort ignominieuse pour Lui. Les Apôtres restaient enfermés par peur des Juifs; et celles des saintes femmes, qui, plus fidèles et plus constantes, pensaient à venir au tombeau, n'avaient d'autre préoccupation que de consacrer, dans la mort, par un embaumement définitif, leur Maître bien-aimé. Au malin du jour qui suivit le sabbat, plusieurs d'entre elles vinrent, en effet, pour procéder à cet embaumement. Elles ignoraient qu'on eût préposé des gardes et que la pierre eût été scellée. Quand elles arrivèrent, les événements de la résurrection venaient de se produire. Tout était rentré dans le calme. L'ange ne se montrait pas; et les gardes s'étaient cachés affolés par la crainte. Seule, la pierre roulée de devant la porte du tombeau marquait que quelque chose d'extraordinaire s'était passé. Les saintes femmes crurent immédiatement qu'on avait violé la sépulture de leur Maître. Aussitôt, Marie-Magdeleine, laissant là ses compagnes, courut avertir les Onze de la douloureuse nouvelle. Pendant ce temps, les autres femmes pénétraient dans le tombeau pour mieux se rendre compte. C'est alors que deux anges se montrèrent à elles, dont l'un prit la parole pour leur dire de ne point

craindre à leur aspect, cl leur annonça que Celui qu'elles venaient chercher n'était plus là, qu'il était ressuscité comme 11 l'avait dit, et d'aller porter l'heureuse nouvelle à ses disciples, en leur recommandant de se rendre en Galilée où tous pourraient le voir. Partagées entre la joie et la crainte, elles s'en allèrent, ne disant rien à personne dans le cliemin et courant annoncer aux disciples ce qu'elles venaient de voir et d'en tendre.

^^^^^'^^ Cependant le premier récit de Magdeleine avait L'apparition , .^ , . • i ,-\ r»- . t

à Marie- cause un vit emoi parmi les Onze. Pierre et Jean

Magdeleine. se levèrent aussitôt pour se rendre au tombeau. Ils inspectèrent soigneusement toutes choses, les trouvèrent comme l'avait dit Magdeleine, avec ceci que dans le tombeau vide les linges dont le corps du Christ avait été enveloppé étaient rangés avec soin, le suaire occupant une place à part. Puis, étonnés de tout cela, et persuadés, en etfet, que le corps du Christ avait été enlevé, ils repartirent fort soucieux. Magdeleine demeura seule, assise devant la porte du tombeau et versant d'abondantes larmes. S'étant de nouveau penchée, comme pour s'assurer encore si le corps de Jésus n'était plus là, elle vit deux anges, au sujet desquels, absorbée par sa douleur, elle ne se demanda même pas qui ils pouvaient être et comment ils se trouvaient dans le tombeau. Ces anges lui ayant demandé pourquoi elle pleurait, elle répondit : Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis. On voit, par ces paroles, combien éloignée était toujours, de son esprit, la pensée de la résurrection. [272J

LE DIEU-HOMME

Mais voici qu'après avoir dit ces mots, s'étant retournée, elle vit, sans le reconnaître, .lésus Lui-même, debout, qui lui dit, lui aussi : Femme, pourquoi pleurez-vous? Qui cherchez- vous? Elle, pensant avoir aflaire au gardien de la propriété, prononça, toute en larmes, ces admirables paroles, qui disaient sa douleur et son amour : Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis et moi-même je l'emporterai. C'estalors que Jésus répondit par ce simple mot : Marie! L'accent était tel qu'il n'y avait plus à s'y tromper. Magdeleine n'eut qu'un geste et un mot : Rabboni ! ô Maître! s'écria-l-elle; et se jetant à ses pieds, elle les tenait embrassés. Jésus lui donna le glorieux message d'aller annoncer à ceux qu'il appellait ses « frères », la nouvelle de sa Résurrection et celle de sa prochaine Ascension.

Quaud les disciples entendirent Magdeleine et =

lesautres samtes femmes, a qui Jésus était apparu apparitions. aussi dans le chemin, dire qu'elles l'avaient vu ressuscité, le premier mouvement fut de n'en rien croire. Dans la même journée, 11 apparut encore à Simon-Pierre; puis, aux deux disciples qui se rendaient à Emraaûs; et, enfin, au collège des Onze, le soir, dans le Cénacle, où 11 leur donna son corps à palper et où II mangea devant eux. Huit jours après. Il leur apparaissait de nouveau, en présence de Thomas, qui avait refusé de croire, tant qu'il ne mettrait pas son doigt dans la plaie des mains et des pieds, et sa main dans la plaie du côté. Pendant les jours

L'Ascension.

SAINT THOMAS

qui suivirent, Il coiiliuua de se montrer à eux, leur donnant ses dernières instructions et les entretenant du Royaume des deux. L'apparition sur les bords du lac de Génézareth, en Galilée, fut particJilièrement touchante et importante, en raison de l'investiture de Simon-Pierre, chargé officiellement, lui et ses successeurs, de paître tout le troupeau du Christ, soit ses agneaux, soit ses brebis. 11 y eut aussi, en Galilée, l'apparition par excellence, celle que les anges du tombeau avaient annoncée aux saintes femmes et qui devait être, si l'on peut ainsi dire, l'apparition officielle, avec rendez-vous donné par le Christ Lui-même à tous les disciples qui désireraient le voir. Ils s'y trouvèrent' plus de cinq cents frères réunis, dont plusieurs vivaient encore au moment où saint Paul en rappelle le souvenir dans l'une de ses épître» (i" aux Corinth., ch. xv, V. 6). C'est là qu'il prononça les grandes paroles que saint Matthieu nous a conservées et qui ferment son Évangile : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai mandé; et voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles », jusqu'à la fin du monde.

Ces paroles ne voulaient point dire qu'il dût rester parmi nous par sa présence sensible. Elles signifiaient que par son action, par l'envoi de l'Esprit-Saint qu'il leur avait promis et par sa présence eucharistique. Il demeurerait le priu-

LE DIEU-HOMME

cipe même de leur vie en allendant son retour à la fin des temps pour inaugurer définitivement le Royaume de Dieu. Et, en effet, dans une dernière manifestation de Lui-même aux Onze, à Jérusalem, que nous rapporte saint Luc, après avoir pris avec eux un dernier repas, où II leur donna ses instructions suprêmes, Il les conduisit hors de la ville, vers Bélhanie, sur le mont des Oliviers; et, ayant levé les mains, Il les bénit. Pendant qu'il les bénissait, 11 se sépara d'eux et II fut enlevé au ciel en leur présence jusqu'à ce qu'une nuée le déroba à leurs yeux. Comme ils avaient leurs regards fixés vers le ciel où II avait disparu, voici que deux hommes se tinrent auprès d'eux, vêtus de blanc, et dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder le ciel. Ce Jésus, qui, du milieu de vous, a été enlevé au ciel, en viendra de la même manière que vous l'avez vu monter ».

Les Apôtres, rentrés au Cénacle, pour y atten- ^

dre, suivant l'ordre donné par Jésus, la réalisa- ^", ^f,"',1^°'^ ' r ' et i Eglise.

tion de la promesse qu'il leur avait faite de leur envoyer le Paraclet, l'Esprit-Sainf, qui les revêtirait de force et les mettrait à même de lui rendre témoignage à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre, y demeurèrent, en effet, persévérant dans la prière, avec quelques femmes et Marie, mère de Jésus. Dix jours après, an jour de la Pentecôte, tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d'un vent qui souffle avec force et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils [375]

Les sacrements

SAINT THOMAS

virent paraître comme des langues de feu qui se partagèrent et se posèrent sur chacun d'eux, lis furent tous remplis du Saint-Esprit et ils se mirent à parler d'autres langues selon que l'Esprit- Saint leur donnait de s'exprimer. C'était l'inauguration éclatante de l'Église, corps mystique du Fils de Dieu remonté au ciel, dont l'Espril- Saint serait l'âme et qu'il vivifierait, dans tout l'univers, jusqu'à la fin des temps, par le magistère extérieur du corps des Apôtres avec Pierre comme chef, enseignant au monde infailliblement la doctrine de Jésus, et par le ministère des mêmes Apôtres se continuant dans tous leurs successeurs, pour conférer aux hommes les sacrements de la foi. institués par le Maître, à l'efTet de les incorporer à Lui et de leur communiquer les fruits de sa Rédemption.

Avant de remonter au ciel, en effet, le Christ avait achevé de fixer Lui-même ce qu'il voulait être l'organisation essentielle de son corps mystique, l'Église. A cette fin. Il avait" constitué le corps des pasteurs, dans la personne de ses Apôtres, leur assignant comme chef visible Simon- Pierre; et II leur avait laissé pour vivifier les âmes, en ce qui serait de leur action hiérarchique extérieure, les sept sacrements, qui seraient comme les canaux de la grâce de réconciliation qu'il avait méritée aux hommes par sa mort sur la Croix. Le premier de ces sacrements était destiné à être pour les hommes le sacrement de la régénération, leur redonnant la vie divine perdue [.-6]

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par le péché du premier père. Un second sacrement les ferait grandir dans celle vie retrouvée et les amènerait à l'âge de la perfection ou de la plénitude. Un troisième sacrement, de tous le plus grand, parce qu'il contiendrait, non plus seulement la vertu du Christ, mais le Christ Luimême devenu, sous les dehors ou les espèces du pain et du vin, l'aliment spirituel des rachetés, les nourrirait dans cette vie et serait la sustentation de leur âme comme le pain et le vin matériel sont la sustentation de leur corps, en même temps qu'il continuerait dans le monde, sous forme sacramentelle et avec la raison de sacrifice identique l'Immolation du Calvaire. S'ils venaient à perdre leur vie divine retrouvée, en commettant, après leur baptême, quelque péché grave incompatible avec cette vie, un autre sacrement, celui de la pénitence, aurait pour objet de la leur rendre; et, quand il leur faudrait quitter la vie présente, un sacrement spécial serait destiné à faire disparaître tout ce qui pourrait rester en eux de faiblesse spirituelle, en raison de leurs péchés passés, à l'effet de recouvrer la pleine et parfaite santé spirituelle, qui leur permettrait d'entrer, en pleine vigueur d'âme, dans la vie de la gloire, au ciel, pour y jouir de Dieu éternellement. Deux autres sacrements, celui de l'ordre et du mariage, assureraient le bien social de son corps mystique, en constituant la hiérarchie sacrée et en sanctifiant les sources de la ===

vie parmi les hommes. J^.fi^.

, . , . , de la vie

Cette économie des sept sacrements mstitues immortelle.

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par Lui et fécondés par l'action de son Esprit- Saint doit conduire les hommes à la fin de l'immortelle vie inaugurée déjà en sa Personne de- |)uis sa Résurrection et son Ascension. Toutefois, ce n'est pas tout de suite et pour ainsi dire de plain-pied que Jésus-Christ conduit ainsi, par l'action de son gouvernement rédempteur, les hommes à la fin de l'immortelle vie. Bien qu'en effet les mystères accomplis dans l'humanité sainte du Christ et les sacrements qui nous unissent à ces mystères eussent la vertu de le faire, il convenait à la sagesse divine que la nature humaine, condamnée dans son fond, et comme nature pécheresse ou déchue, à porter la peine du péché de nature qu'est le péché d'origine, ne fût restaurée comme nature, dans toute sa plénitude, en la personne de ses divers individus, qu'au terme du cours de son évolution parmi les hommes. Et voilà pourquoi, même les baptisés ou tous ceux qui participent aux sacrements de Jésus-Christ, même après leur sanctification personnelle, demeurent soumis aux pénalités de la vie présente, et, notamment, à la plus redoutable de toutes, la mort. Ce ne sera qu'à la fin des générations humaines, que la mort elle-même sera définitivement vaincue et que tous les rachetés de Jésus-Christ pourront ressusciter en vue d'une vie immortelle s'épanouissant pleinement dans leur âme et dans leur corps au ciel pour toute l'éternité.

Jusque-là, quand ils meurent, ils restent dans intermédiaire, un certain état intermédiaire, qui est un état

Etat

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d'attente. Il consiste en ceci, que, ou bien ils n'obtiennent pas tout de suite la récompense de leur vie méritoire, ou bien, s'ils se trouvent placés au ternie de la récompense pour leurs mérites ou du châtiment pour leurs démérites, ils n'auront pas, jusqu'au jour de la résurrection, leur récompense ou leur châtiment avec toute la plénitude qu'ils auront à partir de ce jour-là. Le lieu intermédiaire où se trouvent, après leur mort, ceux qui n'obtiennent pas tout de suite la récompense de leur vie méritoire, s'appelle le purgatoire. Là se trouvent les âmes des justes qui meurent dans la grâce de Jésus- Christ, mais qui, au moment de leur mort, n'avaient pas entièrement satisfait à la justice de Dieu pour la peine temporelle due au péché. Les âmes des justes qui ont entièrement satisfait à cette justice de Dieu sont tout de suite admises à la vision de l'essence divine et se trouvent au ciel, où il ne leur reste plus, pour avoir leur bonheur dernier dans toute sa plénitude, qu'à attendre la résurrection de leur corps. Quant aux âmes de ceux qui sont morts dans l'impénitence finale, elles sont condamnées, avec tous les anges qui ont péché, aux supplices de l'enfer. Et parce que ces damnés sont tous fixés dans le mal de façon à ne pouvoir plus revenir de leur obstination, il s'ensuit que les peines et les tourments qu'ils ont mérité en raison de leurs crimes ne finiront jamais. Ces peines sont de deux sortes : la peine du dam, ou la privation de la vision de Dieu; et la peine du sens,

S.4/AT THOMAS

Le limbe des enfants.

La fin du monde

et la résurrection.

qui se résume dans le feu où ils demeureront éternellement plongés.

Un lieu spécial est réservé à ceux qui meurent sans avoir eu l'usage de la raison et sans avoir participé à la grâce de la rédemption. Ils n'y souffrent point de la peine du feu ou du sens; mais ils demeurent condamnés éternellement à la peine du dam, ne pouvant être admis, en raison du péché d'origine qui n'a pas été effacé, à participer le bonheur de la gloire, bonheur d'ordre entièrement gratuit, que Dieu ne doit à personne naturellement et qu'il avait bien, par grâce, destiné à tous, mais que le genre humain a perdu, par la faute de son premier père. Ceuxlà donc qui, même sans avoir aucun péché actuel commis par eux, n'auront pas été soustraits à la condamnation du premier père et rattachés à la grâce de la réconciliation par leur incorporation à Jésus-Christ, doivent nécessairement demeurer en dehors du bonheur de la gloire. Toutefois, parce qu'ils n'ont pas de péché actuel commis par eux les rendant dignes de châtiment, ils ne sont point châtiés comme les damnés de l'enfer : ils jouissent même du bonheur naturel proportionné à l'âme humaine, qui se trouvera, lui aussi, accru, dans le même ordre naturel, quand leur âme aura retrouvé leur corps au jour de la résurrection.

Ce jour de la résurrection doit être le dernier mot de tout dans l'œuvre de Dieu a>i dehors. C'est pour lui ou pour la manifestation de sagloire en ce jour-là qu'il mène tous les événements de

LE DIEU-HOMME

ce monde. Toute la marche du monde est commandée parce que Dieu a décidé dans les conseils éternels de sa Prédestination au sujet de ses élus. Lorsque le dernier élu, marqué par Dieu, dans le mystère de sa Prédestination, pour occuper au ciel une des places dont le nombre est fixé de toute éternité, aura atteint le degré de préparation et de mérite que Dieu veut lui faire atteindre, aussitôt la marche du monde sera arrêtée et le monde actuel finira pour faire place à un monde nouveau qui ne finira plus. 11 suit de là que ni la science ni la philosophie ne peuvent connaître l'issue dernière de toutes choses. Ceci ne relève que de la libre disposition de Dieu en ce qu'elle a de plus surnaturel. Lui-même nous a fait dire, par l'Apôtre saint Pierre, que le monde finira par le feu, au moment même où Jésus-Christ devra revenir dans sa gloire pour juger les vivants elles morts (2' ép. de S. Pierre, ch. III, V. -). La conflagration universelle qui mettra fin au monde actuel se fera comme préparation au jugement et à ce qui le suivra, afin de purifier toutes choses et de les rendre dignes de l'état nouveau qui les mettra en harmonie avec la gloire des élus. Cette gloire éclatera immédiatement dans leurs corps ressuscites, lesquels seront revêtus de qualités les rendant en quelque sorte spirituels sans leur faire perdre ni leur nature corporelle ni leur identité numérique. Ce seront les mêmes corps que les élus avaient dans la vie présente et qui leur seront rendus impassibles et immortels, de tout point [aS.j

SAINT THOMAS

soumis à l'empire et à l'action de l'âme glorifiée, éblouissants et radieux comme l'est depuis sa résurrection le corps du Christ Lui-même et comme II avait daigné, un instant, se laisser apercevoir des trois disciples privilégiés sur le Thabor au jour de la Transfiguration.

=^^^^ Tous les hommes, aussitôt après qu'ils seront Le jugement .., . . , ■ o

dernier. ressuscites, se trouveront en présence du souverain Juge. Il apparaîtra sous la forme de son humanité dans toute la gloire qui lui revient en vertu de son union à la Personne du Verbe et de son triomphe sur toutes les puissances du mal. Tous les hommes verront cette gloire du Souverain Juge apparaissant dans tout son éclat. Mais il n'y aura à le voir dans la gloire de sa nature divine que les seuls élus dont l'âme jouira de la vision béatifîque. Parmi les hommes qui paraîtront devant le Souverain Juge, il n'y aura à être compris dans le jugement que ceux qui auront eu l'usage de la raison, quand ils vivaient sur la terre, et qui, par suite, auront eu des actes engageant leur responsabilité morale soit en bien soit en mal. Les autres ne seront pas jugés; mais ils seront présents, afin qu'éclate à leurs yeux, comme aux yeux de tous, la souveraine justice des jugements de Dieu, y compris le jugement qui les prive eux-mêmes du bonheur du ciel, et la gloire de Jésus-Christ dans toute la suite des mystères de la Rédemption. La sentence qui clora ces solennelles assises et toute l'histoire du genre humain nous est déjà connue. Jésus-Christ Lui-même nous l'a manifestée par [282]

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avance dans sou Évangile. La voici, dans la teneur même de sa lettre : « Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, possédez le Royaume qui a été préparé pour vous, dès la constitution du monde. Il dira aussi à ceux qui seront à sa gauche : Partez d'auprès de moi, les maudits ! vers le feu éternel, le feu qui a été préparé pour Satan et ses anges. L'Évangile ajoute : « Et ils s'en iront : ceux-ci, au supplice éternel; et les justes, à la vie éternelle ».

Ce jour-là, et à cette heure, le dernier mot de toutes choses aura été dit pour jamais.

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