Cf. comtesse de Trémaudan, Jésus-Christ et la femme
dessus de toutes les créatures. » Le culte de la Viertrc contribue à faire sortir la femme de la situation humiliée où l'avait mise le paganisme.
/ La meilleure preuve que ce progrès de la condition féminine a sa principale cause dans le christianisme, c'est que nous ne le constatons que là où le christianisme a été annoncé et en proportion de l'influence sociale que le christianisme exerce. /
On en pourrait trouver une démonstration indirecte dans un ouvrage publié récemment par ^L Ch. Letourneau, sous le titre : La condition de la femme dans les diverses races et civilisations*. Ce volume contient, en ses cinq cents pages, une quantité énorme de faits et de documents relatifs à la situation féminine et au régime de la famille dans les pays non chrétiens (Afrique, Mélanésie, Polynésie. Japon, Chine, Egypte, Annam, etc.). Cet ensemble de faits, dont beaucoup sont loin d'être édifiants, laisse entrevoir à quel point la doctrine du Christ a relevé et amélioré la condition de la femme. Cette démonstration est d'autant plus frappante que l'auteur témoigne à plusieurs reprises de son hostilité à Tégard du catholicisme.
Sous l'influence de l'Eglise, peu à peu, la condition féminine s'améliora et, au moyen âge, la femme devint vraiment reine au foyer. « Et cela se comprend d'autant mieux, lorsqu'on connaît plus exactement l'état économique de cette société où le rôle de la femme était si considérable dans l'intérieur de la maison. Comme il fallait produire soi-même à peu près tout ce qu'on achète aujourd'hui, toutes les facultés de la femme se développaient sous le toit domestique et y trouvaient leur emploi. Le travail manuel n'était point
\. Ciard et Brière, éditeurs, Paris, 1903.
un passe-temps, car il fallait parfois toute une vie de jeune fille pour faire le trousseau qu'une visite au Bon Marché ou une lettre, après inspection du catalogue, uffit à réunir aujourd'hui. Cette grande utilité économique contribuait puissamment à revêtir la femme d'honneur et de dignité; aussi, par l'influence du droit chréien, avait-elle pris sa place sociale. Nous en sommes ^^aujourd'hui à entendre réclamer des droits qui étaient \ reconnus au xiii® siècle, et des réformes qui étaient en \train de s'accomplir. On pouvait même voir la femme ^K^oter comme les hommes dans les élections professionnelles et communales... » A l'appui de cette affirmation, M. l'abbé Naudet cite de nombreux faits, dont nous aurons à parler ; ils permettent de conclure que, dans la société médiévale, la femme pouvait exercer un assez grand nombre de droits qui lui sont aujourd'hui refusés ou tout au moins qu'on lui marchande parfois très âprementi • ' '
Mais,Xmesure que diminua l'influence de l'esprit chrétien, ces droits diminuèrent et disparurent lentement, tandis que la femme redevenait un être sacrifié. La Renaissance — c'est-à-dire la résurrection du paganisme dans les idées, dans les arts et dans le droit; — fut pour elle une période d'abaissement moral.
Il se trouvera peut-être des catholiques — artistes et littérateurs avant tout — pour estimer notre jugement bien sévère et pour nous traiter de barbare \ Nous leur opposerons l'opinion d'un fin lettré qui, dans quelques-unes des pages les plus profondes de son livre sur la Femme de demain ^, a mis en lumière l'œuvre néfaste accomplie par les humanistes, épris du seul culte de la beauté sensible. « La société fondée
1. Cf. de Maulde La Clavière, Les femmes de la Renaissance (Perrin éditeur, 1903).
2. La Femme de demain, par Etienne Lamy (Perrin, éditeur, Paris).
LE MOUVKMEMT FEMINISTE. 7
par le christianisme, a donc écrit M. Etienne Lamy *, avait fait, dans les honneurs de l'F^glise, dans la sollicitude du clergé, dans l'œuvre de l'éducation, dans le gouvernement de la famille, dans l'influence extérieure, une part à la femme. Dans la société fondée sur le plaisir par la Renaissance, l'homme seul apparaît : tout est fait pour lui. usurpé par lui. La femme est réduite à servir à Ihomme d'amusement dans les affaires qu'il mène seul. S'il permet qu'elle prenne quelque influence, cette influence n'est plus due aux supériorités intellectuelles ou morales, mais à la beauté du corps. Aux Blanche de Castille succèdent les Diane de Poitiers. Ainsi les premières tentatives de la femme pour relâcher les liens où le cliristianisme avait enserré sa vie n'ont rendu la femme plus libre en face du devoir qu'en la faisant plus asservie à l'homme. Le résultat a justifié l'Eglise de sa morale intransigeante. La preuve a été faite qu'il faut ôter d'abord à l'homme l'espoir de soumettre la femme à ses vices, pour que, échappant à leurs tentations, il devienne capable de, découvrir et d'aimer en elle l'être de raison et de bonté. La preuve est faite que, dans ses victoires illégitimes, l'homme n'a ni générosité ni justice, et que la femme reçoit pour toute récompense le salaire ordinaire de la faiblesse, qui est le mépris. »
Si la Renaissance ne servit point la cause féminine, la Révolution ne fut peut-être guère plus favorable à la femme, mais pour d'autres raisons. « Les hommes, observe M. l'abbé Naudet. en acquérant la liberté politique, augmentèrent encore la distance qui séparait les deux sexes et prirent une influence absolument prépondérante dans l'organisme social. On remarque,