Cf. La Femme contemporaine, janvier et février 190i
2. Dans un livre intitulé Pour la femme (Librairie de la Justice sociale, 12, rue Littré, Paris), M. l'abbé Naudet a passé en revue les principaux droblèmes dont l'ensemble constitue le féminisme. Ce volume, d'une documentation bien informée, très vivant, est écrit d'une plume alerte et claire : on le lit avec un croissant intérêt, et ceux mêmes qui ne sont pas toujours de l'avis du directeur de la Justice sociale, de\Taient lui savoir gré de ne point éviter les questions brûlantes.
LE MOUVEMENT FÉMINISTE. t
discussion certaines retentissantes exaspérations qui ont causé beaucoup de tort aux réclamations des féministes sapement réformateurs. « ... Les plus dariLT*^'rcux adversaires * ne viennent pas du dehors; li- danger pour le féminisme est surtout au dedans. Voilà pourquoi il est nécessaire de se mettre en garde et de ne pas le confondre avec l'action tapageuse de quelques citoyennes qui, pour mieux affranchir leur sexe, commencent à s'affranchir des lois morales, et appellent cela « émanciper ». 11 n'y a là qu'une contrefaçon du féminisme, bonne, tout au plus, à éloigner les honnêtes gens. Et ce ne sont pas des tliéories dans le genre de celles qu'expose M"* Elisa Farnham qui pourront les ramener : « Car, déclare M"° Farnham, les « jours sont venus où les hommes, race grossière et « brutale d'usurpateurs, doivent céder aux femmes « cette domination qu'ils ont exercée jusqu'ici pour € le plus c^rand mal de l'humanité. Les femmes sont « plus parfaites que les hommes, leur trempe est plus a délicate et sensible ; la femme est à l'homme ce que « l'homme est au gorille. » Tout cela, en vérité, n'a rien à faire avec le vrai féminisme. C'est malheureusement, trop souvent, sur de pareilles billevesées que beaucoup de personnes, d'esprit sage et large, condamnent tout le mouvement féministe : il est temps qu'on ne se laisse plus prendre à semblable erreur et que l'on juge sérieusement des choses sérieuses.
1. A propos des adversaires du féminisme, M. l'abbé Naudel fait une observation qui ne manque pas de piquant, mais qui sera certainement fort contcstco par les intéressées : • Le féminisme a des adversaires, écrit-il, mais on se tromperait en croyant que ces advi-rsaires appartiennent tous au M sexe fort ». Ses plus irréconciliables ennemis sont peut-être des femmes, et il faut vnir avec quel mépris souverain certaines d'entre elles parlentdes « émancipées «.Peut-être, si on consultait les maris de ces vertueuses indignées, ferait-on des constatations curieuses, et scrail-il tlonné de voir que la doctrine repousst-e en paroles est appliquée en fait dans une si large mesure (jue les pauvres maris doivent songer à réclamer leur propre émancipation. »
Si l'on veut aller au fond du mouvement féministe, on y trouvera en dernière analyse, une inspiration chrétienne. Mais il en est encore ici d'un certain féminisme comme du socialisme , ce peut être du christianisme aigri.
/ Le Christ a été le libérateur de tous les opprimés et de tous les faibles : or, avant l'Évangile, la femme était une opprimée *. Immédiatement, au regard de la loi religieuse , progressivement , au regard de la loi civile et des mœurs publiques, l'Eglise l'a relevée de sa condition dégradée. Dans un opuscule, d'une lecture attachante, M. Gabriel d'Azambuja a retracé Ce que le christianisme a fait pour la femme ^ : « ... Le Christ, dit-il, prêche le royaume de Dieu, et ce royaume de Dieu est promis à quiconque, homme ou femme, observera les commandements. Nul n'ignore la grande place que tiennent les femmes dans l'Evangile^. Jésus s'entretient avec la Samaritaine, pardonne à la femme adultère, accepte Thommage de Madeleine et la défend contre les murmures des siens. Il affectionne l'hospitalité de la famille de Béthanie. Il accueille les soins empressés de Marthe et loue les contemplations de sa sœur. Il s'apitoie sur la veuve de Naïm, sur les femmes pieuses qui le suivent au calvaire, plus fidèles que ses disciples à ce moment douloureux... Enfin toutes ces attentions pâlissent ellesmêmes à côté d'un fait capital : la naissance mystérieuse du Rédempteur et l'exaltation de la Vierge Marie au-
1. Cf. R. p. Reynaud, La civilisation païenne et la famille (Perrin, éditeur, Paris).
2. Gabriel d'Azambuja, Ce que le christianisme a fait pour la femme (Bloud et Barrai, éditeurs, Collection Science et Religion, Paris, 1899).