‹ Initiatives fémininesChapitre 16 sur 94 · Cf. p · texte numérisé non relu

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3. Ce volume a été publié à la librairie Fontemoing (Paris, 1903) avec une introduction de M. G. Goyau , sous le titre Idées sociales et Faits sociaux. Il contient les conférences de MM. G. Blondel, A Souchon, Martin Saint-Léon, Charles Combes, Dufourmantelle et Emmanuel Rivière.

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Les réunions de la rue d'Athènes créèrent un mouvement d'opinion : beaucoup de femmes du monde comprirent qu elles avaient un rôle sérieux à jouer dans la société et que, partant, leur responsabilité était engagée. « Il y a des traits de lumière, écrit M.G.Goyau, qui lorsqu'ils ont fait brèche dans les cerveaux, font brèche dans les existences ». Or, ces entretiens avaient été pour beaucoup d'âmes de vrais traits de lumière : il fallait songer à grouper et à orienter pratiquement ces dévouements féminins qu'avait suscités l'appel des prédicateurs laïques. Avec la collaboration de quelques amies. M°" Chenu fonda l'Action sociale de la Femme * qui devint un centre extrêmement actif de vie intellectuelle et de renseignements : conférences, publications diverses, petites réunions d'étude, tout est organisé en vue de soutenir et de diriger un mouvement qui se présente sous d'heureux auspices , tout est surtout organisé afin de fournir un appui efficace aux femmes d'oeuvre, à toutes celles qui, dans le milieu où Dieu les a placées, veulent faire « quelque chose - ». Par l'iniluence de V Action sociale de la Femme y il a déjà été donné, tant à Paris qu'en province, plus de 500 conférences ayant pour but l'éducation sociale de la femme française; le secrétariat a répondu à 6.000 demandes de renseignements et s'est mis en relations avec deux cents villes.

Peu à peu, d'autres ligues ou associations féminines se sont constituées à Paris, se proposant, toutes, d'aider leurs adhérentes à remplir leur devoir social, mais se faisant peut-être de ce devoir social une conception légèrement divergente. C'est, par exemple, le cercle

1. Le secrétariat de V Action sociale de la Femme est situé 61. rue du Hocher, Paris. — Le Bulletin publie l'in-cxtenso ou le résumé des confcrences, ainsi que des renseignements pratiques.

•1. Cf. V Action sociale des femmes, par M. l'abbé Piolet {Correspondant, 10 juillet I90i).

Tradition-Progrès, ouvert par ■M™^ la comtesse de Brissac et où prirent la parole le Père de Pascal, dom Besse, MM. de Lamarzelle, Boyer de Bouillane, Delaire, le marquis de Rosambo, le comte Mayol de Luppé : le nom des orateurs suffît à indiquer les tendances politiques du groupe.

C'est aussi la Ligue des Françaises présidée par M"^ la comtesse de Saint-Laurent, c'est encore Y Association patriotique du Devoir des Femmes Françaises * qui a inscrit en tête de son programme la lutte contre la Franc-Maçonnerie. C'est enfin la Ligue patriotique des Françaises^, qui seconde les efforts de V Action libérale populaire et qui donne, comme but pratique à ses associées, la diffusion des œuvres sociales. Elle organise, à Paris et en province, quantité de conférences au cours desquelles, maintes et maintes fois, M™^ la baronne Reille et d'autres « oratrices » ont éloquemment défendu la cause des libertés religieuses.

A côté de ces organisations parisiennes qui rayonnent sur la France entière, il s'est créé en certaines régions des associations complètement autonomes qui sont une très vivante manifestation du mouvement féminin chrétien. Nous citerons, dans le Centre, V Union des Femmes chrétiennes de la Loire ; dans l'Est, à Reims, la Ligue des Femmes rémoises, et à Nancy, la Ligue des Femmes lorraines. Tous ces groupements sont extrêmement agissants et sont loin de se désintéresser des questions politiques (ce mot étant pris, il est vrai, dans le sens le plus large et le plus élevé) : ils s'occupent

1. Sous la direction de M^^ F. Dorive, le Devoir des Femmes françaises publie un intéressant bulletin mensuel. Les bureaux du Devoir des

femmes françaises sont situés 182, rue de Rivoli, Paris.

2. Cf. Guide Social de l'Action populaire pour i905, cf. p. 110. Les bureaux de la Ligue patriotique des Françaises sont situés 53, rue de Vauglrard, Paris.

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notamment de la diffusion des journaux ' et tiennent de nombreuses réunions qui ont souvent pour but d'éclairer les électeurs sur leurs vrais intérêts. On peut dire, en toute justice, que ces dames remplissent admirablement leurs devoirs de citoyennes d'une libre démocratie et qu'elles donnent la preuve de l'aptitude des femmes à se dévouer utilement à la chose publique : cette double démonstration n'est point pour nous déplaire.

En dehors de ces ligues, dont plusieurs ont quelque couleur politique, alors même que leurs comités directeurs s'en défendent de très bonne foi, il s'était formé, il y a déjà de nombreuses années, autour de M"* Maugeret et de sa hardie revue le Féminisme chrétien, un groupement de femmes, uniquement animées de préoccupations religieuses et sociales : aux féministes anti-catholiques, elles voulaient montrer qu'on pouvait rester fidèle à l'Église tout en soutenant les justes revendications féminines.

C'est ce groupement — quelque peu élargi — qui eut ridée et accepta la charge de réunir, au mois de mai 1904, le premier Congrès Jeanne d'Arc. Ce congrès tint ses séances à l'Institut catholique de Paris, sous la présidence de M^"" Péchenard.

Deux points surtout occupèrent les congressistes : d'abord, la nécessité pour la femme d'une sérieuse formation intellectuelle et religieuse ; en second lieu,

1. Dans cet ordre d'idées, nous signalerons l'excellenle organisation de la iVfsse pour tous, que préside M™« Taine. Elle groupe plus de 20.000 adliéronts, envoie 17.000 jouruaux lus et a pris plus de a.OtK) abonnements directs à des journaux de Paris et de la province (Cf. l'intéressant article de R. Pinon dans le Guide Social pour i005, p. IIG .

l'urgence pour les chrétiennes de s'adonner aux œuvres sociales et populaires^.

Le premier point fut remarquablement traité par deux prêtres des plus distingués, M. l'abbé Sertillanges, qui prononça le discours à la messe d'ouverture, et M. le chanoine Lagardère, qui parla de V Éducation de la femme au XX^ siècle. Tous deux s'accordèrent à regretter l'insuffisance de la formation religieuse de beaucoup de catholiques.

On nous permettra de faire quelques courtes citations; elles marqueront plus nettement la portée et l'orientation du congrès Jeanne d'Arc.

Voici, entre autres choses, ce que déclarait l'éminent professeur à la Faculté de théologie de l'Institut catholique de Paris ^ : « ... Dune façon générale, je ne puis m'empêcher de dire que la formation religieuse de la jeune fille est déplorable. On fait appel aux sensibilités, aux imaginations, à une certaine générosité dont les mobiles sont parfois très futiles ; mais les convictions fermes, éclairées, mises prudemment à l'épreuve des contradictions qui, dès le lendemain, s'abattront sur ces pauvres cerveaux sans défense; la générosité vraie, parce qu'elle s'appuie sur des motifs de fond et que sa portée dépasse la prochaine récompense ou le prochain ruban, qui sait les insinuer au cœur? Le fer manque au sang de la femme, disent les physiologistes : le bronze manque à son âme, et n'est-ce pas un peu la cause pour laquelle ses fils si facilement lui échappent, en échappant au Christ, ne trouvant point en elle cet appui du dedans qui ferait équilibre aux mauvaises influences du dehors? Dans un couvent de jeunes filles, on parle médailles ou scapulaires, bou-

1. Les bureaux du Féminisme chrétien softt situés 19, rue Bonaparte, Paris.

2. Cf. Compte rendu du premier Congrès Jeanne d'Arc, p. 14 et suir.

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quets à la Vierge et retraites à huis clos : on connaît moins le Sermon sur la Montagne, et quand le plein air de la vie vous saisit; quand le sourire atteint ces pratiques dont vous-mômes ne sauriez prouver la valeur, que peut-il demeurer d'une formation prétendue qui nest qu'un puéril babillage? Les grands vents du dehors ont vite fait de balayer cordons et banderoles, et il ne reste rien que des routines, au fond de certaines âmes dépeuplées de leur Dieu. »

C'est en se plaçant à un point de vue un peu différent, que M. le chanoine Lagardère formulait des observations cependant analogues : « ... Il faut le dire très haut et comme en rougissant, déclarait-il, dans nos temps de controverse et de critique à outrance, nous nous sommes attardés trop longtemps à user de la méthode d'affirmation, sans nous donner la peine d'y ajouter la preuve. Nous n'avons pas eu le courage de soumettre l'intelligence de la jeunesse aux virils exercices de la discussion. Et voilà pourquoi nous avons formé des âmes qui « croient croire » et qui cessent peu à peu de croire, sous l'empire de cette crise subie à ciel ouvert, à laquelle l'éducation de serre chaude ne les avait point préparées. Il est temps de changer de méthode... »

Les critiques formulées par M. l'abbé Sertillanges et M. le chanoine Lagardère pourront paraître sévères, exagérées, et peut-être un peu trop générales ; libre à chacun de les discuter, mais on sera, je crois, unanime à conclure qu'il est plus que jamais indispensable de donner à la jeune fille une solide formation religieuse. Dans La plus faible, Germaine de Maucombe déclare sentimentalement quelle est une « petite bête pieuse * » — ce qui ne l'empêche pas d'ailleurs de

i. Cf. La plus faible, acte IV. scène vi.

vivre de façon fort peu correcte avec Jacques Nerval. L'éducation catholique ne doit pas former les « petites bêtes pieuses », chères à M. Marcel Prévost : il nous faut des femmes qui sachent mettre leur vie d'accord avec leurs croyances religieuses et qui aient vraiment l'âme et le cœur chrétiens ^ Il y en a — et beaucoup certes ; mais il n'y en aura jamais trop. Donc, nécessité pour les femmes d'une sérieuse formation religieuse, morale et intellectuelle, ce fut la première conclusion des congressistes à laquelle il serait difficile de ne pas adhérer.

La seconde question qui a préoccupé ou plutôt qui a passionné ces ardentes catholiques réunies en congrès, c'est l'urgence des œuvres sociales d'apostolat. Presque toutes les communications ont porté sur des sujets de cette nature. Voici, par exemple, les titres de quelquesuns des rapports présentés : Ligue des Acheteurs (M™^ Klobb), Devoir social de la femme du monde envers la femme ouvrière (M™* Gautier-Lacaze), Syndizat de l'aiguille [W-^^ Cussonnier) , Mutualités (jyjme Willemain), Syndicat des femmes professeurs et compositeurs de musique (M"® Daubresse), les Patronages (M"^® Duhamel), Conférences-Projections (M™^ Ménard), le Travail des femmes (M"^ de Grandpré), les Ecoles ménagères (comtesse de Diesbach), Ecoles d'agriculture pour femmes (M™^ Gouthéraud), le Rôle social des femmes dans l'Œuvre des jardins ouvriers (M"^® Changeux), Infirmières laïques (M™® Dupuis), Ecoles d'infirmières (M™** Leroy-xA.llais).

Cette énumération contient la plupart des rapports lus et discutés au Congrès : inutile d'insister sur ï'ins-

\. On retrouve la préoccupation de cette solide formation morale dans les rapports de M"* de Kerbrune sur l'Éducation de la volonté, de M°« de Rumford sur la Ligue du sacrifice, de la comtesse de Vasselot sur la Religion de l'Action et de M"* de Laas sur La lutte contre la démoralisation intellecluelle.

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piration éminemment sociale qui a fait choisir les sujets traités. Mais, même dans les autres communications qui n'étudient pas monographiquement une institution spéciale, on retrouve les mêmes préoccupations sociales. Lisez-en plutôt les intitulés : Lutte contre la Franc-Maçonnerie (M"' Fr. Dorive), Lutte contre quelques préjugés {^["''Diiclos], Traditions nationales (M"* Maugeret), le Féminisme aux États-Unis (M°* Bentzon), Organisation des Ligues de Femmes (M"* Deglin), Ligue des Françaises (comtesse de Saint- Laurent), Droit de Pétition (M"" Charaux), les Œuvres de presse (M'"® Boursier).

Il est enfin une dernière catégorie de communications qui, au congrès Jeanne d'Arc, ont accentué le caractère féministe. Mais, chose piquante, ces communications ont été faites par... des hommes. M, Thaller a parlé de V extension des droits de tutelle, M. Boyer de Bouillane du dii^orce, M. Chénon des Droits pécuniaires des femmes au XI 11^ siècle et au XX^ siècle, enfin M. Terrât a présenté quelques observations sur l'esprit général du code civil relativement aux droits de la femme. Ainsi donc, dans ce congrès féminin, la note féministe a surtout été donnée par les représentants du « sexe fort », nouvelle preuve de ce que nous disions au début de ce chapitre : il y a, en France, un mouvement féminin catholique, qui devient chaque jour plus fort sans être encore bien coordonné, mais il n'y a peutêtre pas vraiment un mouvement féministe catholique.

Si nous sortons de France *, nous constaterons éga-

\. Sur le mouYement féministe à l'étranger, on peut lire, entre autres choses, les artirles suivants : Le Mouvement féministe en Angleterre^ par M»» G. FawceU {Revue politique et parlementaire, août lSU6j; le

lement, chez les catholiques, l'existence d'un mouvement féminin qui se développe et l'absence à peu près totale d'un mouvement nettement féministe.

En Belgique, les œuvres féminines tiennent une place de plus en plus grande dans la vie catholique. Au cours de plusieurs récents congrès, une section spéciale leur a été réservée ^ L'an passé, à l'assemblée annuelle de la Ligue Démocratique, M""^ Desneuve de Lespoul, faisant un rapport sur les mutualités, a conclu à la nécessité pour les femmes d'industriels de s'occuper d'œuvres intéressant les ouvriers de leur mari.

En Allemagne, le mouvement féminin prend une grandissante extension -. On vient, en effet, de constituer « rUnion des femmes catholiques allemandes ».

C'est au Congrès de Cologne, en 1903, que la nécessité d'un y olksverein féminin fut envisagée parles chefs du Centre ^. La question fut soumise à la conférence épiscopale de Fulda et la réponse des évêques fut celle-ci : « L'épiscopat considère l'entreprise avec bienveillance, mais garde vis-à-vis d'elle une attitude expectante : que les femmes continuent à travailler. »

Elles travaillèrent si bien qu'une année leur suffit pour former des groupes dans de nombreuses villes.

Mouvement féministe en Italie, par M^e Émilia Mariani (td., septembre 1897); le Mouvement féministe en Australie (id., mars 1898); le Mouvement féministe aux États-Unis, pav^ii'^^ Hanson Robinson(td., aoûtl898); le Mouvement féministe en Allemagne, par M""* L. Braun-Gizycki (ïd., avril 1899); Un congrès féministe Scandinave, parM°* Emma Lucht (Le Mouvement socialiste, 13 août 1902).

1. Cf. Pourquoi les chrétiens doivent être féministes, par M"» Louise Van den Plas (Bruxelles). >"ous signalerons également la revue mensuelle le Féminisme chrétien en Belgique (Bruxelles, 19, rue du Rouleau).

S. Le 22 mai 1904, s'est tenue à Berlin une assemblée générale des institutrices catholiques d'Allemagne; JF« Holz y parla des devoirs des personnes instruites à l'égardde la Jeunesse abandonnée, iV^* Schmilz de Véducation du sentiment maternel chez la jeune fille, M"» la doctoresse Knurr de la santé des Institutrices.

3. Cf. une étude de M'»^' H. J. Brunhes et P. Froment, parue dans VAssociation catholique du 15 janvier 1903.

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Le 16 décembre 1903, l'Union féminine était fondée et entrait en activité. Son but est de relier toutes les œuvres catholiques et d être « le mur solide et divin » qui les protège : elle se mit en relation avecles œuvres et organisa avec les chefs un programme d'action commune. L'idée d'un Congrès général fut adoptée, de part et d'autre ', et, le 6 décembre 1904, se tint à Francfort la première assemblée de VUnion des femmes catholiques.

Le congrès fut important tant par le nombre des assistantes que par les sujets traités 2. On y rechercha « ce que peuvent faire les femmes catholiques allemandes pour les deux millions d'ouvrières occupées en Allemagne » ; on y étudia la situation des femmes employées dans les magasins, ainsi que la condition des femmes qui sortent de prison; on y passa en revue les œuvres de protection de la jeune fille et Ion y discuta les questions relatives à l'éducation féminine.

Mais, de toutes les idées qui furent développées et de toutes les résolutions qui furent prises au Congrès de Francfort, la plus féconde est assurément celle qui a trait à la nécessité d'une sérieuse préparation : la femme qui veut pratiquer l'action et coopérer aux réformes ouvrières doit avant tout se former elle-même au point de vue social. Cette obligation a été nettement formulée dans le rapport de M"* Gnauck-Kùhne. « Ce rapport expose d'une façon précise ^ l'utilité et à la fois la difficulté de l'action féminine, étant donnée l'ignorance pratique et tliéorique de la femme soi-disant cultivée : si l'Union féminine veut entrer en rapport avec le monde des ouvrières, il lui faut acquérir certaines connaissances spéciales dont l'absence pourrait

1. En novembre 190A, la Frauenverein comptait déjà 1478 membres.

± Cf. Univers, 17 décembre 1904.

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