Prologue
SAINT THOMAS
dont le vase est plein, et qui est le nom du Christ : toute la doctrine de ces Épîtres, en effet, a trait à la doctrine du Christ; le mode ou la méthode, dans le fait qu'il s'agit apporter : car cette doctrine est livrée par mode d'épîtres ou de lettres, qui ont coutume d'être portées par des messagers, selon cette parole du second livre des Paralipomènes, ch. xxx, v. 6 : Les coureurs allèrent avec les lettres du roi et de ses chefs; la distinction ou la division, dans l'utilité que marquent ces paroles du texte : afin qu'il porte mon nom devant les nations, et les rois, et les enfants d'Israël.
- (( Saint Paul, en effet, a écrit quatorze Épîtres, *d«s°" dont neuf instruisent l'Église venue des Gentils ; Epîtres. quatre instruisent les prélats et les princes de l'Église, c'est-à-dire les rois ; une instruit le peuple d'Israël, savoir celle qui est adressée aux Hébreux, enfants d'Israël. — La doctrine de toutes ces Épîtres porte sur la grâce du Christ, qui peut être considérée d'une triple manière. D'abord, selon qu'elle est dans la tête ou dans le Chef, c'est-à-dire dans le Christ ; et, à ce titre, elle est exaltée dans l'Épitre aux Hébreux. D'une autre manière, selon qu'elle est dans les membres principaux du corps mystique ; et, de ce chef, elle est exaltée dans les Épitres, qui sont adressées aux prélats. En troisième lieu , selon qu'elle est dans le corps mystique lui-même qui est l'Église ; et, de ce chef, elle est exaltée dans les Épîtres qni sont adressées aux Gentils. « La distinction de ces dernières peut être
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marquée comme il suit, La grâce du Christ peut être considérée sous un triple jour. En ellemême; et, ainsi, elle est exaltée dans l'Épître aux Romains. Ou, selon qu'elle est dans les sacrements de la grâce ; et, à ce titre, elle est exaltée dans les deux Épîtres aux Corinthiens : dans la première, il est question des sacrements eux-mêmes ; dans la seconde, des ministres de ces sacrements ; et, aussi, dans l'Épître aux Calâtes, dans laquelle sont exclus les sacrements superflus, à rencontre de ceux qui \oulaient joindre les anciens sacrements aux nouveaux. En troisième lieu, la grâce du Christ se considère en raison de l'effet de l'unité qu'elle produit dans l'Église. L'Apôtre traite donc, d'abord, de l'institution de l'unité ecclésiastique, dans l'Épître aux Éphe'siens; puis, de son affermissement et dé son progrès, dans l'Épître aux Philippiens ; enfin, de sa défense : contre les erreurs, dans l'Épître aux Colos siens ; contre les persécutions présentes, dans la première Épître aux Thessaloniciens ; futures, surtout au temps de l'Antéchrist, dans la seconde.
« Quant aux prélats » ou aux supérieurs « dans l'Église, soit spirituels, soit temporels, saint Paul traite, pour les prélats spirituels, de l'institution, de l'instruction, du gouvernement de l'Église une, dans la première Épître à Timothée ; de son affermissement contre les persécutions, dans la seconde ; de sa défense ou de sa protection contre les hérétiques, dans l'Épître à Tite. Ce qui regarde les maîtres dans l'ordre
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Richesse doctrinale.
La Chaîne-d'Or.
temporel, saint Paul les instruit dans l'Épître à Philémon ».
Ces simples indications du Prologue peuvent faire entrevoir ce qui doit être contenu de doctrine Ihéologique adaptée et vivante dans la suite du Conimentaire. Un mot de saint Thomas, dans la première partie du Prologue, le faisait entendre, quand, établissant une comparaison entre les Épîtresde saint Paul et \e. Psautier de David il disait : « De même que parmi les Écritures de l'Ancien Testament, l'Église fait l'usage le plus fréquent des Psaumes de David; de même dans le Nouveau Testament, ce sont les Épîtres de saint Paul dont elle fait le plus fréquent usage. Et cela, parce que dans les uns et dans les autres se trouve contenue presque toute la doctrine de la théologie ». Lors donc qu'un tel trésor de vérité divine est exploité par le génie même de la théologie catholique en son épanouissement le plus parfait, et que les Commentaires où il l'explique sont contemporains de la Somme théologique, écrits ou professés simultanément, quelles richesses de lumière et de vie n'est-on pas assuré d'y trouver, si seulement on veut prendre la peine de l'ouvrir et d'y puiser.
11 semblerait que nous ne devrions plus avoir rien à ajouter, après ce que nous venons dédire, comme épanouissement parfait doctrinal du génie de saint Thomas illuminant l'Église. Cependant il nous reste encore à mentionner une autre de ses œuvres. Aussi bien n'en est-il peut- [3oo]
Son
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être pas qui soit plus digne d'en clore la liste magnifique. Nous voulons parler de la Ghaîned'Or. Déjà nous en avions dit un mot en signalant rapidement l'ensemble des Œuvres du saint Docteur, mais nous devons maintenant y arrêter notre esprit pour en fixer le caractère et la place dans l'ensemble de la doctrine ou de l'enseignement du Maître.
Elle a ceci de très particulier qu'elle traduit la pensée la plus géniale de saint Thomas; et que caractère. cependant il n'y a pour ainsi dire pas un seul mot de lui. Nous avons, dans cette œuvre, la réalisation concrète de la caractéristique par excellence du génie de saint Thomas. Il n'est lui-même que la résultante, nous dirions la concentration et l'unification idéale, de tous les génies qui ont précédé. Dans son Œuvre, rien ne semble de lui. Et il n'y a rien, en effet; sinon la mise en valeur de tout ce qu'il y avait eu -de meilleur avant lui, mais qui se trouvait jusque-là dispersé. Tout cela est condensé en lui, harmonisé, unifié, organisé, transformé en élément de vie et constitué en corps de doctrine tellement parfait qu'on croirait que le tout a été pensé par un seul et même génie.
Ce cïiractère d'excellence et de perfection =
éclate dans la Ghaîne-d'Or à un titre exception- excellence. nel, disons même unique, en ce que, d'une part, cette œuvre a été entreprise sur le désir et en quelque sorte sur l'ordre exprès du Vicaire de Jésus-Christ, le Souverain Pontife Urbain IV. D'autre part, elle porte sur la matière la plus [3o.]
Sa lecture.
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précieuse et l'objet le plus excellent; puisqu'il s'agit de ce qui est le cœur même des Écritures inspirées, les quatre Évangiles. Enfin, les éléments qui la constituent, pareils à des perles sans prix, sont les textes même des Pères et des Docteurs de l'Église nous donnant leur pensée sur le mystère du Christ, qui, étant le mystère du Dieu-Homme, renferme en lui tous les mystères et tous les trésors de la vérité divine et humaine.
Pour bien lire ce livre, pour le bien entendre, on se représentera comme un Cénacle auguste, où, chacun à la place qui lui convient et dans un ordre parfait, siégeraient, avec une incomparable majesté, les immortels génies qui ont illustré et éclairé l'Église, les Origène, les Athanase, les Basile, les Grégoire de Nysse et de Nazianze, les Cyrille, les Chrysostome, les Damascène, chez les Grecs, ou, chez les Latins, les Ambroise, les Augustin, les Jérôme, les Léon, les Grégoire, et tant dautres. Au milieu d'eux tous, ayant dans ses mains, ouvert, le livre des Évangiles, Thomas d'Aquin fait la lecture du texte sacré. Chaque phrase, chaque mot retient son attention et captive sa pensée. Voulant en accuser le relief, en exploiter les infinies richesses, sans prendre lui-même la parole, il amène l'intervention de chacun des Pères qu'il sait devoir le mieux expliquer, dans le sens où il l'expliquerait luimême, le texte qui se déroule.
Nous ne savons s'il est possible de goûter jouissance plus pure, plus exquise, plus divine,
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sur cette terre, que celle de contempler ainsi la Personne du Verbe fait chair dans la réalité historique de sa vie parmi nous, à la lumière des plus grands génies de l'Église, concentrée, et harmonisée par le génie de Thomas d'Aquin.