Cf. Journal officiel, 9 juillet 1903, p. 4I'.)8 et suiv
loi sur les associations, sous couleur de cours, de lectures, de conférences, de causeries moralisatrices, de divertissements dominicaux, la doctrine enseignée par TÉtat, l'éducation donnée par TÉtat, peuvent être complétées et corrigées.
M. l'inspecteur général Edouard Petit ne saurait nier qu'il parle en adversaire déterminé des institutions post-scolaires catholiques qui sont pourtant — il est bien obligé de le reconnaître — parfaitement légales. Il est pour le moins singulier, on l'avouera, qu'un fonctionnaire puisse tenir un pareil langage dans l'organe officiel du gouvernement. Mais les choses en sont arrivées au point que, si nous insistions, notre étonnement finirait par étonner. Nous préférons souligner au passage l'appréciation formulée par M . E douard Petit sur les services que les patronages confessionnels peuvent rendre à l'idée religieuse : nous aurons sans doute l'occasion de rappeler les constatations de ce fonctionnaire qui est un des hauts dignitaires de la maçonnique Ligue de l'enseignement. Nous prions également nos lectrices de ne pas oublier ce qu'il rapporte du rôle des « femmes d'œuvres laïques ». N'y a-t-il pas là une indication pour toutes les « femmes catholiques » ?
Ces constatations faites, examinons, parmi les institutions officielles, celles qui présentent une plus grande importance au point de vue féminin.
Le trait commun à toutes ces institutions , c'est d'être, en quelque manière, un prolongement de l'école.
Ainsi, voici les cours d'adolescents et d'adultes : ils s'adressent à quiconque veut acquérir ou mieux compléter une instruction primaire. Il y a des cours
qui groupent les illettrés, il y en a d'autres — plus suivis — qui visent un public un peu plus instruit.
Depuis une dizaine dannées, le nombre de ces cours professés le soir par les instituteurs et les institutrices s'est considérablement accru : on passe, en effet, du chiffre de huit mille et quelques en 1894 au chiffre actuel de plus de quarante-six mille. « On peut dire, «'crit M. Edouard Petit, quà l'heure présente, il n'est pas un enfant du peuple, désireux soit de recevoir les premiers éléments de linstruction, suit de fortifier ses connaissances, qui ne trouve devant lui, tant au village qu'à la ville, un professeur du peuple désireux de lui communiquer une partie de son savoir. » Ce serait assurément parfait, si cet enseignement n'était maintes fois vicié par l'esprit antichrétien. Or. pour apprécier les tendances qui fréquemment dominent dans le corps professoral, il suffit de se souvenir des manifestations et protestations sig-nificatives auxquelles se sont laissé entraîner nombre de maîtres et de maîtresses de l'enseignement primaire : pour montrer l'étendue du danger, nous nous contenterons de dire que. l'hiver dernier, plus de quatre cent mille jeunes fj^ens ont suivi les cours du soir : à côté d'un bienfait intellectuel qu'il serait absurde de nier, que de mal a pu être causé, au point de vue religieux et partant au point de vue moral, à ces milliers d'âmes juvéniles!
Mais, dans la clientèle des cours d'adultes, il est une catégorie d'élèves qui doit particulièrement nous intéresser : ce sont les jeunes filles.
Depuislongtemps, nos adversaires s'efforcent de faire la conquête de l'àme féminine. En 1897, au Congrès «le la Ligue de l'Enseignement \ M. Léon Bourgeois
1. Sur le caractère maçonnique de la Ligue d'enseignemeot, Cf. Ta-
faisait les explicites déclarations qui suivent^ : « Nous pensons que l'éducation de la femme est une des nécessités de Torganisation actuelle, voilà pourquoi la Ligue a placé l'éducation morale et sociale de la femme en tête des vœux émis par ce Congrès ; je pourrais ajouter encore d'autres motifs. Vous savez très bien ce que sera le rôle de la femme au point de vue politique le jour où nos idées auront triomphé. Soyez tranquilles : si la femme, en France, est avec nous, si elle se sent affranchie, si elle prend conscience de ses devoirs, la République et la Démocratie seront inébranlables ; mais nous considérons que tant qu'il y aura une différence d'opinion et même d'orientation entre la femme et l'homme, il y aura péril. »
La parole de M. Léon Bourgeois fut entendue ^ : on s'occupa tout spécialement de la clientèle féminine; on multiplia pour elle les cours spéciaux et les réunions amicales. Ces efforts ont été couronnés de succès; en 1894, il n'y avait que 966 cours de jeunes filles ; l'an passé, on en a compté 15.354^ qui, paraît-il, ont été suivis par 174.000 élèves. Ce sont là des chiffres à retenir — et, sans doute, le mouvement ascensionnel n'est pas près de s'arrêter.
Le rapport de M. Edouard Petit donne quelques détails intéressants sur cet enseignement féminin, malheureusement il reste muet sur le point qui surtout nous préoccupe.
vernier, La Morale et l'Esprit laïque, p. 62, etGoyau, L'École d'aujourd'hui, p. 53 et suiv.
i. Cf. Bulletin de la Ligue de l'Enseignement, septembre 1897, p. 380.
2. Dans son rapport de 1899, M. Edouard Petit écrivait : « Jeunes ouvrières, jeunes paysannes reviennent volontiers à l'accueillante maison d'école. Ce que gagnera l'esprit de progrès à la méthodique conquête de la clientèle féminine, on le reconnaîtra promptement. »
3. Ce nombre s'est encore accru ; l'an dernier, il y aurait eu 16.659 cours de jeunes lilles (Cf. Journal officiel, 49 octobre 4904, p. 6247).
Les cours d'adolescentes, note M. l'inspecteur général, comme les cours d'adultes pour garçons, peuvent se diviser : en cours d'illettrés (le nombre des femmes illettrées est considérable et une statistique révélerait des résultats affligeants), cours de révision, cours de perfectionnement.
Les cours spéciaux sont peu nombreux, sauf dans les villes où fonctionnent des cours d'anglais, d'allemand, de comptabilité commerciale, de sténo-dactylograj)hie, etc. Dans les centres urbains comme dans les campagnes, on fait leur place et largement à l'hygiène, aux travaux de l'aiguille, à la puériculture qui a été fort en honneur cette année (Paris, Aisne, Gironde, etc.).
Les cours techniques sont représentés un peu partout par des cours d'enseignement ménager et d'économie domestique, qui sont organisés de façon méthodique et continue, soit par les municipalités, soit par les sociétés d'instruction populaire, soit par les associations d'anciennes élèves et les patronages. La cuisine, hier encore si délaissée, est enseignée pratiquement, par l'utilisation des cantines scolaires, des poêles-fourneaux, etc,
A lire tous les rapports de MM. les inspecteurs irrimaires, on se rend compte que ce qui était hier ébauche, tentative hardie, est aujourd'hui liabitude constante et généralisée. Institutrices comme adolescentes ont compris toute l'importance des exercices pratiques se rapportant aux connaissancesindispensables à l'ouvrière et à la ménagère. Cet état d'esprit a profité à la vulgarisation de Y Œuvre du trousseau que les grandes villes adoptent successivement et qui pénètrent aussi dans les campagnes.
Et M. Edouard Petit ajoute les observations suivantes qu'il n'est peut-être pas mauvais de lire entre les lignes, si du moins Ton veut en comprendre toute la portée :
L'éducation morale et sociale n'a pas été non plus négligée. Peut-être importe-t-il d'y insister plus enct>re pour la jeune fille et pour la femme que pour l'homme, qui a plus d'occasion de se former au dehors, de prendre contact avec ses semblables. L'isolement auquel trop souvent la femme
est condamnée la prédispose à l'indifférence, au repliement sur soi ou bien à la rêverie mystique. Or celle qui sera l'éducatrice de l'enfant doit être initiée aux complexes et troublants problèmes de la vie collective dans la cité. Elle ne peut-s'en désintéresser sans qu'il y ait divorce entre sa mentalité et celle de son associé dans l'union pour l'existence... Aussi les cours d'adolescents, par la lecture, la causerie, la discussion, s'ouvrent-ils de plus en plus aux leçons d'histoire contemporaine, d'enseignement civique, de morale sociale, de législation spéciale à la femme, etc.
Les réunions de jeunes filles s'ajoutent aux cours proprement dits, les complètent, étendent leur action. Elles ont lieu les après-midi du jeudi, surtout du dimanche.
Elles ont même caractère que le cours, avec quelque chose de plus intime et spontané, de plus familial, de plus pratique encore. Le chant, les jeux y servent d'intermèdes au travail scolaire, surtout aux exercices de couture, de coupe et de cuisine.
Par ces quelques lignes, on peut juger de ce qui est fait actuellement pour attirer le public féminin aux cours du soir : outre les dangers moraux que peuvent présenter ces sorties, il y a lieu de redouter pour les jeunes élèves l'influence antireligieuse de telle ou telle institutrice, influence qui sera souvent d'autant plus active qu'elle s'exercera avec le prestige et sous le couvert de la science. Sans doute, beaucoup de maîtresses de l'enseignement primaire ne sont pas animées d'un esprit antichrétien; il en est qui sont d'excellentes catholiques. A celles-ci on interdit toute propagande confessionnelle au nom de la neutralité — de cette neutralité qui, par contre, sert de prétexte aux « autres » pour lutter contre « l'obscurantisme ».
— Mais, objecterez-vous, on ne peut guère pratiquer l'anticléricalisme en enseignant les quatre règles ou en corrigeant une page d'écriture.
— Possible... Encore qu'il ne soit pas démontré qu'on ne puisse glisser quelque sournoise critique
des vérités religieuses dans le texte d'une dictée et surtout dans l'explication défaits historiques... Mais, nous le reconnaissons, ce n'est pas dans ces exercices que l'antichristianisme peut se donner librement carrière, c'est surtout dans les « lectures » qui sont faites au cours de la leçon pour en couper la monotonie et exciter 1 attention des élèves.
Ces lectures sont un puissant instrument de formation — et l'on comprend le mal ou le bien moral que Ton peut faire par des citations habilement choisies. Supposez que l'institutrice lise à son auditoire, en les commentant, certaines pages de Michelet, de Quinet, de Renan ou d'Anatole France : vous devinez sans peine les ravages que cette lecture peut produire dans les âmes des jeunes filles. Ces craintes malheureusement ne sont pas chimériques. M. Edouard Petit nous apprend, en effet, que « si l'hiver de 1901-1902 avait été l'hiver de Victor Hugo, celui de 1902-1903 a été dédié à Edgar Quinet ». Ce dernier choix en dit long sur l'esprit qui a inspiré les lectrices '.
Les lectures sont tellement goûtées du public qui fréquente les cours qu'on a organisé des séances spéciales auxquelles parents et amis sont libéralement invités.
Ces séances ont toujours et partout réussi. Nous ne citerons que quelques faits. « Au Havre, le succès des lectures populaires va grandissant. Des lectures ont eu lieu dans tous les cours d'adultes et dans tous les cours du dimanche pour jeunes filles : extraits de Corneille, Racine, Molière, Voltaire, J.-J. Rousseau, Chateaubriand, Lamartine, V. Hugo, Daudet, P. et V.
1. si Ion veut constater dans quel esprit se font beaucoup de ces lectures, on n'a qu'à parcourir les premières pages (consacrées a la Bible) d'un recueil d'extraits et de commentaires, publi»' à la librairie Colin par deux fonctionnaires de l'enseignement primaire, sous ce titre : Vers l'idéal laïque et républicain.
Margueritte {Désastre, Tronçon du glawé)^ Richepin (le Flibustier, le Chemineau), Edgar Quinet (Histoire de mes idées, l'Enseignement du peuple, la Résolution) La société havraise d'éducation populaire a organisé des lectures daDS 18 associations d'anciennes et d'anciens élèves. Le nombre des auditeurs dépasse 250. » A Rouen, « l'école Souchet a organisé de nombreuses séances suivant un plan très méthodique. On a analysé, avec citations de nombreux passages, des ouvrages de Victor Hugo, Anatole France, Hector Malo, Emile Zola, etc. L'analyse de l'ouvrage avait lieu en une ou deux séances. Les auditeurs y prenaient plaisir et voulaient ensuite lire le livre qu'ils avaient entendu commenter et apprécier ».
Ne croyez pas que ce soit seulement à Paris et dans les grandes villes que les lectures populaires obtiennent un si bon accueil. Dans les communes rurales, leur succès n'est pas moindre. En voici quelques exemples qu'il serait facile de multiplier. « Dans l'arrondissement de Forcalquier (Basses-Alpes), des morceaux choisis, tirés des auteurs classiques, ont été lus et goûtés. A Forcalquier, l'inspecteur primaire, renouvelant la tentative qu'il avait essayée avec succès à Albertville (Savoie), a organisé des lectures dramatiques à la manière de Maurice Bouchor. On a pu lire ainsi en entier devant un auditoire de 250 personnes (quatre fois le chiffre ordinaire des conférences) : le Cid, le Misanthrope, l'Aware. Des instituteurs et des institutrices, quelques personnes étrangères à l'école permettaient de constituer un groupe de lecteurs et de lectrices en nombre égal à celui des personnages, l'organisateur se chargeant du principal rôle. » Dans l'arrondissement de Gap, même empressement delà part du public. Dans cette région, « il existe maintenant plusieurs « équipes w de maîtres et maîtresses exer-
çant dans diiïérentes communes, qui se transportent en d autres endroits pour faire connaître aux populations les œuvres de nos grands écrivains. On a lu des poésies, des drames en vers, beaucoup de comédies, des contes, des récits en prose. Les ouvrages spéciaux composés par Maurice Bouchor ont été partout mis à contribution; en outre, plusieurs maîtres ont euxmrmes fait le travail d'adaptation nérossaire... »
Nous nous arrêtons : nous n aurions qu'à feuilleter les huit ou neuf rapports de M. Edouard Petit et nous y trouverions accumulés une multitude de faits précis qui, tous, prouveraient l'intérêt avec lequel lo public des faubourgs ou des campagnes écoute ces lectures populaires. Mais nous croyons en avoir assez dit pour produire la conviction dans l'esprit de nos lectrices. Nous voudrions être aussi persuasif lorsque nous leur demanderons d'encourager pratiquement les essais de ce genre qui sont tentés par des catholiques.
Nous avons insisté sur les cours d'adolescentes et sur les lectures populaires, qui, parmi les œuvres postscolaires, sont peut-être celles qui jouent actuellement le plus grand rôle dans la conquête de l'Ame féminine. Mais nous devons dire quelques mots de deux autres institutions dont l'action est grande sur les fillettes et les jeunes filles qui sont passées par l'école primaire. Nous serons cependant assez bref, car. en d'autres ouvrages, nous avons traité ces questions avec tout le développement qu'elles comportent. Nous ne faisons ici qu'un simple rappel.
Ces institutions, influentes sur l'esprit des fillettes, ce sont les mutualités scolaires ; ce sont aussi les asso-
dations amicales d'anciennes élèves de l'école laïque.
Voyons d'abord les mutualités scolaires.
Leur fonctionnement est des plus simples, et, si nous laissons de côté certaines particularités d'organisation, nous pouvons le décrire ainsi qu'il suit.
Ces mutualités groupent les élèves, garçons et filles, des écoles laïques, qui peuvent en faire partie dès l'âge de trois ans. Les jeunes sociétaires — ou plus exactement leurs parents — prennent l'engagement de verser dix centimes tous les lundis entre les mains de l'instituteur ou de l'institutrice.
Que deviennent ces dix centimes?
Cinq centimes sont attribués à la caisse de la société et forment un fonds commun.
Cinq centimes sont affectés à la constitution du livret personnel de retraite, qui reste la propriété de chaque sociétaire.
Le fonds commun, remarque M. F. Buisson *, est proprement le fonds de secours mutuels, celui qui permet à la société de venir en aide aux familles, en cas de maladie de l'enfant, par une indemnité de 0 fr. 50 par jour. Vu le grand nombre des membres, les cinq centimes affectés au fonds commun sont plus que suffisants. Ils laisseront, en général, un assez large excédent. Cet excédent, augmenté des dons faits à la société par des membres honoraires et autres protecteurs, est versé chaque année, tous frais payés, à la caisse des dépôts et consignations, au compte des fonds inaliénables; il constitue un capital de retraites inaliénables, qui permettra de servir des retraites de droit aux sociétaires âgés de cinquante-cinq ans et comptant quarante ans de société^.
i. Cf. le Stéctedu 4 février 1899.
3. Dans plusieurs mutualités scolaires, le fonds inaliénable a été remplacé par une autre organisation dans le détail de laquelle nous ne saurions entrer ici.
LA CONQUÉTB DE LAME FEMIMNF. 71
Restent les cinq derniers centimes.
Ceux-là sont destinés à l'épargne en vue de la retraite. Dès que le jeune sociétaire est arrivé à verser une somme minimum de 5 francs — c'est-à-direau plus tard à partir de son centième versement hebdomadaire — on lui constitue un livret personnel de retraite à capital réservé.
Telle est, dans ses grandes lignes, l'organisation des mutualités scolaires, qui réunissent les avantages de la caisse d'épargne et ceux de la caisse des retraites — sans préjudice de ceux de la société de secours mutuels.
La première de ces mutualités fut fondée, il y a une vingtaine d'années, à Paris, pour les écoles du dixneuvième arrondissement : elle compte aujourd'hui près de 5.000 sociétaires et son capital social a dépassé 300.000 francs.
D»'puis lors, l'institution sest vulgarisée: dans toute la France, instituteurs et institutrices se sont appliqués à organiser ces mutualités, qui sont généralement très goûtées des parents.
Quelques chiffres permettront d'apprécier la portée de ces œuvres.
A la fin de décembre 1903, il y avait plus d un demimillion d'adhérents — environ 620.000 — qui faisaient régulièrement leurs versements hebdomadaires. Dans l'année courante, ces jeunes mutualistes avaient versé plus de trois millions et demi de francs à titre de cotisations. Par contre, ils avaient reçu environ SÛO. 000 francs pour indemnités de maladie ^
1. La Chronique du Sud-Est (décembre 1904) contient un article des mieux documentés de M. de Reuiles, établissant que M. Edouard Petit, dans son dernier rapport (Journal officiel du 19 octobre lîW*) a considérablement grossi le chiffre des écoliers mutualistes. Il nen reste pas moins vrai que ces mutuall^les sont fort nombreux et qu'il y a là un effort digne d'attention.
Nous emprunterons à l'un des rapports officiels de M. l'inspecteur général Edouard Petit quelques lignes qui préciseront la physionomie de ces institutions mutualistes. Les voici :
La situation ou numérique ou financière de quelques mutualités soit rurales, soit urbaines, constituées tantôt par canton, par arrondissement ou bien par département, est à connaître, car elle permet de se rendre compte des résultats que le développement normal du système peut atteindre.
L'Aube, qui compte 11.255 mutualistes scolaires au31 décembre 1902, en comptait 10.344 au 31 décembre 1900. A cette date, les recettes de l'année avaient été de 60.031 francs; le nombre des malades secourus, 245; les secours attribués en argent s'élevaient à 10.468 francs.
... Dans le Nord, la « Jeunesse prévoyante de Lille >, comprenant les écoles publiques de la L'^ circonscription, compte 10.886 sociétaires (5.931 garçons, 4.955 filles).
... Dans l'Oise, où également la mutualité scolaire est très prospère, les deux organisations (canton et arrondissement) se côtoient. Dans la circonscription de Clermont fonctionnent sept sociétés cantonales auxquelles se rattachent toutes les écoles. Le nombre des membres honoraires est de 428, celui des membres participants de 3.712 (2.095 garçons, L617 filles).
Cette citatioc montre, entre autres choses, que l'élément féminin constitue une bonne partie — pas tout à fait la moitié cependant — de l'effectif des écoliers mutualistes.
M. linspecteur Edouard Petit nous fournit d'autres détails intéressants. Il relève les innovations tentées par plusieurs mutualités. Nous en signalerons trois ou quatre particulièrement suggestives dans Tordre d'idées qui nous occupe :
Mutualité dotale. — Comme la grande mutualité landaise, si complète, si harmonieuse avec son office central, la mu-
LA CONQUkTE DE L'AME FEMININE. 78
tualité scolaire de Fontenay-le-Comte (Vendée) a un fonds de prévoyance consacré soit à la dot, soit à une retraite personnelle, à la volonté des parents. L'article 32 des statuts est ainsi conçu : « Le montant de son capital de prévoyance est payé au sociétaire à l'époque de son mariage, sur sa demande, dans le mois qui suit la présentation d'un certificat délivré par le maire qui a prononcé le mariage. Le capital à verser se compose de la somme arrêtée au 31 décembre précédent, des versements effectués depuis cette date jusqu'au jour du mariage. >
Mutualité et familles nombreuses. — A Manzé (Deux- Sèvres), le cinquième enfant d'une même famille qui en compte quatre vivants à la société est inscrit d'office et ses cotisations sont acquittées par la Petite Cave.
Mutualité et placement. — Dans l'Indre, le placement se combine avec la mutualité qui est départementale. Les comités d'arrondissement se préoccupent de trouver des places aux jeunes mutualistes en quête d'emplois : de là l'intervention de la société dans les contrats soit de louage, soit d'apprentissage, la limite est mince et sera sûrement franchie.
Par ces quelques exemples, on peut juger de la variété des services que la mutualité scolaire est appelée à rendre aux écoliers et à leurs parents : on comprend dès lors que les familles apprécient Texistence de semblables institutions, et Ton ne sera point surpris d'apprendre que ces associations, surtout en certains pays, sont un nouvel élément d'attraction en faveur des écoles officielles. Là encore, il y a, ce nous semble, une indication pour ceux qui s'intéressent à renseignement libre :par tous les moyens — et notamment en s'inscrivant comme membres honoraires — ils devraient soutenir les mutualités établies dans les écoles chrétiennes. Dans les établissements qui n'en possèdent pas encore, on pourrait en susciter et l'on obtiendrait un précieux appui auprès de ï Union mutualiste des
IMTUTITES FÉMININES. 6
femmes de France, fondée et présidée avec tant de dévouement par ^M""® la comtesse de Kersaint ^ .
Dernière institution post-scolaire dont nous devons parler : les associations d'anciennes élèves des écoles laïques.
Ce sont les Amicales ou, comme on les appelle fréquemment dans la presse pédagogique, les Petites A.
Nous ne traiterons que des Petites A féminines. Elles sont presque toujours organisées par l'institutrice qui, deux ou trois fois par mois, rassemble ses anciennes élèves. Les réunions ont lieu généralement le dimanche. On s'y occupe d'enseignement ménager, on y fait des lectures, voire même de la musique. Le programme des séances varie naturellement avec le milieu — et surtout suivant les aptitudes de la maîtresse.
Mais il est un caractère que l'on trouve dans toutes les Petites A : partout ces groupements poursuivent un but récréatif. On y prépare des séances dramatiques auxquelles on invite les familles et qui retiennent autour de la maison d'école une clientèle intéressée. « D'énumérer les fêtes qui sont données par les Petites A, écrit M. Edouard Petit, il n'y faut pas songer. Aujourd'hui, le préau d'école est, grâce à elles, dans des milliers de villes et de villages, entièrement transformé. Scènes démontables, décors bâtis, brossés par des menuisiers, des peintres volontaires, troupes improvisées, orchestres, orphéons, souvent remplissent de couleur et de bruit le fond des vastes et classiques salles, aux veillées du samedi, aux après-midi du dimanche. Les familles s'ajoutent aux jeunes gens groupés autour des éducateurs. L'école déifient une seconde maison commune. »
1. Pour VUnionmutualiste , écrire 1, boulevard de Latour-Maubourg (vn*), Paris. On lira avec intérêt la brochure de M. E. Dédé sur l'Union Mutiuiliste des femmes de France (collection de l'Action populaire).
L'école... une seconde maison commune : assurément, nous ne sommes pas de ceux qui déploreraient un pareil état de choses — si tous les efforts ne tendaient, en même temps^ à éloip^ner les enfants de l'église, qui était et doit rester la première maison commune.
Il ne faudrait pas croire que ce soient seulement les jeunes filles des villes et des centres industriels dont on essaie de faire la conquête intellectuelle. Sans doute, elles étaient les plus faciles à prendre — et c'est d'abord vers elles que se sont tendus tous les efforts. Mais, aujourd'hui, les jeunes campagnardes ne sont guère moins menacées que leurs sœurs des grandes cités par la propagande anticléricale. On a pu s'en convaincre par les détails que nous avons donnés sur les cours et les associations organisés pour grouper autour de l'institutrice la jeunesse des villages aussi bien que celle des milieux urbains. Si ces groupements, nous tenons à le répéter pour éviter toute équivoque, ne poursuivaient qu'un but d'instruction, avec un respect sincère de la neutralité confessionnelle, il n'y aurait pas lieu de regretter leur développement. Sans doute, comme nous avons déjà eu l'occasion de le noter, il en est, parmi eux, qui sont animés d'un louable esprit de liberté et de tolérance. Mais trop nombreux sont ceux où la neutralité n'est qu'un vain mot, démenti par les propos et l'attitude de l'élément directeur.
Ainsi donc, sous prétexte d'instruction, on déchristianise peu à peu la partie de la population qui avait conservé, plus vivantes, les traditions et la foi catholiques. Il se fait à l'école et autour de l'école féminine un travail qui, pour ne pas être toujours très apparent, n'en est pas moins redoutable. Dans quelques années, on en constatera avec effroi les résultats : il
n'y aura plus guère de christianisme dans les foyers populaires, car il n'y en aura plus dans le cœur des mères. Il sera bien tard pour ouvrir les yeux — et pour agir. Aujourd'hui, la chose est possible; l'action serait certainement efficace.