Cf. Le Féminisme français, t. I*', p
dent certains féministes. Dans un très grand nombre de professions, il arrive, en effet, que travaillant le même temps et aux mêmes pièces que Thomme, l'ouvrière est dans l'impossibilité physique de fournir la même quantité d'ouvrage. C'est un fait généralement admis de tous ceux qui ont l'expérience des labeurs industriels. Dans ces conditions, même en appliquant le principe de justice opportunément défendu par les féministes, il n'en arrivera pas moins neuf fois sur dix que le salaire féminin sera quelque peu inférieur au salaire masculin.
Nous comprenons que les intransigeantes du féminisme s'irritent d'un tel étai de choses.
Mais leur indignation ne saurait cependant triompher d'une loi de la nature. Dans le plan divin, la femme a une sublime mission à remplir, et dans son être comme dans sa vie, tout est subordonné, ou devrait être subordonné, à ce qui est normalement son rôle : la maternité.
Cette mission suffirait à elle seule à justifier les mesures de protection que le législateur a prises en faveur de l'ouvrière ' : dans la femme qui travaille à l'usine ou à l'atelier, la société doit, avant tout, protéger la mère.
Or, chose à la fois curieuse et affligeante, la législation protectrice du travail féminin n'a peut-être pas d'adversaires plus acharnés que les féministes. Dans
1. Dans la troisième partie de cet ouvrage, consacrée au Travail de la femme, nous étudions en détail ce qui a trait à la protection légale des ouvrières (Cf. p. loi et suiv.) ; mais, ici, dans cette vue d'ensemble du Mouvement féministe, nous ne faisons qu'indiquer le contenu du programme économique des féministes et en relever quelques lacunes regrettables.
ses éludes sur les Femmes et le mouvement social\ M"* H.-J. Brunhos nous en donne une précise démonstration. Il n est pas de congrès consacré à la revendication des droits des femmes où l'on n'ait réclamé la suppression de toute loi protégeant spécialement leur labeur.
Sur ce point, nous avons eu le regret de constater que les chrétiennes ne faisaient pas toujours exception. Et cependant les féministes catholiques devraient se souvenir des enseignements de l'Encyclique Herum novarum. Ne lisons-nous pas, en effet, dans cette charte du monde du travail : « Ce que peut réaliser un homme valide et dans la force de làge, il ne serait pas équitable de le demander à une femme ou à un enfant. L'enfance en particulier — et ceci demande à être observé strictement — ne doit entrer à l'usine qu'après que l'âge aura sutlisamment développé en elle les forces physiques, intellectuelles et morales; sinon, comme une herbe tendre, elle se verra flétrie par un travail précoce, et c'en sera fait de son éducation. De même, il est des travaux moins adaptés à la femme que la nature destine plutôt aux travaux domestiques : ouvrages, d'ailleurs, qui sauvegardent admirablement l'honneur de son sexe et répondent mieux, de leur nature, à ce que demandent la bonne éducation des enfants et la prospérité de la famille. » Il nous semble que la parole de Léon XIII est formelle : pour les besognes industrielles les femmes ne sauraient être traitées de môme que les hommes, et, comme dans notre société essentiellement individualiste c'est la loi seule qui peut introduire et faire respecter des conditions générales de travail, il faut bien admettre la légitimité et la nécessité dune réglementation légale du travail féminin.
i. Cf. Association catholique, 15 janvier et is mars 1903.
Que les féministes françaises — surtout les féministes bourgeoises — protestent dans leur ensemble contre cette protection légale, c'est là un fait incontestable.
Mais quelle en est la raison?
M. Turgeon nous semble l'avoir découverte : il estime que si les féministes « repoussent la protection de l'homme, c'est moins par amour de la liberté que par haine de l'inégalité ^ ». En ceci, elles sont essentiellement françaises : nous préférons de beaucoup l'égalité à la liberté. Ce n'est pas tant contre l'intervention de l'Etat en pareille matière que les féministes protestent, mais c'est plutôt contre une intervention limitée au travail féminin. « Leur fierté, ajoute M. Turgeon, s'offense d'une tutelle qui prend des airs de commisération supérieure. » Et c'est si vrai que des congrès, après avoir réclamé l'abrogation de la loi de 1892 sur le travail des femmes, ont parfois adopté un vœu demandant que le travail de la femme comme celui de l'homme soit également protégé.
Ce n'est certes point nous qui protesterions contre une législation protectrice des travailleurs, mais — n'en déplaise à ces dames du féminisme — nous ne pouvons admettre que les ouvrières n'aient pas besoin d'une protection encore plus complète et plus énergique que celle exercée sur le labeur masculin : les êtres délicats qui, suivant une pittoresque expression, sont les « berceaux vivants de l'humanité » , ont droit à une tutelle spéciale. Il y va de leur intérêt, il y va aussi de l'intérêt de la société.
Il ne faudrait point croire d'ailleurs que toutes les féministes fussent opposées à cette protection spéciale;