‹ Initiation thomisteChapitre 3 sur 46 · CHAPITRE II LES ÉCRIVAINS SACRÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II LES ÉCRIVAINS SACRÉS

organes de la révélation, ils fournissent l'Élément de foi dans l'œuvre de saint thomas

LA voie de la raison est pour l'homme la voie connaturelle pour arriver au vrai. Toutefois, même dans l'ordre de la raison, il est connaturel à l'homme d'arriver au vrai par la voie du témoignage. S'il est des choses que chaque homme peut connaître par sa raison, il en est d'autres qu'il ne connaît, en fait, que sur le témoignage d'autrui. Il est une infinité de choses, même dans l'ordre humain, que nous acceptons ainsi et que nous tenons pour vraies sur le seul témoignage d'autrui, sans que nous puissions les contrôler directement nous-mêmes. Nous faisons confiance à ceux qui nous les disent, nous avons confiance en eux. Nous nous fions à leur parole, à leur témoignage. Nous avons foi en eux. Et c'est là chose très raisonnable, très sage. Si quelqu'un voulait en agir autrement, il n'aurait qu'à sortir du genre humain ; on le tiendrait pour un extravagant, pour un insensé.

De tous les témoignages, il en est un qui s'imposera à un titre spécial à l'homme, s'il existe. C'est le témoignage de Dieu. Or, ce témoignage est donné comme existant parmi les hommes. hi]

La foi

ou

la croyance.

La Révélation.

La Bible.

AVANT SAINT THOMAS

L'Ancien Testament.

Les livres historiques.

Moïse.

Il est consigné dans un recueil de livres, qui, multiples et divers, sont tenus cependant comme ne formant qu'un seul Livre qui est appelé proprement le Livre de Dieu. Ce recueil qui est tenu comme ayant Dieu Lui-même pour Auteur, se divise en deux parties, dont l'une est appelée l'Ancien Testament ; et l'autre, le Nouveau Testament. Les deux réunies s'appellent la Bible. L'une et l'autre de ces deux parties renferment, à deux stades différents, ce qu'il a plu à Dieu de manifester aux hommes ou de leur révéler. Et l'ensemble de tout ce que Dieu a ainsi manifesté ou révélé aux hommes, est ce que l'on appelle d'un seul nom : la Révélation.

La première de ces deux parties, l'Ancien Testament, contient la Révélation de Dieu, selon que Dieu voulait préparer les hommes à la venue de son Fils sur la terre par le mystère de l'Incarnation. Il comprend trois sortes de livres ou d'auteurs : les livres ou auteurs qui racontent l'histoire, et qu'on appelle, à cause de cela, historiques : les livres ou auteurs qui visent plutôt à former les moeurs ou à diriger la conduite, et qu'on appelle, de ce chef, sapientiaux ; enfin, les livres ou auteurs, qui, d'une façon expresse, annoncent l'avenir, surtout l'avenir ayant trait au Messie, et qu'on appelle, en raison de cela, prophétiques.

Au premier rang des livres historiques se placent les cinq livres de Moïse, appelés du nom collectif de Pentateuque. Ce sont : la Genèse; l'Exode; le Lévitique; les Nombres; le Deutéro-

LES ÉCRIVAINS SACRÉS

nome. Ils donnent le récit des premiers événements du monde, depuis la création jusqu'à l'entrée du peuple hébreu dans la Terre Promise (quinzième siècle avant notre ère). La plus grande partie de ces livres est consacrée au récit des événements auxquels Moïse lui-même a été mêlé. Ils racontent donc des faits, au sujet desquels l'information de l'auteur est de première source. D'autre part, les faits qu'ils racontent sont d'une importance telle que toute la suite du peuple hébreu dans son histoire et dans sa vie s'y trouve indissolublement rattachée. Pour la même raison, ces premiers livres commandent tous les autres, qu'il s'agisse des autres livres historiques, ou des livres sapientiaux, ou même des livres prophétiques. Ils commandent jusqu'au Nouveau Testament qui en dépend tout entier dans son fond et dans les livres qui le composent. Et c'est même là le caractère merveilleux par excellence de cet ensemble de livres, qu'ayant été écrits à de si longs intervalles, par des hommes si différents, en des circonstances si diverses, ils contiennent un récit et une pensée qui va se développant et s'expliquant d'une manière si suivie et si constante. Le fait ne s'explique que par l'unité et la transcendance de l'Auteur principal inspirant et dirigeant tous ces divers auteurs secondaires, lequel n'est pas autre que Dieu.

Après la mort de Moïse, ce fut Josué, son lieutenant, qui prit la conduite du peuple hébreu et qui reçut la mission d'introduire ce peuple dans [a3]

Josué.

Les Juges.

AVANT SAINT THOMAS

la terre de Chanaan, qui lui avait été promise. Josué dut en faire la conquête pied à pied ; et quand cette conquête fut finie, il en fit le partage aux douze tribus. Le récit de cette conquête et de ce partage remplit le livre qui porte le nom de Josué et qui très probablement a été écrit par lui. La période correspondante au livre de Josué n'avait duré que sept ans. La période qui suivit et qui est racontée dans le livre des Juges comprend ce qui regarde l'état du peuple hébreu depuis la conquête jusqu'à la judicature de Samuel. C'est un laps de temps qui va du milieu du quinzième siècle au commencement du onzième siècle avant notre ère. Là se placent l'oppression du peuple hébreu sous Chusan-Rasathaïm, roi de Mésopotamie, pendant huit ans, suivie de la délivrance sous Othoniel et d'un repos qui dura quarante ans; l'oppression moabite pendant dix-huit ans, et la délivrance sous Aod, avec un repos de quatre-vingts ans ; l'oppression sous le roi chananéen Jabin pendant vingt ans, et la délivrance par Débora et Barac, avec un repos de quarante ans ; l'oppression madianite, pendant sept ans, et la délivrance par Gédéon avec un repos de quarante ans; les judicatures d'Abimélech pendant trois ans, deThola, pendant vingt-trois ans, de Jaïr, pendant vingtdeux ans ; l'oppression ammonite, pendant dixhuit ans, et les exploits de Jephté, Abesan, Ahialon, Abdon ; l'oppression philistine, pendant quarante ans, et les exploits de Samson, jusqu'à la judicature d'Héli. Avec ce dernier,^

Le livre

Les Bois.

LES ECRIVAINS SACRES

nous atteignons Samuel, qui fut le dernier des Juges et amena les rois.

Entre le livre des Juges et les livres des Rois, se place le livre de Riith, où se trouve relaté un de Rath. fait qui pourrait paraître d'importance très minime, du seul point de vue naturel et humain; mais qui, du point de vue messianique et divin, revêt une importance extrême. C'est qu'en effet l'héroïne de ce tout petit livre, devait être l'aïeule de Jessé, le père de David, et compter, à ce titre, parmi les ancêtres du Messie, comme saint Matthieu l'a expressément noté dans sa liste généalogique.

Avec Héli et la judicature de Samuel commence la partie de l'histoire du peuple hébreu qui est racontée dans ce qu'on appelle ordinairement les livres des Bois ; bien que dans la Bible hébraïque, les deux premiers de ces livres soient appelés livres de Samuel, et les deux derniers seulement livres des Rois. Là viennent, après l'histoire d'Héli, et au cours de l'histoire de Samuel, l'histoire de Saiil, le premier roi du peuple hébreu, pendant le douzième siècle; puis, l'histoire de David, au onzième siècle ; l'histoire de Salomon, à la fin du onzième siècle et au commencement du dixième. C'est à la quatrième année du règne de Salomon qu'est établi le fameux Temple de Jérusalem.

Après Salomon , sous son fils et successeur Roboam, dix tribus se séparent violemment des deux autres pour former le royaume d'Israël, sous le sceptre de Jéroboam, en opposition au

AVANT SAINT THOMAS

Les

Chroniques

ou

Les

Paralipo-

mènes.

Tobie.

Judith.

Esthcr

royaume de Juda. Les deux royaumes continuent d'exister jusque vers la fin du huitième siècle avant notre ère. En 728, le royaume d'Israël est supprimé par Salmanasar, roi d'Assyrie, et les dix tribus emmenées captives. Juda, demeuré seul, voit encore les règnes d'Ézéchias, de Manassé, d'Amon, de Josias,de Joakin,deJoachim,deSédécias. Mais, sous ce dernier, la ville de Jérusalem est renversée de fond en comble, le Temple réduit en cendres, et le roi mené captif à Babylone avec Saraïa, souverain pontife, et la meilleure partie du peuple, au commencement du sixième siècle avant notre ère.

Les livres des Rois s'achèvent avec le récit de la destruction du royaume de Juda. Mais, l'histoire de ce royaume, pris à part et non plus conjointement avec le royaume d'Israël, est retracée à nouveau, sous un jour plus spécial, dans les deux livres des Chroniques ou des Paralipomènes. On y voit marqué surtout le caractère de fidélité ou d'infidélité des rois de Juda à l'endroit de lahveh, le Seigneur, et les sanctions immédiates qui les atteignent sous forme do châtiment ou de récompense.

A l'époque retracée par les livres des Rois se rattachent trois épisodes d'un grand intérêt, qui forment le sujet de trois petits livres distincts. Le livre de Tobie retrace le tableau de l'Israélite fidèle à Dieu au milieu de la captivité, méritant, par ses prières et ses œuvres de miséricorde, l'intervention miraculeuse de l'ange Raphaël. Les deux livres de Judith et d' Esther sont le récit [26]

LES ÉCRIVAINS SACRÉS

d'une double délivrance du peuple de Dieu menacé de destruction complète, une fois chez lui, par l'envoyé de Nabuchodonot^or, Holoferne; une autre fois, parmi les Perses, sous Aman et Assuérus. Ce dernier livre, celui d'Esther, est postérieur à l'époque des rois ; il se rattache à la captivité qui suivit la destruction de Jérusalem.

Avec les livres d'Esdras et de Néhémie, on a le récit de la libération du peuple au temps de Cyrus et de son retour dans la ville sainte rebâtie où se fait la construction du second temple.

Les derniers livres historiques sont les deux livres des Machabées. Leur récit commence avec la dislocation de l'empire d'Alexandre et se continue jusqu'à l'établissement de la royauté dans la famille des Asmonéens, en la personne de Simon. — Cette royauté devait durer jusqu'à Hyrcan 11, qui fut dépossédé par Hérode. Et, avec ce dernier, nous arrivons à la naissance de Jésus-Christ.

Outre les livres historiques, l'Ancien Testament renferme une série de livres qu'on a appelés, nous l'avons déjà fait remarquer, du nom de sapientiaux. Ils sont au nombre de sept. — Le premier, qui est de beaucoup le plus ancien, est le livre de Job. Ce livre tient ensemble des livres historiques et des livres sapientiaux, en ce sens qu'il raconte l'histoire du saint homme Job, et qu'en même temps, ou à son occasion, sous forme poétique, il se propose la justification de la Providence en face du problème du mal dans le monde.

Esdras

et

Néhémie.

Les Machabées.

Les livres sapientiaux.

Job.

Les Psaumes.

Les Proverbes.

L'Ecclésiaste.

Le Cantique

des Cantiques.

AVANT SAINT THOMAS

Le livre des Psaumes est un recueil de i5o hymnes ou cantiques, dont une grande partie a eu David lui-même pour auteur. Les prières qu'il renferme, sous forme de chants rythmés, ont été en si parfaite harmonie avec les besoins de l'âme religieuse qu'elles sont demeurées les formules liturgiques, non seulement de l'ancien peuple, mais encore de tout le peuple chrétien, et l'Église catholique en a fait le fond même du bréviaire imposé à ses prêtres.

Sous le nom de Proverbes est désigné, dans la Bible, un recueil de sentences d'ordre moral, ayant trait aux diverses situations de la vie humaine. Le corps des sentences est précédé d'une introduction générale, contenant des exhortations et avertissements adressés par la Sagesse aux jeunes gens. 11 se termine par le magnifique éloge de la femme forte.

L'Ecclésiaste est un petit livre dont l'auteur, le Sage par excellence, proclame avec une insistance et une éloquence extraordinaires, la vanité de toutes choses. La leçon qu'il formule ne saurait être mieux résumée que dans les premiers mots qui ouvrent le livre et les derniers qui le terminent : « — Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste ! Vanité des vanités ! Tout est vanité. — Écoutons le résumé de tout ce discours : Crains Dieu et observe ses commandements; car c'est là le tout de l'homme; car Dieu citera en jugement sur tout ce qui est caché, toute œuvre soit bonne, soit mauvaise. »

Dans le Cantique des Cantiques, on a un tout [28]

LES ECRIVAINS SACRES

petit livre, qui ne renferme que liuit chapitres, et qui est ce qu'il y a de plus transcendant et de plus mystérieux comme symbolisme, parmi tous les livres de l'Ancien Testament, à tout le moins du point de vue mystique; car, du point de vue prophétique, le symbolisme d'Ézéchiel ne le céderait en rien à celui du Cantique des Cantiques.

Le livre de la Sagesse est, sans doute, le plus beau livre de morale qui ait été écrit avant l'Évangile. Les neuf premiers chapitres, sous la forme de considérations très hautes, d'abord, et puis, d'autobiographie du roi sage que fut Salomon, proclament l'excellence de la Sagesse, émanation de Dieu. Tout ce qui suit, jusqu'au chapitre 19 et dernier, retrace les manifestations de la Sagesse et son rôle dans l'histoire d'Israël mise en regard de l'idolâtrie des autres peuples.

Le plus étendu des livres sapientiaux à forme de leçons morales est le livre de l'Ecclésiastique. Il contient des enseignements très variés et très développés, qui rappellent un peu ceux de la Sagesse et ceux des Proverbes, mais avec une plus grande adaptation aux diverses conditions de la vie parmi les hommes ou aux divers devoirs qui constituent le cadre de la vie morale. Les derniers chapitres sont consacrés à la louange du Seigneur, qui a fait éclater sa gloire dans les œuvres de la nature et dans le choix des grands hommes qui ont illustré Israël.

Des trois groupes de livres qui composent

La Sagesse.

L'Ecclésiastique.

Les livres prophétiques.

Jérémie

AVANT SAINT THOMAS

l'Ancien Testament, celui des livres prophétiques se présente avec un caractère tout à fait distinct. Il est vrai que même dans ces livres on trouve des pages qui rappellent les livres historiques, et d'autres pages, plus nombreuses encore, qui visent directement, comme les livres sapientiaux, à la formation morale du peuple de Dieu. Ce dernier caractère est même ce qui domine dans ces sortes de livres. Mais, à côté, ou plutôt au-dessus et constituant une sphère absolument à part, on voit, dans ces livres, des prédictions formelles, faites au nom de Dieu et ayant trait à l'avenir : tantôt à un avenir relativement prochain ; tantôt à l'avenir des temps messianiques ; ou même à l'avenir des derniers temps et de ce qui doit clore l'histoire du genre humain.

Le premier de ces livres prophétiques est celui qui porte le nom du prophète Isaïe. Il projette sur l'avenir des temps messianiques, et notamment sur la Personne même du Messie, sur son rôle, sur sa vie, sa mort et sa glorification; sur la conversion des peuples ou l'Église future, qui doit être son œuvre, des clartés si précises et si complètes qu'on a pu l'appeler le Préévangile.

Jérémie est le prophète des lamentations. C'est Baruch. lui qui prédit et qui voit ensuite de ses yeux la ruine de Jérusalem et la destruction du royaume de Juda. Par les persécutions qu'il endure, il est comme la personnification des souffrances futures du Messie. En même temps qu'il annonce [3o]

Isaïe.

LES ÉCRIVAINS SACRÉS

la ruine de Jérusalem et la captivité de Babylone, il prédit le terme exact de cette captivité et le rétablissement de la ville sainte avec la reconstruction du temple au bout de soixante-dix ans. — Au livre de Jérêmie se rattache celui de Baruch, qui n'en est qu'un appendice.

Parmi tous les prophètes, celui dont les prophéties sont les plus mystérieuses, en raison surtout de leur symbolisme oriental, est le prophète Ezéchiel. C'est au milieu même de la captivité de Babylone qu'il a ses visions symboliques. Il est, sous une forme nouvelle, avec Jérémie et avec Isaïe, le prophète de la dernière ruine de Jérusalem sous son dernier roi, de la ruine ou du châtiment des nations païennes; et aussi du rétablissement du peuple de Dieu : soit d'abord et immédiatement dans la terre d'Israël et à Jérusalem; soit ensuite et d'une façon autrement parfaite dans toute l'histoire du genre humain; ou, plus encore, dans la restauration finale, au moment de la résurrection : triple rétablissement que symbolise de façon si grandiose la vision des ossements desséchés qui reprennent vie à la parole de lahveh, le Seigneur.

Daniel, le dernier des quatre grands prophètes, qui prophétise, lui aussi, du milieu de la captivité et jusque dans la cour ou le palais des rois de Babylone, Nabuchodonosor et Balthazar son fils, est le prophète des grands empires: babylonien; médo-perse; macédonien; et romain ; auxquels succède pour ne jamais finir l'empire ou le [3i]

Ezéchiel.

Daniel.

AVANT SAINT THOMAS

royaume du Fils de l'homme. Il fixe même, dans sa fameuse prophétie des soixante-dix semaines d'années, la date précise de la venue du Fils de l'homme et de son immolation triomphante.

~ Sous le nom de petits prophètes, on désigne

prophètes, douze livres de prophéties, d'inégale étendue, dont les auteurs s'échelonnent sur toute la période des rois et jusqu'au retour de la captivité. Ils comprennent des exhortations morales, des récits ou faits symboliques, comme celui de Jonas, et des précisions prophétiques, notamment au sujet du Messie et de son œuvre, qui sont du plus haut intérêt. — Ces douze livres portent les noms d'Osée (i4 chapitres); Joël (3 chapitres); Amos (9 chapitres); Abdias (i chapitre); Jonas (4 chapitres); Michée (7 chapitres); Nahum (3 chapitres) ; Habacuc (3 chapitres) ; Sophonie (3 chapitres); Aggée (2 chapitres); Zacharie (ih chapitres); Malachie (4 chapitres). — Ce dernier se termine par ces mots, proférés au nom de lahveh, le Seigneur : « Voici que je vous envoie Élie, le prophète, avant que vienne le jour de lahveh, grand et redoutable. II ramènera le cœur des pères vers leurs enfants et le cœur des enfants vers leurs pères, de peur que je ne vienne et que je ne frappe le pays d'anathème ».

— Ces mêmes paroles, qui terminent le Testa-

Testament. ment ancien, devaient ouvrir le Testament nouveau. Nous les retrouvons sur les lèvres de l'ange Gabriel, quand il vient annoncer, au prêtre [32]

LES ECRIVAINS SACRES

Zacharie, dans le Temple, la naissance du Précurseur. Si l'Ancien Testament contient la Révélation de Dieu selon que Dieu voulait préparer les hommes à la venue de son Fils sur la terre par le mystère de l'Incarnation, le Nouveau Testament n'est pas autre chose que la Révélation de Dieu selon que Dieu a réalisé, pour le salut du monde, ce même mystère de l'Incarnation dans la Personne de son Fils.

Les quatre premiers livres sont les quatre ^*'=^* Évangiles. Ils relatent, d'une façon très rapide Évangiles. et très sobre, la conception miraculeuse du Fils de Dieu fait homme, sa naissance de la Vierge Marie, quelques traits de son Enfance, son baptême par le Précurseur, sa vie publique d'apostolat en Judée, dans la Galilée, dans la Pérée, c'est-à-dire auprès de tous ceux qui constituaient le peuple choisi, établi dans la Terre de promission; puis, sa Passion, sa mort sur la Croix, sa sépulture, sa Résurrection, son Ascension au ciel. Pour les trois premiers, leur marche est parallèle, ayant de nombreux traits de ressemblance et en même temps des différences notables ; mais sous des formes variées, le fond du récit se retrouve d'une harmonie parfaite. Us ont été écrits dans l'intervalle d'une vingtaine d'années après les événements qu'ils rapportent. L'auteur de l'un d'eux a assisté, comme témoin et comme acteur, à bon nombre des faits dont il nous donne le récit. C'est l'Apôtre saint Matthieu. 11 a écrit le premier Évangile. Le second Évangile a pour auteur saint Marc, disciple de saint [33]

AVANT SAINT THOMAS

Pierre, le chef des Apôtres. Le troisième a pour auteur saint Luc, disciple ou compagnon de saint Paul. Le quatrième Évangile, écrit plus tard, a pour auteur l'Apôtre sainlJean. Il diffère sensiblement des trois autres. Son dessein a été de les compléter en relatant un aspect de la Personne et de la vie du Maître sur lequel ils avaient moins appuyé : celui de la divinité. — = Le même auteur qui a écrit le troisième Évan-

Le Uvre -jjg ^ écrit le livre qui est pour ainsi dire la

des Actes. o » ~i r-

suite du récit evangélique. Nous y voyons la réalisation de la promesse faite par Jésus à ses disciples de leur envoyer l'Esprit-Saint, et, par là, de les mettre à même de lui conquérir le monde en constituant, dans tout l'univers, son corps mystique l'Église.

"^^=1=^== Puis, viennent les diverses Épîtres, dont quaes pues. jQj.2g QQt été écrites par saint Paul; une, par saint Jacques; deux, par saint Pierre; trois, par saint Jean, l'auteur du quatrième Évangile. Ces Épîtres renferment des enseignements donnés aux premiers chrétiens pour les maintenir dans la foi et la pratique de tout ce que le mystère de Jésus, relaté dans les Évangiles, impose à croire et à pratiquer en vue de son accomplissement définitif quand le Christ reviendra pour juger les vivants et les morts et clore les destinées du monde.

^^7^^^^^ L'Apocalypse est le récit anticipé, sous forme poca ^pse. j^ vision prophétique, de toute la suite de l'histoire de l'Église jusqu'au jour du suprême triomphe où se célébreront pour jamais, dans le ciel,

LES ECRIVAINS SACRES

les noces de l'Épouse et de l'Agneau. Ce livre, le plus grandiose de tous ceux que contient l'Écriture, est l'œuvre de saint Jean, l'auteur du quatrième Évangile. Avec lui se clôt tout l'ensemble des livres qui constituent la Bible ou le Livre de Dieu.

Tous ces livres, sans exception aucune, et sans , ,~

. . '^ , , , Ce qua été

distinction entre eux, ont ete tenus par saint la Bible Thomas et lus par lui comme étant vraiment . PS,"''

,^.„ , ,,,.., , saint Thomas.

1 œuvre de Dieu. Sous la multiplicité et la variété des auteurs secondaires ou humains, il n'a reconnu qu'un seul Auteur premier et principal, qui n'est autre que Dieu. Les auteurs humains n'ont été entre les mains de Dieu que des instruments. Tout ce qu'ils ont fait ea écrivant leurs livres respectifs, ils l'ont fait sous la motion directe de Dieu, qui, par eux, écrivait Luimême ces livres. Et, par suite, il n'est rien, dans ces livres, qui ne doive, comme responsabilité première, remonter jusqu'à Dieu. Tout témoignage empriinJé à ce^JXvie&..5£jca-donc un téfnoi^na^e divin. Et parce que le témoignage de Dieu ne saurait jamais être récusé, qu'il est essentiellement vrai, que, par conséquent, il n'y a pas à le discuter, mais à l'accepter purement et simplement, tel qu'il se présente, en y adhérant par notre esprit, même si nous ne le comprenons pas et qu'il nous dépasse, saint Thomas acceptera ainsi, aveuglément, si l'on peut ainsi dire et les yeux fermés tout ce qui est contenu dans ces livres. Il ne se demandera pas, pour l'accepter, s'il le comprend, comme il ferait du [35]

La foi

de

saint Thomas.

AVANT SAINT THOMAS

témoignage d'un auteur humain qu'il est à même d'entendre, de contrôler, et dont le témoignage, quelque respecté qu'il puisse être, est passible d'erreur. Pour le témoignage des Livres saints, parce que c'est un témoignage divin, saint Thomas ne voudra, quand il s'agit de l'accepter, que connaître une chose : son existence. Dès qu'il constatera, au sujet d'un témoignage quelconque, qu'il appartient aux Livres saints, dans la teneur où il se présente, sans autre enquête, sans autre délibération, sans autre raison et sans autre motif, saint Thomas l'acceptera, le fera sien, lui soumettra son esprit, le tiendra pour vrai, de la façon la plus absolue et sans crainte aucune de se tromper.

C'est là, proprement l'acte de foi, au sens où l'on parle d'acte de foi, quand il s'agit de la foi divine. Cet acte n'est pas autre chose jgueJTacceptation du témoignage de DieuTlîcceptation qui, manifestement, s'impose à la raison, dès que la raison a connaissance du témoignage dont il s'agit. Il se pourra que ce témoignage dépasse la raison, non seulement parce que, en fait, on ne le comprend pas, mais aussi parce qu'il est, de soi, incompréhensible à toute raison ou intelligence créées. Et c'est précisément le cas de ce qu'il y a de plus essentiel dans le témoignage divin que nous livre la Bible. Le fond de ce témoignage porte sur un ordre de faits et de vérités qu'explique seule l'absolue transcendance de l'Être divin et la toute-puissance qui lui appartient en propre, se faisant connaître à nous et [36]

LES ÉCRIVAINS SACRÉS

nous manifestant le secret le plus intime de sa vie et de ses conseils. 11 s'ensuit qu'en acceptant ce témoignage, on s'enrichit de vérités que ne posséderont jamais ceux qui ignorent ce témoignage ou qui refusent de l'accepter. Le domaine de ces vérités constitue proprement le domaine de la foi, au sens pur et simple de ce mot, quand on l'ajoute ou qu'on le superpose à celui de la raison. Le domaine de la raison, en effet, comprend toutes les vérités que la raison par ellemême, soit en chaque individu pris à part, soit dans l'ensemble des individus humains selon qu'ils bénéficient de leurs efforts communs, est capable de trouver ou de comprendre si on le lui propose. Le domaine de la foi, au contraire, est le domaine de ces vérités que Dieu seul connaît en propre ou de cette explication des faits qui ne se trouve que dans le secret le plus intime des conseils divins. Ceux-là donc qui se confinent dans le seul domaine de la raison, ou qui n'ont connu que les vérités appartenant à ce domaine, demeurent privés de tout un monde de vérités, autant supérieur au premier que la Raison ou l'Intelligence divine et sa Sagesse l'emportent sur la raison ou l'intelligence et la sagesse de la créature. Saint Thomas, dont nous avons dit, au sujet du domaine de la raison, en ce qu'il a de plus profond ou de plus relevé, qui est le domaine de la raison philosophique, — qu'il l'avait fait sien tout entier, avec une merveilleuse pénétration et une non moins admirable docilité, se mettant à l'école de tous les maî-

très de cette raison philosophique, et surtout à l'école du plus grand d'entre eux, Aristote, — a fait sien, aussi, avec une docilité plus absolue encore et une avidité bien autrement insatiable, toutes les vérités qui sont du domaine de la foi. Il a connu les Livres saints, tous les Livres saints ; il en a accepté le témoignage dans son absolue intégrité et dans sa vérité la plus authentique. Tout ce que ce témoignage contient de vérité transcendante et divine, il l'a recueilli, s'en est nourri, et en a fait, comme il avait fait, dans un ordre inférieur, du témoignage des représentants de la raison, la moelle de son esprit; si bien qu'à la lettre, nous pourrons dire de lui, ce que très probablement on ne pourrait dire au même degré ou dans la même perfection, d'un autre génie humain, qu'il a été pétri de raison et de foi.

Page 1