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CHAPITRE III l'enseignement ménager : 1° en frange

Le rôle de l'enseignement ménager dans la conquête de l'àme féminine. — L'opinion d'un collaborateur du Radical. — II. La science du ménage et l'alcoolisme. — Pourquoi trop souvent l'ouvrier déserte le foyer conjugal. — La force d'une soupe appélis.sanU2. — Il en est du métier de ménagère comme de tous les autres : pour le savoir, il faut l'avoir appris. — III. Les écoles ménagères en France. — L'initiative de M"* do Diesbach. — Une dame du monde qui a fait la lessive. — Ce que l'on apprend à Wavre. — IV. La fondation du cours normal ménager. — Organisation et règlement. — V. Les leçons ménagères dans les œuvres de jeunes filles et les écoles ménagères proprement dites. — Utilité d'un programme méthodique. — Le budget d'une école ménagère. — VI. Résultats déjà obtenus.

Quelques lectrices seront peut-être surprises de nous voir traiter de l'enseignement ménager dans ces pages consacrées à la « conquôte de l'àme féminine ».

— Eh quoi! cuisine et raccommodage auraient donc une si merveilleuse et si intellectuelle influence ! Passe encore d'en parler lorsque vous examinerez les mille ressources que possède une femme pour capter la confiance masculine...

— Délrompcz-vous... Dans cette lutte qui se livre aujourd liui autour du cœur et de l'esprit de la jeune Française, l'enseignement ménager est ap-

pelé à jouer un rôle des plus actifs. Si vous en doutez, . voici un texte décisif : c'est Topinion motivée d'un fonctionnaire de l'Université, d'un de ceux qui dirigent contre l'idée chrétienne la campagne la plus tenace. Il écrivait donc dans le Radical l'article suivant que le Manuel général de Vinstruction primaire reproduisait et faisait sien, indiquant par là l'importance qu'il attachait à ces observations ^ :

« La laïcisation des écoles de filles se poursuit, calme, méthodique. Il n'est pas de jour qui ne soit marqué par des arrêtés préfectoraux substituant des « demoiselles » à des sœurs.

« Dure sera la tâche des laïcisantes. Les institutrices à qui incombera l'honneur d'être aux postes de combat seront choisies parmi l'élite. Elles auront à lutter contre préjugés, défiances, hostilité ouverte.

« Elles triompheront par l'énergie, la patience. Elles vaincront aussi par la supériorité de l'enseignement, par l'adaptation des méthodes aux besoins locaux.

a Elles sauront rendre l'école laïque populaire en l'ajustant au milieu, en lui donnant un caractère de vulgarisation, simple, pratique, en gagnant les familles par les services rendus à l'enfance.

« On ne saurait croire, à ce sujet, combien l'introduction de l'enseignement ménager peut contribuer à fortifier l'influence de l'école^ de l'institutrice. La cuisine, l'humble cuisine, s'associant à l'école, lui assure influence, rayonnement. La clientèle s'accroît là où l'enseignement ménager s'organise. La clientèle viendra là où l'on saura que l'écolière est apprise à devenir maîtresse de maison, reçoit leçons d'hygiène, d'économie domestique, s'initie au choix, à la cuisson des

1. cf. Manuel général de Vinstruction primaire, 20 septembre 1902.

aliments. Milieux ouvriers, milieux ruraux sont vite gagnés à cette propagande, parce fait qui, d'exemple, prouve qu'à l'école laïque on sait greffer l'éducation sur l'instruction.

« J'ai visité des écoles dans le Nord, le Nord- Est au cours de l'hiver et du printemps derniers, ajoute le collaborateur universitaire du Radical. J'ai constaté de quelle estime les populations entouraient l'institutrice qui ouvrait un cours d'enseignement ménager. Les mères remercient oralement et par lettres les professeurs qui apprennent à leurs filles des plats pas chers. Elles se rendent compte du service qui est rendu aux futures épouses mises à même de préparer la nourriture de leurs maris, d'y faire entrer le ragoût de la nouveauté et le condiment de la variété. Elles font refaire chez elles, pour le père de famille, par la fillette, le mets qui a été appris le jour même. Et elles s'intéressent ainsi à la vie de l'école^ à sa vi*i matérielle certes, mais bientôt elles seront entraînées à faire connaissance avec « l'autre ».

Et maintenant écoutez ce qu'ajoute ce meneur des plus avisés de la lutte contre l'influence religieuse :

« Dans les écoles qui vont être ouvertes en octobre, il y a lieu d'insister pour que, dès le début, l'école ménagère se conjugue avec l'école primaire.

« Les municipalités refuseront un secours, même léger? Soit.

« Qu'un comité de dames se forme. Les femmes laïques, par foi sociale, ne sont-elles pas capables d'accomplir les mêmes actes de dévouement scolaire que les femmes catholiques par foi religieuse P

« Une souscription aura tôt fait de trouver la somme.

« Et les cotisations du comité fourniront de quoi

assurer le fonctionnement de l'œuvre : achats de denrées, récompenses aux meilleures élèves.

« La nécessité de fonder autour des écoles laïques des comités de dames s'occupant ici de cours ménagers, là de cantines, ailleurs d'ouvroirs, etc., s'impose. Et ces comités, qui se rattacheront au comité de la Ligue de l'enseignement, présidé par M""^ Jules Ferry, entoureront l'école d'une atmosphère d'affection réconfortante. »

Est-ce assez clair?

Si l'enseignement ménager ne devenait pas, en certaines mains, un moyen de détourner la jeune fille des idées religieuses, en l'attirant et en la retenant dans des groupements trop souvent anti chrétiens, tout le monde se réjouirait de son entrée dans les écoles de l'État. La science du ménage est, en effet, une de celles dont la connaissance s'impose à la femme qui veut remplir ses devoirs d'épouse et de mère, c'est-à-dire, par excellence, « ses devoirs d'état ».

Ce doit être même, aux yeux des chrétiennes, une seconde raison — suffisante à elle seule — pour travailler à la diffusion de l'enseignement ménager.

Cette diffusion dans les milieux ouvriers pourrait être un remède efficace contre l'alcoolisme et, dans une certaine mesure, contre la misère et la démoralisation.

La mauvaise tenue de son ménage, en effet, achemine fréquemment l'ouvrier vers l'inconduite. On a maintes fois noté la chose, mais on ne l'a peut-être jamais fait avec plus de vigueur que n'en apportait M*"^ A. Godefroy dans une communication adressée

;i un des derniers congrès de la Réforme sociale. Voi* I ce qu'elle disait : « ... Souvent nous avons vu rentrer le père de famille, harassé d'avoir peiné tout le jour, et ne trouver au logis ni bon repas, ni bon gîte. Le feu ne flambo pas; point de souper; les enfants, malpropres, crient famine; la chambre n'est pas nettoyée. Delà, des récriminations méritées, des disputes, des coups, et l'homme, pour échapper à un tel enfer, se sauve au cabaret d'où souvent il revient ivre, pour y retourner le lendemain et bientôt y aller tous les jours ^ . »

Il n'est personne qui ne condamne cet ivrogne. Je ne blâme certes point ceux qui jugent ainsi : ils réprouvent, à juste titre, le vice dans ce qu'il a de plus répugnant. Mais je suis encore à découvrir l'homme artirmant en toute loyauté que, placé quotidiennement dans la situation douloureuse dudit ouvrier, il ne se laisserait point tenter-, un jour de particulière lassitude...

Il y a donc là une effrayante maladie sociale qui, pour être d'une guérison dilTicile, n'est cependant pas incurable.

Contre ce mal, M"** Godefroy indique un des meilleurs remèdes lorsque, aux lignes que nous avons rapportées, elle ajoute : <f Si la femme incapable avait, dans sa jeunesse, rz/?/?r/s à /Î7t>c le ménage, peut-être, et disons-le, probablement, tout aurait été différent ^. »

1. Cf. lu-forme sociale, 16 février 190i, p. 30i et suiv. : « L'enseignement nu-nagcr en Belgique. »

î. Dans les pages qu'il a consacrées aux « habitués de café » — expressives et vivantes comme tout ce qu'il écrit— M. Huysmans, énumérant les diverses catégories de gens qui fréquentent ces état)lissements, cite les • bourgeois » qui • fuient dans ces reunions les maussaderies d'un ménage où le diner n'est jamais prêt, où la femme bougonne audessus d'un enfant qui crie •. Ce n'est pas seulement dans les familles d'ouvriers que la science ménagère pourrait apporter la paixet l'unioo. (Cf. Huysmans, De Tout, Stock, éditeur, Paris.)

3. Nous ne contredirons pas M"* Godefroy dont dous approuvons, aa

Que de fois, en effet, l'ivrognerie du mari ^ serait évitée si, rentrant de Tusine ou de la mine, celui-ci trouvait sa maison bien tenue, avec, sur la table, un plat habilement préparé; il estimerait alors que son « chez lui » est agréable et partant serait moins tenté de s'arrêter avec les camarades chez tous les mastroquets de la route. Il penserait même que la « bourgeoise » a beaucoup de bon — et, la reconnaissance de l'estomac aidant, il ne voudrait point lui causer d'ennui en « buvant » ses 4 ou 5 francs de salaire. De son côté, la femme, tout entière à son ménage, serait habituée à l'ordre et à l'économie : elle n'irait pas — comme quelques-unes le font en certains pays — prendre chaque jour, chez l'épicier et le débitant, le petit verre d"eau-de-vie 2. Conséquences : vie conjugale plus heureuse et mieux unie, devoirs paternels et maternels plus facilement remplis, amélioration des conditions matérielles de l'existence et progrès moral.

Exagérons-nous ?

Pour répondre, il n'y a qu'à jeter un regard autour de soi : dans nos malheurs ou dans nos joies, notre personnalité est pour beaucoup. Nous faisons notre vie. Même ici-bas, il y a un commencement de justice qui

contraire, les conclusions; nous nous permettrons seulement de faire remarquer que le travail de la femme mariée à l'usine la met presque toujours dans Ja quasi-impossibilité de bien tenir son ménage; c'est même là un des nombreux et puissants arguments que l'on peut invoquer contre ce genre de travail.

1. Certes les ligues de tempérance sont choses excellentes. Mais dans la lutte contre l'alcoolisme, l'affabilité des épouses et leur science du ménage nous paraissent des armes plus puissantes... D'ailleurs les deux méthodes ne sont pas contradictoires et rien n'empêche de les mettre en œuvre concurremment.

2. L'alcoolisme commence à faire d'eCFrayants ravages dans la partie féminine de la population, surtout dans les grandes villes. Si, le soir, dans les quartiers populaires vous passez devant les débits de vins achalandés, vous apercevrez presque toujours quelques femmes parmi les clients. Pour mon compte, à Paris, j'en ai fait maintes et maintes fois l'attristante constatation.

prépare d'ailleurs les sanctions de la justice suprême et divine. La misère est parfois imméritée. Mais bien souvent, à son principe, on trouve un manquement à un devoir individuel ou social.

Si donc une soupe appétissante et la propreté d'un logis présentent une si grande importance, il serait bon de mettre les femmes ouvrières à même de remplir avec succès leurs fonctions d'épouses et de mères. Et ce métier de mère et d'épouse est comme tous les métiers : pour l'exercer convenablement, il faut l'avoir appris.

Son étude constitue l'enseignement ménager : ce qui n'est pas simplement synonyme, comme on le croit parfois, d'enseignement de l'art culinaire. La science ménaf]^èrc comprend tous les éléments qui jouent un rôle dans la vie quotidienne et l'économie domestique. Pour s'entendre au ménage, il ne suffit pas de pouvoir préparer un pot-au-feu et quelques plats doux, mais il faut aussi connaître les principes de l'hygiène, savoir donner des soins aux blessés et aux malades, pouvoir tenir ses comptes en ordre, être sulTisamment experte dans le lessivage, le repassage, le raccommodage et dans ces mille riens dont une ignorante paie souvent fort cher la confection aux ouvrières techniques...

Ces idées commencent à se répandre chez nous. En différents points du territoire français, dej)uis quelques années déjà, on a organisé des écoles ménagères. Mais jusqu'à ces tnmps derniers, il manquait à l'enseignement libre un centre où les futures maîtresses auraient pu se form«^r. Bien des directrices d'écoles comprenaient la nécessité de la science ménagère, seulement

elles ne trouvaient guère de professeur vraiment compétent. Sans doute, suivant le proverbe, on ne sait bien que ce que l'on a enseigné ; encore faut-il avoir appris au préalable ce que l'on veut ensuite exposer aux autres. Or, en France, il n'y avait point d'institution où Ton pût acquérir les connaissances extrêmement variées dont l'ensemble constitue la science ménagère. Nous étions tributaires de l'étranger : il fallait aller se former en Belgique et en Suisse.

Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi.

Une femme d'énergie et de haute intelligence, M™^ la comtesse R. de Diesbach, n'a pas cru qu'il fût indigne d'une grande dame de travailler à doter ses compatriotes de cet enseignement éminemment social. Courageusement, sans faux préjugé mondain, elle a mis la main à la pâte, — jamais l'expression n'aura été plus exacte, puisqu'il s'agissait d'apprendre la cuisine. Elle est allée en Belgique, où cet enseignement est remarquablement organisé, et tout comme une future institutrice, elle a suivi les leçons, ne boudant pas à la besogne, prenant beaucoup de notes sur ce qu'elle voyait et participant à tous les exercices pratiques : à son tour, comme les autres élèves, elle faisait la lessive et procédait au nettoyage des ustensiles de cuisine.

Avons-nous tort de placer l'initiative de M™^ de Diesbach parmi les initiatives féminines qui méritent d'être louées et connues? M'est avis que voilà un exemple de dévouement vrai, digne d'être proposé aux personnes dont le maximum d'efforts aboutit à l'organisation d'une fête de charité. M""^ de Diesbach a donné une leçon de choses doublement profitable : elle a montré à tous que si l'on désire exercer une influence, il faut rendre des services, et, en second lieu, que pour prétendre à une fonction dirigeante, la

fortune et le nom ne sauraient plus suffire ; il y faut avant tout la compétence.

Donc, M"' (le Diesbach était allée, en 1901, à Wavre, assister au cours annuel organisa' par le gouvernement belge. Pour avoir \o droit moral d'enseigner, elle voulut conquérir un grade ofTiciel. Ce cours, qui préparait à de difficiles examens donnant droit à un diplôme de maîtresse ménagère, était suivi par trente institutrices laïques et par vingt-deux religieuses appartenant à neuf communautés différentes.

On voit donc — soit dit en passant — que les congrégations belges ont compris l'utilité de cet enseignement; elles ont jugé nécessaire d'envoyer des sujets se former au cours normal et conquérir le diplôme officiel. Il y a là une indication qui nous paraît particulièrement opportune pour nous autres Français : peut-être nos religieuses, obligées de se séculariser, trouveraient-elles dans l'enseignement ménager un excellent emploi à leur activité. Si on leur interdit l'enseignement primaire, on ne leur interdit pas d'ouvrir un établissement ménager, qui, bien compris, fonctionnant certains jours le jeudi, par exemple), pourrait grouper les enfants de toutes les écoles, même des écoles laïques, et ainsi tenir lieu de patronage \

Mais, pour distribuer cet enseignement, la bonne volonté — et même le savoir livresque — ne sauraient suffire : il faut une spéciale préparation — si du moins on veut faire œuvre qui vaille.

C'est pour assurer cette préparation des maîtresses ménagères que M"" de Diesbach a organisé un cours normal ménager.

1. C'est unedes idf^esqueM. l'abbé Lemire préconise dans l'opuscule, nlein d'excellentes idées, qu'il a publi»* à la librairie Lccoiïre sous le titre : Que feront les religieuses? C'est d'ailleurs, nous sommes heureux de le noter, une. idée qui, en plusieurs villes et villages, a déjà reçu un commencement d'exécution.

96 INITIATIVES FÉMLMNES.

Ce cours normal a été créé en 1902, à Paris, 3, rue de l'Abbaye, dans un local occupé par les sœurs de Saint- Vincent de Paul et mis gracieusement à la disposition de la fondatrice.

Mnie de Diesbach adopta le système belge, qui lui parut le mieux convenir aux nécessités et possibilités françaises. L'enseignement est distribué pendant un mois et demi. « Nos élèves-maîtresses, a dit M™^ de Diesbach dans une communication au Congrès Jeanne d'Arc^ , se recrutent dans les milieux les plus divers. La principale condition d'admission est une instruction correspondante au moins au brevet élémentaire. Celles qui possèdent le brevet supérieur éprouvent moins de difficultés à comprendre le programme et se l'assimilent plus volontiers. Rien de charmant comme la cordiale fraternité qui nous réunit, pendant six semaines, dans une commune pensée. Là, plus qu'ailleurs, nous sentons le besoin de marcher ensemble vers le but que nous poursuivons. Nos normaliennes travaillent de 8 h. du matin à 5 h. du soir, quatre jours de la semaine sur six. Elles reçoivent cent soixante à cent soixante-dix cours qu'elles prennent en note. L'exécution des exercices pratiques du programme doit devenir suffisamment facile, pour qu'elles sachent à leur tour les enseigner clairement. Elles ne se spécialisent pas davantage que le fait une mère de famille, obligée de veiller à tout, et de mettre la main à tout dans son ménage. »

Voici donc les élèves-maîtresses qui ont suivi durant six semaines, joliment bien remplies, les leçons et les

1 Cf. Compte rendu du Congrès Jeanne d'Arc, p. 131.

exercices pratiques du cours normal. Vont-elles passer immédiatement un examen et recevoir un diplôme qui les dispenserait peut-être de travailler, et surtout de a digérer » ce qu'elles ont appris? M™* de Diesbach est bien trop avisée pour avoir organisé les choses de la sorte. Après les six semaines de « chaufTe », les élèves-maîtresses reviennent dans leur ancien milieu et cherchent à appliquer ce qu'on leur a enseigné. Elles restent d'ailleurs en relation avec le centre intellectuel; des compositions mensuelles leur sont envoyées par Tinlermédiaire de la revue l Enseignement ménager qui leur fait parvenir, avec un nouveau sujet d'études, la correction des devoirs précédents ^

Les examens ont lieu six à huit mois après la fin du cours normal. « Ils sont difficiles », déclare M"' de Diesbach, et elle est en droit de l'aflirmer : elle entend que l'enseignement ménager soit chose sérieuse et, pour mériter le titre de maîtresse ^, elle exige de ses élèves autre chose que quelques connaissances culinaires et un certain tour de main. Il y faut le savoir théorique, approfondi et mûri. 11 y faut aussi l'aptitude professionnelle. Aussi toutes les candidates ne sont pas reçues : à l'examen de l'an dernier, sur 24 élèves, 14 ont été admises, 9 avec simple mention et 5 avec satisfaction.

Le cours normal a pour but de former des maî-

i. Je prends au hasard dans l'Enseignement ménager, quelques sujets proposés aux élèves-maîtresses : • Quel est le meilleur combustible au point de vue hygiénique; donnez sa provenance el sa valeur roarc.liande. — Quel est le mode de chauflage le plus économique? — Expliquer la valeur hygiénique des potages. — Mettez une pièce à quatre coins dans une etoiïe. — Exécuter un plat de résistance pour six personnes ne dépassant pas 90 centimes; donner la recette. »

4. Pour les jeunes filles du monde qui n'aspirent pas au titre de maftresses nuMiaKéics, M»* de Diesbach a organisé des cours ménagers, moins abâorbauts, mais dont l'utilité est évidente.

tresses, mais ces maîtresses, trouveront-elles à s'employer ?

Pour le moment, il n'est pas difficile de leur procurer un poste, car de divers côtés on veut établir l'enseignement ménager et l'on manque de maîtresses compétentes pour le distribuer. Nous signalons le fait aux personnes qui désireraient utiliser leur activité, et en tirer quelque profit matériel ; nous le signalons tout particulièrement aux femmes qui, se sentant attirées vers la vie religieuse, pourraient trouver là, dans les circonstances présentes, le moyen pratique d'exercer une influence moralisatrice et chrétienne, soit à la ville, soit dans les milieux ruraux. Mais, auprès d'elles, nous nous permettrons d'insister sur un redoutable écueil : il y aurait de très sérieux inconvénients pour ces dévouements féminins à s'engager dans la voie de l'enseignement ménager, si, au préalable, ils ne recevaient une suffisante formation technique : ils courraient, le plus souvent, à un douloureux échec.

L'enseignement ménager est distribué sous deux formes principales : soit en des leçons faites isolément dans des patronages ou dans d'autres groupements féminins, soit en des écoles ménagères proprement dites.

Dans le premier cas, on dispose de moins de temps et de facilité. « Ici, l'horaire doit d'abord être observé; tout au plus sera-t-il possible de distraire trois quarts d'heure, une heure, une heure et demie au maximum... On choisit dans le programme tel sujet capable d'être utile aux fillettes et de les intéresser. .Ce sera une causerie sur le lait, la viande, les fruits,

Tentretien de la literie ou la manière de nourrir les enfants dans le premier et le second âge. D'autres fois, ce sera une question de nettoyage étudiée en théorie, mise en pratique avec quelque objet du matériel de l'œuvre : lampe, table, chaise, etc.. Ou, encore, on utilisera une leçon de couture en la donnant avec méthode, c'est-à-dire en expliquant d'abord le travail qui va se faire, pour que l'action mécanique des doigts soit l'application d'une pensée suggérée. »

Ces le(;ons ménagères que l'on donne en beaucoup dœuvres catholiques sont d'une réelle utilité : elles développent chez les fillettes et jeunes filles le goût des choses du ménage. Mais elles ne sauraient suppléer à l'enseignement d'une école ménagère régulièrement établie.

Dans ces écoles, on ne se borne pas à apprendre, un peu au hasard des circonstances, la partie purement pratique, mais on s'efforce de faire comprendre les principes de la science ménagère. C'est là un point essentiel pour la réussite et relBcacité de cet enseignement féminin. M™® de Diesbach montre fort bien, en effet, que les notions de ménage, non précédées d'une théorie, risquent de s'effacer assez vite de l'esprit des élèves, devenues mères de famille : « Elles peuvent bien se rappeler les ingrédients qui ont servi à la confection de tel ou tel menu, mais, si on n'a pas raisonné avec elles lalimeutation, comment saurontelles un jour choisir entre celle qui est nécessaire à un corps fatigué par le travail musculaire ou celle qu'il faut offrir à l'organisme qui dépense par l'effort intellectuel'/ Elles n'oublieront peut-être pas de suite qu'on leur a signalé l'alcoolisme, un jour, comme défaut grave à éloigner de leur intérieur de famille par tous les moyens en leur pouvoir, mais si la maîtresse n'a pas, par des tableaux successifs, gravé dans leur

imagination la gradation des effets causés sur les organes vitaux par ce vice redoutable, que restera-t-il d'une telle leçon dans l'avenir? L'impression du moment subira le sort de beaucoup de choses abstraites; elle s'effacera graduellement, et disparaîtra. Par ces quelques mots, on voit l'importance d'un bon et méthodique programme * ainsi que d'une maîtresse compétente : ce sont deux conditions de succès.

— Mais une école, ainsi comprise, coûtera horriblement cher?

— Il n'en est rien, si du moins on veut faire les choses intelligemment, sans luxe inutile, mais cependant en se procurant ce qui est nécessaire. Sur ce point d'ailleurs, nous préférons laisser la parole à M™® de Diesbach 2 qui parle d'expérience.

« La dépense, déclare-t-elle, n'est pas si importante qu'on peut le croire, elle se divise en trois branches distinctes : le local, le matériel, le fond de roulement.

« N'importe quel local peut être affecté à une école ménagère. Une seule pièce d'une grandeur proportionnée au nombre d'élèves suffit, pourvu qu'elle soit largement éclairée, munie de robinets d'eau, et qu'on puisse y trouver le moyen d'installer un fourneau. Le rêi^e serait de dispose/^ d'une simple maison d'ouvrier. Nulle part ailleurs les enfants ne comprendront aussi bien la place à donner aux objets du ménage et la manière de les entretenir; en ce cas, la pratique est chose vécue; quand cette combinaison pourra se rencontrer, on devra toujours lui donner la préférence.

« Le matériel doit être simple : les élèves sont pau-

1. Nous reproduisons plus loin, dans la dernière partie de ce livre, le programme d'une des écoles ménagères établies à Paris.

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