CHAPITRE II
I. Une distinction nécessaire : mouvement féministe et action féminine. — Le mouvement féminin catholique en France. — Le Congrès de 1900. — Dans le salon de M"* la baronne Piérard. — L' • Action sociale de la femme ». — Efflorescence de ligues féminines. — II. Autour du Féminisme chrétien. — Le premier Congrès Jeanne d'Arc. — Les questions discutées : l'éducation de la femme. — La • petite bête pieuse • de M. Marcel Prévost. — L'urgence des œuvres sociales féminines : une énumération instructive. — La note féministe donnée par... des hommes. — III. L'action féminine catholique hors de France. — En Belgique. — En Allemagne : • l'Union des femmes catholiques allemandes -. — Une université féminine sociale. — En Italie. — Une parole de Pie X.
Il y a aujourd'hui, en F'rance, un mouvement féministe catholique ou, plus exactement, une action féminine catholique. Les deux expressions ne sont pas tout à fait synonymes. Une très judicieuse remarque de M™' la vicomtesse d'Adhémar permettra de noter les nuances de sig-nification : « Une diiïérence capitale, écrit en effet l'auteur de La Femme catholique et la démocratie \ distingue le féminisme en France et en
1. Cf. Ticomtcsse d'Adhémar, La Femyne catholique et la démocratie fratiçaise (Perrin, éditeur, l'aris), p. 278.
Amérique. En Amérique, le féminisme embrasse presque toute l'action féminine ; en France, l'action féminine agit en dehors du féminisme. » Jusqu'à présent, nous avons des catholiques françaises, de plus en plus nombreuses, qui font de l'action féminine très intense, mais, en dehors du groupe de M"<^ Maugeret, nous n'avons guère, à proprement parler, de féministes catholiques. Il est vrai qu'au train où vont les idées, les choses peuvent rapidement changer.
En France, le mouvement féminin catholique s'est dessiné depuis six à sept ans \ Une de ses premières manifestations fut le Congrès de 1900, que M°^« de Bully présida et au cours duquel furent dites d'excellentes choses ^. Vers la même époque, sur l'invitation de M™^ la baronne Piérard , les élégantes du Paris charitable et religieux furent appelées à venir entendre des conférences, données par des maîtres de la parole : il eût certes été difficile, pour ces dames, de faire plus agréablement leur éducation sociale qu'en écoutant un Brunetière, un Etienne Lamy, un Doumic ou un Jules Lemaître. Mais, si vastes qu'ils soient, les salons hospitaliers de Thôtel Piérard ne pouvaient contenir qu'une élite ; quelques-uns des conférenciers songèrent donc au grand public qui n'avait point été convié, et, à son intention, réunirent en volume ^ les causeries qui avaient charmé, en l'instruisant, un auditoire féminin, difficile à satisfaire.
1. Cf. Le Réveil de l'action féminine en France, par M"» H.-J. Bninhes {Association catholique du 15 novembre 1902) et l'article de M"« M. Maugeret dans l'Univers du 20 février 1903 sur le Féminisme chrétien.