CHAPITRE XI L'OFFICE DU SAINT SACREMENT
Les prières
de
saint Thomas.
Oiv ne s'étonnera pas que dans cette Deuxième Partie consacrée à saint Thomas considéré en lui-même, un dernier chapitre, celui-là même qui fixera le dernier fleuron à sa couronne, traite exclusivement, et à part, de l'œuvre du saint Docteur où il n'apparaît plus simplement avec le titre et sous la raison de Maître qui enseigne, mais comme chantre et poète, et dans laquelle il transforme çn prière sa doctrine de vie. Toutes les prières de saint Thomas, même celles qui ne nous livrent que l'épanchement ordinaire de son âme devant Dieu, portent avec elles une marque qui ne permet de les confondre avec les prières d'aucun autre saint personnage dans l'Église. Une édition récente vient d'en être faite, avec un excellent goût, par un des frères en religion du saint Docteur et son émule dans le haut enseignement catholique de l'Université de Paris. Sa publication à « l'Art catholique», et l'accueil qu'elle a trouvé dans les milieux les plus délicats prouveraient, du seul point de vue extérieur, que ces prières offrent un intérêt exceptionnel. Ceux qui les auront fréquentées auront été frappés, tout de suite, de la lumière qu'elles rayonnent. Même quand il prie, saint Thomas éclaire. Sa puissante raison, tout irradiée des lumières de la terre et du ciel, monte vers Dieu et se meut [3o4]
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en sa présence dans l'ordre de la vérité. Ici encore réapparaît, sous forme d'élévation à Dieu ou d'entretien aimant avec Lui, dans l'Unité de sa nature et la Trinité de ses Personnes, toute l'économie des mystères exposés dans la Somme théologique. Chacune de ces prières est, par excellence, un acte de contemplation thomiste, au sens idéalement parfait où saint Thomas explique cet acte dans le traité des États, à la fin de la SecLinda Secundae.
Nous citerons un exemple. Voici la prière que - =
le saint Docteur disait souvent avant de dicter, ineffabîus. d'écrire ou de prêcher : — « Créateur ineffable, qui avez tiré des trésors de votre sagesse les trois Hiérarchies angéliques. les plaçant, avec un ordre admirable, dans votre ciel de gloire, et qui avez disposé avec tant de grâce et de beauté les parties de l'Univers, Vous qui êtes appelé la vraie source de la lumière et de la sagesse et le Principe surcminent, daignez répandre sur les ténèbres de mon intelligence le rayon de votre clarté, dissipant la double nuit dans laquelle je suis né, celle du péché et celle de l'ignorance. Vous qui déliez et rendez éloquente la langue même des enfants, formez la mienne et versez sur mes lèvres la grâce de votre bénédiction. Donnez-moi la pénétration pour comprendre, la mémoire pour retenir, la méthode et la facilité pour apprendre, la lucidité pour expliquer, et une grâce abondante pour m'exprimer. Disposez l'entrée; assurez la marche; couronnez la sortie. Par Jésus-Christ, Nolre-Seigncur. Ainsi soit-il. » [3o5]
SAINT THOMAS , .~ Nous pourrions multiplier les citations. Car
Lart poétique f ^ i-i, •>
de tout serait a reproduire de ces admirables prières.
saint T/iom«.<. Mais nous avons hâte de venir à ce qui est l'objet directet principal de ce chapitre : les hymnes, ou prières rythmées du saint Docteur. Le P. Mandonnet, dans la Vie de saint Thomas qu'il nous promet et dont il a donné quelques extraits à la Revue des Jeunes, souligne avec soin les études littéraires faites à Naples par le jeune seigneur d'Aquin , avant son entrée chez les Frères- Prêcheurs. La Faculté des Arts comprenait alors, dans son programme, avec la grammaire, l'art de la composition, la logique et les sciences naturelles. Le jeune Thomas avait déjà commencé l'étude de la grammaire au Mont-Cassin. Il la poursuivit et la compléta, à Naples, « par ce que l'on appelait alors l'Ars dictaminis, nous dirions aujourd'hui l'art de la composition. C'était l'art d'écrire, en prose cadencée, les lettres et les actes de chancellerie, conformément à des règles déterminées, où celles du cursus, qui présidait à la chute des phrases, jouait un rôle prépondérant. Celte discipline étendit finalement ses lois à la composition des harangues et des discours d'apparat. L'Ars dictaminis emhva.ssait aussi, ou comportait auprès de lui, l'art du rythme, forme de transition de la poésie latine à la poésie vulgaire dont elle devint le prototype. Thomas d'Aquin acquit une remarquable maîtrise dans ces arts qui représentaient les humanités d'alors. Ce n'est qu'accidentellement qu'il devait laisser paraître plus tard, au cours de sa [3o6]
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carrière doctrinale, une partie de sa culture de lettré; mais il nous est resté assez de spécimens de son savoir-faire pour juger de la qualité de sa première formation. Un humaniste aussi sourcilleux qu'Érasme a loué la latinité de Thomas d'Aquin qu'il place au-dessus de celle de ses contemporains. Les quelques lettres-dédicaces sorties de la plume de notre saint et son allocution pour l'institution de la fête du Saint Sacrement sont très strictement composées selon les règles du cursus. Quant à ses hymnes pour l'office du Corpus Christi, elles témoignent, abstraction faite de leur qualité supérieure d'inspiration et de profondeur théologique, de sa familiarité avec les lois rythmiques préconisées par les maîtres du treizième siècle ».
La première de ces hymnes, qui est celle des vêpres, commence par ce vers : Pange lingua Pange gloriosi. Elle comprend six strophes. Chaque lingua, strophe est composée de six vers, qui alternent sur deux rimes identiques pour toute la strophe. L'effet d'assonance produit par ce retour des mêmes rimes est des plus heureux. Les rimes d'ailleurs sont choisies, pour chaque strophe, avec beaucoup d'art, de richesse et de goût. C'est à l'hymne du Pange lingua, que sout empruntées les deux strophes du Tantum ergo Sacramentum et du Genitori Genitoque, choisies par l'Église, dans sa liturgie, pour clore, chaque fois, les chants et les prières qu'elle a institués en l'honneur du Saint Sacrement exposé, immédiatement avant la bénédiction solennelle. Il [3o7]
SAINT THOMAS
n'est peut-être pas de composition poétique au sujet de laquelle se soit exercé le génie des plus grands artistes avec plus d'abondance et de variété qu'il ne l'a fait au sujet de ces deux strophes. Leur souvenir ne s'évoque plus qu'au milieu des splendeurs liturgiques, parmi des nuées d'encens et des flots d'harmonie.
Le Range llngua est une invitation à chanter c( le mystère du Corps glorieux, et du Sang précieux, fruit du sein virginal et généreux, que le Roi des nations a répandu pour le rachat du monde. — Ce Roi rédempteur, qui nous a été donné, qui est né pour nous d'une mère demeurée vierge, et qui a vécu au milieu de nous en jetant la semence de sa parole, a voulu continuer de nous rester par un conseil admirable de sa Sagesse. — Dans la nuit de la dernière Cène, prenant son repas avec ses frères, après avoir observé pleinement la Loi dans les mets qui étaient prescrits, Il se donna Lui même de ses propres mains en nourriture à la troupe des "Douze. — Le Verbe fait chair, d'une parole fait sa chair un pain véritable, et le vin devient le sang du Christ. Que si le sens est ici en défaut, pour affermir le cœur sincère la foi seule suffit. — Vénérons donc prosternés un si grand Sacrement, et que le culte antique le cède au rite nouveau. Que la foi supplée ici au défaut des sens. — A Celui qui engendre et à Celui qui est engendré, louange et jubilation, salut, honneur, vertu aussi et bénédiction. A Celui qui procède de l'un et de l'autre, égale louange. Ainsi soit-il. » [3o8J
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L'hymne des Matines reprend le même thème =^===^=s de louange, mais sur un ton plutôt narratif. Les Sacris strophes sont au nombre de sept. La première solemniis. est une invitation encore plus triomphale à la joie, aux chants, à l'exultation. « Que la joie accompagne ces solennités sacrées ; que du fond des cœurs s'exhalent des cantiques ; que les vieilles choses disparaissent, et que tout soit nouveau : les cœurs, les voix et les œuvres. — Ne célèbre-t-on pas le souvenir de la Cètie dernière où la foi nous enseigne que le Christ donna à ses frères l'Agneau et le pain azyme, conformément aux prescriptions de la loi marquée aux anciens Pères. — Après l'Agneau qui était une figure, le repas étant terminé, le Corps du Seigneur fut donné aux disciples par les mains du Seigneur Lui-même, notre foi le confesse, et de telle sorte tout entier à tous, que chacun l'eût aussi tout entier. — A ceux qui étaient faibles, Il donna son corps pour nourriture; à ceux qui étaient tristes, son sang pour breuvage, en disant : prenez la coupe que je vous tends; buvez-en tous. — Ainsi, Il institua ce sacrifice, dont II voulut que l'office fût commis aux seuls prêtres, qui ont de le J)rendre eux-mêmes et de le donner ensuite aux autres. — Le pain des Anges est fait le pain des hommes. Le pain du ciel met un terme aux figures. 0 chose merveilleuse ! le Seigneur est mangé par le pauvre, l'esclave, l'homme de rien. — 0 Déité trine et une, nous t'en prions : Tu nous visites comme nous t'honorons : Par tes sentiers, con-
SAI^T THOMAS
duis-nous où nous tendons : à la lumière que tu habites. Ainsi soit-il. »
I^es deux dernières strophes de cette hymne ont, elles aussi, été détachées pour un usage plus fréquent par la piété chrétienne, et l'une d'elles surtout, le Panis angelicus , a servi de thème à de magnifiques inspirations artistiques. Chacune des strophes du Sacris solemniis comprend, à vrai dire, sept vers (qu'on n'a pas distingués dans les livres liturgiques). Les quatre premiers ont des rimes qui alternent régulièrement. La rime du sixième répond à celle du deuxième et du quatrième. Quant au cinquième vers, il a une rime qui répond à celle du septième.
Sacris solemniis
Juncta sint gaudia,
Et ex prxcordiis
Sonent prœconia;
Recédant vêlera,
Nova sint omnia :
Corda, voces et opéra.
Le rythme de la strophe est d'une grande souplesse en même temps que d'une ampleur imposante et majestueuse. Aussi bien a-t-il pu être adapté à une notation grandiose qui fait du Sacris solemniis l'hymne par excellence des Processions solennelles de la Fête-Dieu.
Le Verbani supernum, qui est l'hymne des Verbum Laudes, a un rythme plus simple. La strophe ne
supernum. comprend que quatre vers à rimes alternantes.
[3io]
Le
L'OFFICE DU SAINT SACREMENT
Toutefois, la dernière des quatre strophes narratives, où est rappelé, sous une forme nouvelle et particulièrement poignante, l'institution eucharistique, voulant donner comme en raccourci toute l'économie du mystère du Verbe fait chair, rompt avec le rythme des autres strophes, el crée, pour cette fin suprême, un rythme spécial, unique, à rime identique, dont l'effet, joint à la plénitude de sens que la strophe contient, n'a peut-être rien qui l'égale en aucune langue. C'est la fameuse strophe qui faisait le désespoir en même temps que l'admiration de Santeul et pour laquelle il eût donné toutes ses poésies lyriques :
Se nascens dédit socUim, Convescens in edulium.
Se moriens in pretiiim, Se regnans dat in prœmium.
Les deux dernières strophes de cette hymne ont également été détachées , comme l'avaient été celles du Pange lingua et du Sacris solemniis, pour être utilisées dans les cérémonies plus fréquentes en l'honneur du Saint Sacrement, notamment pour le début des bénédictions solennelles. Ce sont les deux strophes de VO salutaris hostia et Uni trinoque Domino.
Du reste de l'office du Saint Sacrement, nous „ ~
O Sacrum
ne citerons — car il faut se borner — que les convivium. deux antiennes du Magnificat, pour les premières et les secondes vêpres. — L'antienne des premières vêpres est un cri d'admiration adressé à Dieu
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SAINT THOMAS
Lui-même en présence de la merveille de boulé accomplie par Lui dans le festin eucharistique : — 0 qaam suavis est, Domine, Spiritus tuus, qui, ut dulcedinem tuam in filios adoptionis demonsirares, pane suavissimo de cœlo prœstito, esurientes repies bonis fastidiososque divites dimittis inanes. — 0 combien doux, Seigneur, combien suave est votre Esprit à Vous, qui pour démontrer votre bonté, votre doviceur, à l'endroit de vos fils d'adoption, leur donnant du ciel un pain de suavité infinie, emplissez de vos biens ceux qui ont faim, et renvoyez à vide les riches qui sont repus ». — L'antienne des secondes vêpres est le cri de l'âme concentrant toutes ses puissances devant les merveilles du divin Banquet et s'abîmant dans le sentiment de son admiration reconnaissante : 0 sacrum convivium, inquo Christus sumitur, recolitur memoria Passionis ejus, mens impleiur gratia, et futur se glorise nobis pignus datur. Alléluia! Alléluia! — 0 Banquet sacré, dans lequel c'est le Christ qu'on prend, où l'on célèbre la mémoire de sa Passion, où l'esprit s'emplit de grâce et où nous est donné le gage de la gloire future. Alléluia! Alléluia! ». — Cette dernière antienne devait se transformer en un corps d'article dans la Somme théologique, quand saint Thomas écrirait ou dicterait son traité de l'Eucharistie, quelques mois avant sa mort (3' Partie, q. 78, art. 4). Et l'on pourrait ainsi retrouver dans la Somme, ligne par ligne, presque mot par mot, tout l'office du Saint Sacrement, tant il y avait toujours adéquation et harmonie entre le génie de Tho-
Le
L'OFFICE DU SAINT SACREMEi^T
mas d'Aquin se nourrissant de la vérité divine, et son âme vivant de cette vérité dans l'exultation même de la prière.
La réflexion que nous venons de faire s'appliquerait avec une rigueur d'exactitude plus par- LaudaSion. ticulièrement absolue, à ce qui est peut-être la partie la plus transcendante et la plus magnifique de l'œuvre de Thomas d'Aquiu en l'honueur du Saint Sacrement. Nous voulons parler de la Prose qui se chante durant la messe et qui est le Laiida Sion. Il semble qu'à elle seule elle renferme tout le traité de l'Eucharistie. Quelle doctrine! quelle langue! quels accents! Et, en même temps, quel rythme! quelle poésie! quelle concentration du génie le plus souverainement maître de son art !
Loue, ô Sion ! loue Ion Sauveur,
Loue ton Chef, ton Pasteur,
En tes liymnes et tes cantiques :
Tout ce que tu peux, ose-le ;
Car il est plus grand que toute louange.
Et ta louange n'y saurait suffire.
Un thème de louange spécial.
Le Pain vivant et vital, Aujourd'hui t'est proposé :
Le Pain qu'à la sainte Cène La troupe sacrée des Douze Reçut à n'en pas douter.
Que la louange soit pleine, qu'elle soit sonore; Qu'elle soit radieuse et belle, La jubilation de l'âme :
SAINT THOMAS
C'est, en effet, la célébration du jour solennel
Où l'on rappelle la mémoire
De la première institution de ce Festin.
A cette table du Roi nouveau
La nouvelle Pàque de la Loi nouvelle
Met fin à la Pàque ancienne :
La nouveauté chasse la vétusté,
La vérité chasse la figure,
Le jour chasse la nuit.
Ce que le Christ fit à la Cène
Il a donné l'ordre de le faire
En mémoire de Lui :
Formés par un enseignement divin
Nous consacrons le pain et le vin
En l'Hostie, la Victime du salut.
Un dogme est donné aux chrétiens.
Que le pain se change en chair,
Et le vin en sang :
Ce que tu ne saisis pas, ce que tu ne vois pas,
Une foi forte te l'affirme
En dehors du cours ordinaire des choses.
Le pain est la chair, le vin est le sang.
Mais le Christ demeure tout entier
Sous l'une et l'autre espèce :
Sous des espèces diverses.
Qui ne sont que des signes, non des choses,
Se cachent des choses exquises.
Nullement coupé par celui qui le prend,
Nullement broyé ou divisé.
Le Christ est reçu tout entier :
Un seul le prend, mille le prennent.
Autant ceux-ci, autant celui-là,
Et, pris. Il n'est point épuisé.
L'OFFICE DU SAINT SACREMENT
Il est pris par les bons, Il est pris par les mauvais,
Mais pour un destin bien différent :
Pour la vie ou pour la mort :
Il est vie pour les bons, et mort pour les méchants.
Vois, si le repas est le même.
Combien l'issue est différente.
Enfin, quand le Sacrement est fractionné.
Ne te troubles pas, mais souviens-toi
<5u'il y a autant sous le fragment.
Qu'il se trouve sous le tout :
La chose n'a point de brisure.
Le signe seul est en fracture,
Sans que l'état ou la stature
De la chose sous le signe ail diminué.
Voilà le Pain des anges
Devenu le Pain des voyageurs,
Le vrai Pain des enfants.
Qui ne doit pas être jeté aux chiens :
Les figures l'avaient annoncé :
Avec Isaac immolé,
Dans l'agneau pascal représenté.
Il est aussi donné aux Pères avec la manne.
Bon Pasteur, Pain véritable.
O Jésus, aie pitié de nous.
Sois notre nourriture, notre protecteur, Prépare pour nous les vrais biens Dans la Terre des vivants :
Toi qui sais et qui peux tout.
Toi qui nous nourris ici mortels.
Fais-nous tes commensaux là-Haut, Tes cohéritiers, les compagnons De tes saints, de tes élus.
Ainsi soit-il ! Alléluia !
Son rythme.
SAINT THOMAS
Il va bien sans dire que nous n'avons pas eu la prétention de traduire celte Prose qui défie toute traduction. Mais, à l'intention de ceux qui pourraient n'avoir pas la facilité de recourir au texte lui-même, nous avons voulu donner une idée de son contenu.
Le rythme ne peut être pleinement apprécié que de ceux qui entendent le latin et peuvent s'y reporter. — La Prose entière comprend douze strophes. Les neuf premières strophes se composent de six vers. Le premier et le deuxième, le quatrième et le cinquième riment ensemble deux par deux; puis le troisième et le sixième ont la rime distincte.
Lauda, S ion, Salvatorem, Lauda Ducem et Pastorem, In hymnis et canticis ; Quantum potes, tantuni aude.
Quia major omni laude, Nec laudare sufficis.
Les strophes dix et onze sont composées de huit vers dont les trois premiers de chaque quatrain ont la même rime :
Fracto demum sacramento.
Ne vacilles, sed mémento Tantum esse suh fragmenta Quantum toto tegitur :
Nulla reifit scissura Signi tantum fit fractura Quo nec status nec statura Signati minuitur.
L'OFFICE DU SAI\T SACREMENT
L'effet des trois rimes répétées ea ces deux strophes est des plus heureux. Il s'accroît encore dans la dernière, où un quatrième vers à rime identique est ajouté dans les deux parties de la strophe qui comprend dix vers. C'est, après l'exultation de cette Prose triomphale, comme le mouvement de l'âme qui tombe à genoux et transforme son élan en prière. Et quelle prière ! Toute d'admiration, de supplication et d'abandon en présence du Jésus d'Amour que le sacrement nous cache et nous livre :
Bone Pastor, Panls vere, Jesa, nostrî miserere : Tu nos pasce, nos tuere; Tu nos bona fac videre In terra viventium.
Tu qui cuncta scis et vales, Qui nos pascis hic mortales, Tuos, ibi, commensales, Cohœredes, et sodales Fac sanctorum civium Amen! Alléluia!
Bien que ne faisant point partie de l'Offîce du Saint Sacrement, il est une dernière prière rythmée de saint Thomas qui ne doit pas être séparée des hymnes de cet Office, et qui occupe dans la piété catholique une place de choix. C'est la prière ou l'hymne de YAdoro Te. Elle est composée de sept strophes, à quatre vers chacune, dont les rimes se suivent deux par deux, non
.'.'Adoro Te.
SAINT THOMAS
alternées. L'hymne tout entière est une effusion de l'âme abîmée dans sa contemplation en présence de Jésus-Eucharistie. On nous pardonnera d'en proposer cette traduction rythmée, dont l'unique mérite sera de suivre presque mot pour mot le texte du saint Docteur : dans cette traduction, les rimes alternent.
Je t'adore à genoux, Divinité cachée, Qui te trouves vraiment sous ces humbles dehors. Mon âme se confond, à tes pieds attachée; EUe s'anéantit, contemplant ton saint Corps.
A te voir, te toucher, te goûter, le sens erre; Mais celui qui t'entend s'assure de sa foi : Je crois tout ce qu'a dit le Fils de Dieu sur terre; Sa parole est du vrai la souveraine loi.
Sur la Croix se cachait, seul, le Dieu que j'adore ; Ici se cache encor ta sainte humanité.
L'une et l'autre, à la fois, je les crois, les implore. Et demande le sort du larron écouté.
Mes mains, comme Thomas, ne touchent point tes
plaies ; Je t'adore pourtant et te nomme mon Dieu. Fixe dans mon esprit tes vérités sacrées, Fais que j'espère en toi, que je t'aime au saint lieu.
De la mort du Seigneur, Mémorial aimable. Pain vivant des mortels qui fais vivre sans fin, A mon cœur affamé sois toujours secourable; Garde pour moi toujours ton goût vraiment divin..
O pieux Pélican, Jésus, mon très doux maître, Vois mon impureté; lave-la dans ton sang, Ce sang dont une goutte aurait pu tout remettre Des forfaits les plus noirs contre le Dieu vivant.
L'OFFICE DU SAI.MT S iC RE ME NT
Jésus, que maintenant j'adore sous ces voiles, Qu'il soit fait, je te prie, au gré de mon désir : Qu'à mes yeux fortunés un jour tu te dévoiles; Que de ta gloire, au ciel, je puisse enfin jouir !