‹ Initiation thomisteChapitre 5 sur 46 · ELLE EST LE GARA:NT INFAILLIBLE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

ELLE EST LE GARA:NT INFAILLIBLE DE LA VÉRITÉ

DANS l'cELVBE THÉOLOGIQLE DE S. THOMAS

I, dans l'ordre de la raison, un certain magistère est nécessaire parmi les hommes, il humain. ne l'est que d'une certaine manière, ou à certains égards. Il ne l'est jamais d'une façon absolue. C'est qu'en effet, absolument parlant, la raison r humaine doit pouvoir, par définition, atteindre Lpar elle-même ce qui est de son domaine. Il est vrai qu'elle pourra, accidentellement, se trouver empêchée en tel ou tel sujet ou en tel ou tel groupe de sujets humains, soit à cause de l'âge, soit à cause de la complexion, ou à cause des passions, ou à cause de l'isolement, soit même à cause de l'entraînement ou de l'attachement indu à des maîtres qui eux-mêmes se trompent ; mais, dans la mesure où elle s'exerce librement et selon la nature qui est la sienne avec les lois que cette nature comporte, en pleine possession p de tous ses moyens, elle doit pouvoir elle-même arriver au vrai qui est de son ordre, sinon en chacun de ses sujets, du moins à les prendre . ,~ dans leur élite.

en religion En religion, il n'en va pas de même. La reli-

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gion, selon qu'elle se prend en un sens qui la distingue de la philosophie ou de la raison, implique nécessairement et par définition quelque chose de supra-rationnel, quelque chose qui ne vient pas de la raison, mais qui vient, à tout le moins qui se donne et qu'on accepte comme venant d'une autre source, et d'une source supérieure. Car ne faire de la religion qu'un quelque chose de confus et de vague ou d'imprécis et d'irraisonné qui émergerait, parmi les hommes, d'une sorte de fonds sous-jacent à leur raison, d'une sorte de sub-con science formée de sentiment pur qui serait à lui-même toute sa clarté ou encore, comme on l'a dit, d'intuition obscure, peut bien convenir à une certaine conception de la religion, mais non à sa conception vraie. Tout sentiment présuppose une connaissance. Si cette connaissance est dans le sujet et que ce ne soit pas la connaissance de la raison, il faudra que ce soit la connaissance obtenue par les sens; et limiter le sentiment religieux à cette seule connaissance, c'est vraiment le rabaisser à un niveau trop inférieur. D'autre-, part, ce ne peut pas être la connaissance de la ; raison selon qu'elle est dans le sujet humain, ; pris individuellement ou collectivement; cari nous n'obtiendrions ainsi qu'une religion d'or-j dre philosophique. Il faut donc que nous assignions au sentiment religieux une connaissance plus haute, qui devra nécessairement être communiquée à l'homme par voie de révélation. Dès lors, un magistère s'impose ; à moins qu'on [5-71

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n'imagine une révélation qui serait directement

faite à chaque individu humain par quelque

raison supérieure extra-sensible.

"'^'^"^ Il est vrai qu'on a essayé d'une supposition La concepU'jn . »i..t-... ,. ,,..

protestante, mtermediaire. D aucuns ont dit que la religion

s'expliquait par une révélation venue d'en-Haut; mais contenue en des Livres inspirés, qui, une fois communiqués à l'homme, devaient lui suffire. C'est la conception protestante. File se heurte à l'impossibilité d'expliquer comment le sentiment religieux sera dirigé par une connaissance vraie; ce qui, pourtant, s'impose de toute nécessité. Dès là, en effet, qu'il s'agit de Livres contenant une révélation supérieure à la raison de l'homme, ces Livres ne peuvent être compris par cette raison de l'homme en ce qu'ils ont de supérieur à elle. Bien plus, même en ce qu'ils pourront avoir d'accessible à la raison, étant donné la diversité de capacité parmi les hommes, il y aura diversité d'interprétation ; et, par suite, possibilité d'erreur. A moins donc que l'Auteur même de ces Livres, par son action intérieure, ne prévienne l'erreur, en assistant individuellement et infailliblement chaque sujet humain, la vérité de la religion, et, par conséquent, son être même, se trouvera continuellement en péril. Et, sans doute. Dieu aurait pu assister ainsi chaque être humain dans la lecture des Livres inspirés. Mais, s'il l'avait fait, s'il le faisait, tous les êtres humains s'entendraient sur le sens à donner à ces Livres en toutes leurs parties. Il est manifeste que cela n'est pas. Donc ce n'est pas de la [58]

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sorte que Dieu a établi la religion parmi les hommes.

D'ailleurs, la nature même de l'homme, fait ^T^^'^^^

. , , , , . „« I^e magistère

pour vivre en société, demandait que ce tut par catholique. voie d'autorité sociale que la vérité de la religion — existe et se conserve parmi les hommes. Et c'est là très exactement la conception catholique. Tout catholique reconnaît une autorité, supérieure à lui, qui intervient, au nom même de Dieu, pour veiller à la parfaite intégrité de la révélation contenue dans les Livres inspirés. Intervenant au nom même de Dieu, et garantie par Lui, cette autorité sera infaillible dans la solution qu'elle pourra être amenée à donner, en dernier ressort, pour dirimer toute controverse soulevée au sujet de la révélation. 11 faut nécessairement qu'il en soit ainsi ; sans quoi la vérité de la religion ne pourrait être assurée parmi les hommes.

Un mode d'exercice de cette autorité, de tout ., ~

. , . . , .11. Les conciles.

temps accepte par tous, parmi les catholiques, ., OuC^

consiste en la détermination prise d'un commun < ' ^ ''^ > accord et sous l'autorité suprême du Chef de l'Église, qui est le Pontife romain, dans la réunion plénière ou générale de ceux qui sont préposés au gouvernement des fidèles. Cette détermination, quand elle est définitive, et qu'elle porte sur un point de doctrine intéressant directement ou indirectement le dépôt de la Révélation, a toujours été, par tous, dans l'Église, tenue comme l'expression infaillible de la vérité : pour la raison indiquée tout à l'heure, et qui

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demande, en effet, que l'autorité préposée par l'Auteur de la Révélation, à la garde de cette Révélation, soit assistée par Lui, dans ses déterminations définitives, de telle sorte qu'elle ne puisse jamais errer.

Mais un autre mode d'exercice de cette autorité infaillible pouvait encore se concevoir et exister. C'était celui qui supposerait un seul sujet doté de la prérogative de l'infaillibilité. Et, assurément, il n'est pas plus difficile à Dieu, l'Auteur de la Révélation à sauvegarder, d'assister, pour qu'il n'y ail pas d'erreur dans la pensée commune de son Église ou de ses fidèles, en ce qui est de sa Révélation essentielle, portant sur ce qu'il faut croire et pratiquer à l'effet d'atteindre la fin surnaturelle marquée par Lui à tous les êtres humains, — un seul homme, que d'en assister plusieurs réunis. On dirait même, s'il était permis de s'exprimer de la sorte, que c'est là chose plus naturelle et plus simple. Ce sera d'ailleurs nécessaire, si la société qu'est l'Église, doit être conçue, non comme instituée par Dieu sous la forme démocratique ou aristocratique, mais sous la forme de monarchie. En ce cas, en effet, tout acte d'autorité suprême, dans l'Église, sera le fait, non pas de la collectivité, ou même d'une élite, mais, strictement et au sens le plus formel, d'un seul, qu'il agisse par lui-même, ou qu'il s'entoure du conseil et même des suffrages de tels ou tels de ses subordonnés, pris soit isolément, soit en groupe. Avec cette conception de l'Église, la prérogative de [60]

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l'infaillibilité affectera proprement le Chef de cette Église, qui est, de l'avis de tous, le Pontife romain; et elle ne se retrouvera dans les autres parties de l'Église, qu'en dépendance du Souverain Pontife. Depuis le concile du Vatican, la conséquence que nous venons de dire a été mise hors de tout doute parmi les catholiques.

Elle était d'ailleurs assez manifeste pour que =

saint Thomas, au treizième siècle, la considérât ^Tl'ÉgUse!^ comme parfaitement acquise et réglât toujours, d'après elle, son attitude de croyant et de théologien. Pour lui, dès que l'Église, et il entendait par là l'autorité des Pontifes romains au sens que nous venons de préciser, intervenait pour fixer un point de doctrine quelconque, de façon à l'imposer ou à l'interdire, par mode de sentence délSnitive et , irréformable, à tous les fidèles, la vérité ou la \ fausseté de ce point de doctrine ne pouvait plus être mise en question. L'intervention de l'Église constituait la ligne très pure qui délimitait à tout jamais la vérité et l'erreur. Il ne doutait pas et ne pouvait pas douter que ce que l'Église avait dit être vrai, ne fût vrai, en effet; et que ce qu'elle avait dit être faux ne le fût irrévocablement. Dès lors, sa puissance et sa liberté de pensée s'en trouvaient accrues dans des proportions sans mesure. Tandis que les hérétiques ou tous ceux qui ne bénéficiaient pas de l'autorité de l'Église demeuraient embarrassés et comme perdus en des doctrines qui les absorbaient et qui les retenaient dans l'erreur, lui, fermement établi dans le domaine du vrai, par [61]

l'autorité infaillible qu'il révérait, concentrait tout son génie soit à explorer en tous, sens le domaine qui était désormais le sien et dont il ne pouvait craindre d'être jamais dépossédé, soit à convaincre de leur erreur tous ceux qui s'égaraient au dehors.

^^'^^ De là cette assurance de saint Thomas, qui le du Maître. ^^^^ ^c prononcer avec tant de netteté sur toutes les questions. Il n'a rien de la timidité de l'homme qui hésite sur toutes choses et n'ose jamais aflBrmer ou nier, comme s'il n'était sûr de rien ou que rien ne pût être tenu pour vrai ou pour faux. Toutefois, ce n'est pas non plus à la légère ou témérairement qu'il nie ou affirme au sujet d'un point quelconque. Ce n'est qu'après avoir soigneusement considéré et pesé les raisons pour et les raisons contre, qu'il s'agisse de raisons empruntées à la raison ellemême ou de raisons tirées de l'autorité soit humaine, dans l'ordre de la philosophie, soit divine, dans l'ordre des documents de la foi, soit divino-humaine ou théologique, dans l'ordre des écrivains ecclésiastiques. Pères ou Docteurs. Mais une fois celafait, il n'a garde de laisser jamais une question en suspens. S'il la soulève, s'il l'introduit, s'il la discute, c'est toujours pour la résoudre. Il estime qu'il n'est point de procédé qui soit plus indigne d'un maître, que celui de laisser indécis l'esprit de son disciple. Tout maître doit conclure ; ou s'il ne le peut pas raisonnablement, il doit s'abstenir.

Il est vrai que pour conclure il faut savoir, [6a]

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Et, aussi bien, saint Thomas ne reconnaît-il à i personne le droit d'enseigner, s'il ne sait pas. | Mais, comment savoir, si rien ne pouvait être su. Voilà pourquoi ceux qui n'admettent pas ^ qu'il y ait quelque chose de certain, non seulement en soi, mais aussi pour l'individu humain, . doivent, s'ils sont logiques, nécessairement ex- ) dure toute action d'enseigner ou tout rôle de \ maître parmi les hommes. Mais s'il est possi- î ble à l'individu humain de savoir, et dans la mesure où il sait, il peut, il doit même, le cas ] échéant, assumer le rôle de maître. S'il ne le ; fait pas, il sera en défaut en un point essentiel, ] privant du pain de la vérité, aliment par excellence de l'être humain, ceux qu'il serait à v même d'en nourrir. De là vient que saint Thomas, pour humble et modeste qu'il soit, assu- ^ mera avec autant de simplicité que de fermeté " son rôle de maître. l Il le fera avec d'autant plus de fermeté, qu'il ^^'^^^^^ •

j . . , ,,,,., Saint Thomas

sera davantage conscient de posséder la venté, le Maître non pas seulement la vérité dans tel ou tel ordre particulier et inférieur, mais la vérité en ce qu'elle a de plus élevé et de plus nécessaire à la vie de l'homme. S'il s'agit de la vérité humaine, il a conscience de la posséder à un double titre : d'abord, parce qu'il ne procède qu'à la lumière de l'évidence, partant de l'intuition des sens et des premières notions qui constituent comme la trame de l'esprit humain ; et ensuite, parce qu'il a su se mettre à l'école des meilleurs parmi les maîtres de la raison, dont il [63]

très sûr.

Saint Thomas le Maître

par excellence.

a fait choix en pleine et parfaite connaissance de cause. Dans l'ordre de la vérité divine, il s'est fait le disciple docile du témoignage divin qu'il accepte dans son absolue pureté et intégrité, selon que les Écrivains sacrés nous le livrent; et quand il s'agira de l'interprétation de ce témoignage, il ne s'y arrêtera jamais qu'après s'être informé de l'interprétation donnée déjà par les interprètes qualifiés, que sont les écrivains ecclésiastiques, Pères ou Docteurs, ayant pardessus tout son regard fixé sur les déterminations déjà arrêtées par l'autorité suprême dans l'Église, qui est celle des Pontifes romains.

Si nous ajoutons à cela que saint Thomas a reçu de Dieu des facultés et une mission dont on peut dire, à la lettre, qu'elles sont uniques, au témoignage même de l'autorité suprême dans l'Église ; qu'il est venu au moment précis où la penséft hurpaïTif, dans l'nrHrp dp la philosophie pure, et la pensée chrétienne dans l'or- Jrë~de la foi ou de la théologie, avaient attein t Téïïr~âpogée ; que, de plus, il a eu le secret de parler une langue si sobre, si limpide, si simple et si naturelle, que même ceux du dehors peuvent facilement l'entendre, comme le remarquait un témoin au procès de sa canonisation, nous comprendrons sans peine l'intérêt exceptionnel qu'il doit y avoir à se faire son disciple.

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