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CHAPITRE X L'ÉCRITURE-SAINTE

La Somme

et l'Ecriture.

La Somme et le livre

des Sentences.

MÊME au seul résumé rapide qui vient d'être fait de la Somme théologiqiie et devant une telle splendeur de doctrine, l'on pourrait croire — et peut-être en est-il qui le croient, en effet, — qu'après la Somme théologique il n'y a plus rien, dans l'ordre des sciences sacrées; que, par conséquent, le théologien qui vit de cette lumière doit s'y renfermer et ne pas ouvrir d'autre livre. Quelque apparence de vérité que pût avoir une telle conclusion, et bien que jamais le fameux adage : timeo hominem uniiis Ubri ne soit à même d'être plus justifié, cependant ce serait aller directement, d'une part, contre l'essence même de la doctrine que la Somme théologlque nous livre, et, de l'autre, contre l'histoire et l'intention formelle de son auteur. Pour saint Thomas, la Somme théologique, bien loin d'être destinée à se superposer à l'Écriture-Sainte ou à s'y substituer à quelque titre qu'on pût l'entendre, n'a pas d'autre but, au contraire, que de préparer à l'intelligence de l'Écriture et d'y conduire comme à sa fin.

C'est, du reste, ainsi, qu'il en avait agi luimême, comme en agissaient, de son temps, tous ceux qui vivaient dans la grande pensée des Uni-

L'ECRITURE-SAINTE

versités catholiques, dont l'Université de Paris était le modèle et la reine. Le livre de Pierre Lombard, qui portait le nom de Sentences, était alors le livre classique, nous dirions le Manuel de théologie. L'étudiant l'abordait, à la suite de disciplines préliminaires, qui, venant après le trivium et le quadriviam, c'est-à-dire après les études de grammaire, de rhétorique, d'histoire et le reste de même nature, comprenaient l'étude de la philosophie, notamment des écrits d'Aristote, et une lecture rapide de l'Écriture-Sainte. Ce Ma/itie/ était expliqué par les bacheliers. Leur explication, quand il s'agissait des plus en vue, devenait un Commentaire fort développé, dans lequel se donnait libre cours le génie propre de chaque professeur. La Somme théologique, nous l'avons déjà fait remarquer, fut écrite par saint Thomas, pour tenir lieu de tous ces Commentaires et donner, avec une méthode plus rigoureuse, l'enseignement théologique dans son ensemble.

Le saint Docteur était déjà Maître en théologie, =

i-ji" ••i^r- r ,. ••. Le Maître

quand il 1 écrivit. Mais ce ne lut point comme ^,|, théologie. tel. Le Maître en théologie, comme tel, s'il pouvait encore présider les Z)ts/)u/es ou Thèses solennelles, n'avait plus à faire le cours de théologie proprement dit, correspondant à l'explication du livre des Sentences. Sa prérogative à lui et son rôle était d'interpréter en Maître l'Écriture- Sainte. C'est qu'en effet toute la théologie, considérée du point de vue scolaire ou comme discipline d'ensemble dans l'ordre de la Doctrine [285]

SAINT THOMAS

Les Commentaires

de saint Thomas.

Le livre de Job.

sacrée, n'avait point d'autre but que d'éclairer suffisamment l'ensemble des questions doctrinales afin que l'esprit fût à même d'aborder, sans danger pour la foi, et, au contraire, dans les conditions les plus favorables pour en saisir toute la richesse, le Livre par excellence de la Doctrine sacrée ou de l'enseignement divin, c'est-à-dire l'Écriture-Sainte, le Livre même de Dieu. Aussi bien le Maître en théologie avait-il coutume de prendre un des livres qui constituent l'Écriture et de l'expliquera fond, non pas simplement du point de vue exégétique, au sens grammatical ou purement humain de ce mot, comme pourrait le faire même un incroyant qui serait versé dans les langues et les sciences annexes qui intéressent les livres de la Bible, mais, sans négliger cette exégèse et la prenant même comme base dans la mesure où c'était possible de son temps, en cherchant, dans l'Écriture, le sens divin, selon que l'Écriture nous livre, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, la pensée même de Dieu.

Saint Thomas remplit magnifiquement son rôle de Maître en théologie dans l'explication de plusieurs livres de l'Écriture-Sainte. Les Commentaires qu'il nous en a laissés sont tout ensemble un trésor inépuisable de doctrine et un modèle achevé de celte application magistrale de toutes les lumières de la théologie au texte sacré pour en saisir à fond les enseignements divins.

Le premier des livres commentés par lui, à considérer l'ordre des livres de l'Écriture, est le [386J

L' ECRITURE-SAINTE

livre de Job. Dans un prologue court et précis, le saint Docteur s'applique à marquer l'objet propre de la pensée de Dieu et de l'écrivain sacré dans l'économie de ce livre, si puissant et si majestueux. C'est la justification de la Providence de Dieu à l'encontre ou au sujet de ce qui paraîtrait le plus s'y opposer, savoir, dans l'ordre des choses humaines, l'aiTliction des justes. Car, fait remarquer saint Thomas, a que les méchants reçoivent parfois des biens, .cela peut paraître au premier aspect irrationnel et contraire à la Providence; toutefois, on peut en trouver une certaine excuse dans la miséricorde divine. Mais que les justes sans cause soient affligés, cela semble renverser totalement le fondement de la Providence ». Le livre de Job n'a point d'autre objet que de justifier de ce chef la Providence divine. Saint Thomas, dans le commentaire qu'il en fait, déploie toutes Les richesses de sa science théologique, projetant, à chaque instant, sur les moindres détails du texte, des splendeurs de doctrine qui se rapportent aux points les plus variés de la science sacrée. On éprouve une sorte de jouissance infinie à voir ainsi reparaître, sous la plume du saint Docteur, appliqués avec un à propos merveilleux, des points de doctrine qui appartiennent à presque tous les traités de la Somme théologique. Et c'est un mode nouveau de revivre, sous le charme direct de la parole de Dieu, le corps de doctrine que le génie humain en avait extrait pour en nourrir plus sûrement nos âmes.

Les Psaumes.

SAINT THOMAS

Le caractère d'application de la doctrine théologique au texte inspiré de façon à nous redonner sans cesse, et sous mille formes, à l'occasion de ce texte, cette même doctrine dans son universalité et, plus spécialement, dans ses points les plus savoureux ou les plus essentiels, se retrouve, à un titre exceptionnel, dans le commentaire de saint Thomas sur le livre des Psaumes. Luimême a pris soin de nous faire remarquer, dans son très beau prologue, que « la matière du livre des Psaumes est universelle. C'est qu'en effet, tandis que les divers livres de l'Écriture canonique ont des matières spéciales, celui-ci comprend toute la théologie. 11 traite de toute l'œuvre de Dieu : de son œuvre de création ; de son œuvre de gouvernement; de son œuvre de restauration ; de son œuvre de glorification : — de la création, car il en est rempli; du gouvernement, car toute l'histoire de l'Ancien Testament est touchée dans ce livre; de la restauration, et quant à la tête, qui est le Christ, et quant à tous les effets de la grâce ; car tout ce qui a trait à la foi de l'Incarnation se retrouve dans ce livre avec tant de clarté, qu'il semble presque n'être plus une prophétie, mais l'Évangile lui-même ; de la glorification, car il chante continuellement la future gloire des élus dans le ciel. Aussi bien est-ce pour cela que l'Église fait un usage si fréquent du psautier, parce qu'il contient toute l'Écriture ». Puis, le saint Docteur montre le mode de ce livre, qui est celui de la prière et de la louange; sa fin, qui est de nous élever jusqu'à [288]

L'ECRI WRE-SAIXTE

Dieu, pour nous unir à Lui comme au Saint des Saints et au Très-Haut; son auteur, qui n'est pas autre que l'Esprit-Saint mouvant la langue du psalmisle et lui inspirant tout ce qu'elle profère.

Sur r.interprétatioii des Psaumes, saint Tho- .

» , PI « 1 Leur interpre-

mas. dans ce même prologue, iormule une règle talion. d'or, qui s'appliquera, du reste, aux autres livres de l'Écriture, notamment aux livres prophétiques de l'Ancien Testament. « Quand il s'agit d'ex-, poser soit le psautier, soit les autres prophètes, déclare le saint Docteur, nous devons éviter une erreur qui a été condamnée dans le V' concile général. C'est l'erreur de Théodore de Mopsueste. Il disait que dans l'Écriture-Sainte » de l'Ancien Testament « et dans les prophéties, il n'est rien dit, d'une manière expresse, du Christ , mais seulement de certaines autres choses, qui ont été adaptées au Christ; comme cette parole du psaume ai : Ils se sont divisé mes vêtements, etc., n'a pas été dite du Christ, mais à la lettre » ou selon le sens littéral « elle a été dite de David. Cette manière d'entendre l'Écriture a été condamnée dans le concile qui vient d'être mentionné. Et celui qui affirme qu'on doit expliquer ainsi les Écritures est hérétique ». Puis, saint Thomas ajoute : « Saint Jérôme, dans sou commentaire sur Ézéchiel, nous a donné une règle que nous suivrons dans notre explication des Psaumes; savoir qu'il faut expliquer les Écritures, au sujet des choses accomplies, comme figurant d'autres choses au sujet du Christ ou de

SAIi^T THOMAS

l'Église : selon qu'en effet, il est dit, dans la première Épître aux Corinthiens, ch. x (y. 6) : toutes ces choses leur arrivaient comme étant des figures. Quant aux prophéties, elles sont dites parfois de choses qui arrivaient en ce temps-là ; toutefois, elles ne sont point dites principalement de ces choses, mais selon qu'elles étaient les figures des choses à venir. A cause de cela, l'Esprit-Saint ordonna que quaud de telles choses sont dites elles en portent d'autres qui dépassent la condition des premières, afin que l'esprit soit élevé à la chose figurée. C'est ainsi que dans le livre de Daniel, beaucoup de choses sont dites d'Antiochus, en figure de l'Antéchrist : et de là vient qu'on y lit certaines choses qui ne se sont pas accomplies en lui, mais qui s'accompliront dans l'Antéchrist. Pareillement aussi on lit certaines choses du règne de David et de Salomon, qui ne devaient pas s'accomplir dans le règne de ces rois, mais qui furent accomplies dans le règne du Christ, en figure de qui elles ont été dites. C'est ainsi que le psaume 71 : 6 Dieu! donne ton jugement au roi, qui, selon le titre^ porte sur le règne de David et de Salomon, contient une chose, au sujet de ce règne, qui le dépasse; savoir : En ces jours se lèvera la justice et V abondance de la paix jusqu'à ce que la lune ait cessé d'exister; et aussi : // dominera dune mer à l'autre et du fieuve jusqu'aux extrémités de la terre. On exposera donc ce psaume du règne de Salomon en tant qu'il est la figure du règne du Christ, en qui toutes les choses qui sont dites là

Le Cantique

L' ECRITURE-SAINTE

devaient s'accomplir ». Fidèle à sa promesse, le saint Docteur a merveilleusement suivi cette règle d'or dans l'explication des 5o premiers psaumes qu'il a pu seule nous donner.

Il l'a suivie également, avec un art souverain, dans l'explication d'un livre où elle s'applique "" "des* plus excellemment encore, puisque sans elle il cantiques, n'aurait aucun sens raisonnable et serait tout ensemble inintelligible et inconvenant dans le recueil des Écritures : alors qu'au contraire entendu conformément à cette règle, il est, comme son titre l'indique, la fleur la plus exquise donnée par l'Espril-Saint. C'est le Cantique des cantiques. Ou le présente en ces termes : « Salomon, inspiré de l'Esprit divin, composa ce petit livre sur les noces du Christ et de l'Église et en fit, d'une certaine manière, l'épithalame du Christ et de l'Église, savoir le Cantique sur le lit nuptial. Et, aussi bien, il l'appela le Cantique des cantiques, parce qu'il dépasse en excellence tous les autres cantiques ». — « Or, est-il ajouté, ce livre est en ceci le plus obscur, qu'il n'y paraît aucun personnage, alors que cependant il est composé en style de quasi comédie » (au sens de la Divine Comédie, de Dante), nous dirions presque aujourd'hui, si ce mot pouvait être admis en un sujet si relevé, sous forme de roman ou de poèrne d'amour.

Le livre s'ouvre comme il suit : « Elle dit : Qu'il me baise dun baiser de sa bouche ! C'est la voix de la synagogue soupirant après la venue du Christ; comme si elle disait : Puisqu'il m'a

Son début.

Autre commentaire

du Cantique.

tant de fois promis sa venue par les propliètes, qu'il vienne donc et qu'il me baise d'un baiser de sa bouche ; c'est-à-dire qu'il me parle par Lui-même. Parce que ton amour est meilleur que le vin. Tout de suite, adressant ses paroles à Celui dont le désir la consumait, elle ajoute : Parce que ton amour est meilleur que le vin. L'amour du Christ désigne la douceur de l'Évangile, qui, véritable lait spirituel, nourrit l'enfance des croyants. Quant au vin, il signifie l'austérité ou l'âpreté de la loi. Mais l'amour du Christ est meilleur que le vin ; parce que la douceur de l'Évangile l'emporte sur l'âpreté de la loi. Dans la loi, en effet, il n'y a point de place pour la pénitence; car elle ordonne que celui qui tue soit tué. L'Évangile, au contraire, dit : Je ne veux point la mort du pécheur; mais qu'il se convertisse et qu'il vive ».

Cette explication du Cantique des cantiques, quelque excellente qu'elle soit en elle-même, et bien qu'on la trouve dans les éditions les plus autorisées des Œuvres du saint Docteur, semble être plutôt une abréviation, due à la plume d'un auteur indéterminé, d'un écrit plus étendu qui est l'œuvre du Vénérable Bède. Le vrai Commentaire de saint Thomas sur le Cantique des cantiques paraît être le second imprimé à la fin du tome 1 des Œuvres du saint Docteur dans l'édition de Venise en 1745. 11 débute par un prologue sur la parole du même livre : Sonet vox tua in auribus meis : vox enim tua dulcis et faciès tua décora. Et, en effet, saint Thomas place toujours,

L 'ÉCRI TURE-SA IN TE

au début de ses Commentaires sur l'Écriture, un prologue où il s'applique à montrer, contenu dans un texte admirablement choisi, toute la moelle ou la pensée foncière du livre qu'il entreprend de commenter. Ce second Commentaire est, dans toute sa teneur, en harmonie parfaite avec la langue, la méthode et la doctrine de saint Thomas. On y trouve une application du Cantiqueaux trois états de l'Église, l'Épouse du Christ, considérée à l'époque des anciens Juifs, à celle des nations païennes devenues chrétiennes, et à celle où les Juifs se convertiront, qui projette sur toute l'œuvre de Dieu les plus vives clartés. Ici encore la doctrine entière de la Somme théologique réapparaît sous forme de lumière vivante et chaude qui donne à l'àme comme une impression de la béatitude du ciel.

De même que saint Thomas avait choisi, comme thème de ses expositions magistrales de l'Écriture, les plus beaux livres sapientiaux, qui sont, en effet, le livre de Joh, le livre des Psaumes elle Cantique des cantiques, il devait nous donner aussi des œuvres de Maître sur les deux livres qui viennent au premier rang parmi les livres prophétiques. C'est d'abord son Commentaire sur le livre d'Isaïe. 11 le fait précéder d'un court prologue où, prenant ce texte d'Habacuc, ch. II, v. a : Écris la vision et aplanis-la sur les tables, afin qu'elle soit parcourue de celui qui la lira; car la vision est encore loin et elle apparaîtra à la fin, il montre indiqués, dans ces paroles, l'auteur, le mode et la matière du livre qu'il en-

Isaïe.

Jérémie.

SAIXT THOMAS

treprend de commenter. Puis, d'un mot, dès le début du commentaire, il précise que l'intention piincipale du livre porte sur l'avènement du Christ et sur la vocation des Gentils. Nous retrouvons donc ici, mais sous un jour nouveau, tout le mystère du Christ et de l'Église. Et aussi bien avec un éclat de style et une splendeur d'images incomparables, le prophète que s'est choisi l'Esprit-Saint fait passer sous nos yeux, par avance, toute l'économie de la Rédemption telle que l'histoire évangélique et l'histoire de l'Église devaient nous la montrer réalisée un jour. Saint Thomas suit le prophète en théologien consommé, qui sait retrouver jusque dans les plus menus détails du texte entendu en son sens le plus littéral, la trame la plus profonde de la pensée divine.

Le second livre prophétique commenté par saint Thomas est le livre de Jérémie. 11 l'a fait précéder d'un prologue sur les paroles que nous lisons dans le dernier chapitre du second livre des Machabèes, où, dans une vision mystérieuse, le grand-prêtre Onias apparaissant à Judas lui montre un autre personnage de la plus imposante majesté, qu'il présente en ces termes : Celui-ci est l'ami de ses frères et du peuple d'Israël; c'est lui qui prie beaucoup pour le peuple et toute la ville sainte, Jérémie, le prophète de Dieu. Dans ces paroles, saint Thomas trouve marquée, en même temps que le caractère divin du prophète et sa tendre piété pour son peuple, la matière même du livre, alors qu'il est rempli tout entier

L' ECRITURE-SAINTE

par la pensée de la captivité de ce peuple tant aimé. Le livre tout entier, en effet, comme le note saint Thomas au début du chapitre second, n'a pas d'autre objet que d'annoncer la captivité à venir; captivité, qui, une fois réalisée, arrachera au prophète ses immortelles Lamentations, suivies, dans le livre de Baruch, de l'invitation au repentir.

Ce livre, on le voit, semblerait, au premier abord, d'un intérêt moins général et moins apte à une exposition doctrinale proprement théologique. En réalité, cependant, et saint Thomas le met en très vive lumière à chaque page de son commentaire, il n'est que le tableau poignant de l'action miséricordieuse du Seigneur se voyant obligé comme malgré Lui, par la folle obstination de son peuple, de le châtier jusqu'à la destruction presque totale, et le gardant toutefois, au milieu même de la dispersion, pour ne point rendre vaines les promesses dont II l'avait fait dépositaire, au sujet de son Christ qui devait naître de lui.

L'intérêt foncier des livres de l'Ancien Testa- r^

, . , 1 . I . . . Commentaire

ment, du point de vue theologique qui en est le sur

point de vue formel, se concentre dans la pensée saint Matthieu du Christ, dont tout l'Ancien Testament n'est saint Jean. que la préparation historique, morale et prophétique. 11 suit de là que les livres du Nouveau Testament, dont l'objet propre est le Christ déjà venu, doivent présenter un intérêt plus grand encore. Aussi bien, quelle que soit l'importance et l'excellence des Commentaires de saint Tho-

SAINT THOMAS

mas sur les premiers, on ne s'étonnera point que ses Commentaires sur les seconds l'emportent en digQité et en perfection. Nous avons de lui un Commentaire sur saint Matthieu et un autre sur saint Jean. Ils furent écrits ou enseignés dans les dernières années de la vie du saint Docteur, alors qu'il était dans la plus parfaite maturité de son génie et de son expérience comme Maître. Et parce qu'ils portent sur la matière la plus excellente des livres inspirés, il est aisé d'entrevoir ce qu'on doit y trouver de richesse et de splendeur doctrinale. Toute appréciation détaillée devient ici impossible. Il faut prendre ces Commentaires dans la teneur de leur texte et les savourer à loisir. On y revit, est-il besoin de le dire, toute la doctrine de la Somme concentrée ou reflétée en la contemplation immédiate de la Personne du Verbe fait chair se manifestant à nous plein de grâce et de vérité. Du Commentaire sur saint Jean, l'un des historiens bibliographes de saint Thomas écrit, en le signalant : « Item, lecturam super Johannem, qiia non inveniUir nielior : Ilya aussi le Commentaire sur saint Jean : il n'en existe pas de meilleur ».

i= Le même mot, sans crainte d'exagérer, peut Commentaire j ^^^ «! ^jj ^ derniers Commentaires de

saint Paul, saint Thomas sur les livres de l'Ecriture, qui sont ses Commentaires sur les Épîtres de saint Paul. Le Commentaire sur l'Ëpître aux Romains et sur la première Épître aux Corinthiens juS' qu'au chapitre x a été écrit par saint Thomas

L'ÉCRITVRE-SAINTE

lui-même. Le reste est la reproduction très fidèle de son enseignement ou de ses leçons, que nous devons à la pieuse sollicitude du compagnon de saint Thomas, frère Réginald de Piperno. Ces Commentaires furent écrits, eux aussi, ou professés par le saint Docteur, entre 1269 et 1278; c'est-à-dire, dans les dernières années de sa vie et alors qu'il enseignait avec le plus de maîtrise et d'éclat, soit à Paris, soit à Naples. Ils portent, comme les Commentaires sur saint Matthieu et sur saint Jean, la marque suprême de son génie.

Nous voudrions pouvoir reproduire ici tout le prologue dont saint Thomas fait précéder le Commentaire des quatorze Épîtres. Il est l'explication du texte marqué dans le livre des Actes, ch. IX, v. i5, où le Christ dit à Ananias, en parlant de saint Paul, renversé sur le chemin de Damas : Celui-là est pour moi un vase d'élection, qui doit porter mon nom devant les nations et les rois, et les enfants d'Israël. Après avoir montré comment ces paroles, dont tous les mots sont éclairés à la lumière d'autres textes admirablement choisis dans les divers livres de l'Écriture, s'appliquent excellemment à la personne et à l'œuvre de saint Paul, saint Thomas résume tout son prologue comme il suit : « Ainsi donc nous pouvons trouver, dans les paroles précitées, tout ce qui a trait à l'ouvrage que nous avons dans les mains et que nous nous proposons d'expliquer, savoir les Épîtres de saint Paul. — Elles marquent l'auteur, en parlant de vase; la matière,

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