‹ Initiatives fémininesChapitre 30 sur 94 · Cf. Petites Annales de St-Vincent de Paul, décembre · texte numérisé non relu

Cf. Petites Annales de St-Vincent de Paul, décembre

vres chez elles, et doivent trouver à l'école une pauvreté relative; donc pas d'objets plus perfectionnés que ceux qu'elles retrouvent au logis paternel. On peut se procurer au comité de lEnseignement ménager la liste des ustensiles indispensables à une école ménagère; peut-être, dans le nombre, y en aurait-il qu il sera possible de mettre de côté, grâce à un usage moins fréquent : tables, planches de repassag^e, tabourets ou chaises, etc.; ils diminueraient d'autant le prix des achats à faire. Quelques centaines de francs suffiront pour la dépense du matériel ^

« Le fond de roulement de l'école sera peu considérable. Les menus doivent être invariablement calculés à raison de 30 centimes par tête au maximum; en peu de temps, et après étude faite sur les ressources d'une localité, une bonne directrice arrive à diminuer cette dépense, surtout si les élèves sont nombreuses. Dans une des écoles récemment fondées à Paris, nous avons vu dernièrement un repas composé : d'un potage aux légumes, de lapin sauté, de purée de pomme de terre, et dune compote de poires, atteindre le chiffre de 22 centimes par tète. Chaque élève a copieusement déjeuné, il est même resté assez de potage pour réjouir trois enfants de l'asile.

« Les dépenses totales en achats de denrées alimentaires, chauffage et éclairage sont évaluées à 200 francs environ pour l'entretien dune école ménagère de 24 enfants pendant l'année scolaire. A cette dépense peu importante doit s'ajouter le traitement de la maîtresse religieuse ou laïque. Celui-ci varie naturellement selon l'importance de l'école, et débute à 50 francs par mois.

On le voit donc, le budget d'une école ménagère

l.M»* de Dieshach déclarait au récent congrès de Jeanne d'Arc qu'avec cent francs de matériel on peut organiser une école ménagère, rudimentaire, il est vrai, mais sudlsante.

n'est pas très élevé, encore est-il bon, pour assurer la marche de l'œuvre, de constituer un comité de patronage : c'est ce qui se fait dans la plupart des cas , à moins que l'école ménagère ne fasse partie d'un ensemble d'institutions.

Le Cours normal, organisé par M™® de Diesbach, fonctionne depuis deux ans et demi, et, déjà, il a formé les directrices, congréganistes ou laïques, de très nombreuses écoles ménagères'. Parmi ces écoles,

1. Le 49 mai 1904, se tenait à Paris une intéressante exposition de l'Enseignement ménager organisée par M"« de Diesbach et ses élèves. Voici sur cette exposition l'avis d'une revue féminine, la Ruche syndicale :

« Très réussie, l'Exposition de l'Enseignement ménager, qui a eu lieu à la salle de la Société d'encouragement au bien, place Saint- Germain-des-Prés, très visitée aussi, un vrai succès pour l'Œuvre des écoles ménagères, définitivement établie en France, à l'tieure qu'il est.

< Le cours normal d'enseignement ménager, dirigé par M"® la comtesse de Diesbach, y tenait naturellement une grande place, mais les écoles ménagères, filles ou sœurs de l'établissement de l'Abbaye, y figuraient très avantageusement et jetaient dans l'ensemble une note de variété des plus agréables.

« Avaient envoyé des spécimens de leurs travaux : les écoles ménagères de Vannes, de Lille (Moulins), de Lille (rue de la Barre), des Marches, de Bône, de Drancy, de Passy, de Neuilly, de Saint-Nicolasdu-Chardonnet, d'Hazebrouck, de Montrouge, de Reims, etc.

« L'excellente disposition matérielle permettait de tout voir et de bien voir. La caractéristique de l'Exposition était de donner une idée très nette de l'Enseignement ménager, dont le but est de préparer la jeune fille à l'intelligence parfaite et à la pratique rationnelle des devoirs d'état les plus essentiels de la femme, de ces devoirs d'intérieur qui font sa dignité en même temps qu'ils assurent la sécurité du foyer et le charme de la vie de famille.

« Le Cours normal ne se contentait pas d'offrir aux visiteurs les ressources d'un buffet abondamment et brillamment garni, il avait exposé ses méthodes, et, en feuilletant les cahiers de théorie, on ne pouvait manquer d'être frappé du sérieux de cet enseignement vraiment scientifique en même temps que de sa portée morale.

« L'examen des albums et tableaux d'enseignement pratique faisait admirer l'ingéniosité des procédés. L'album de repassage, par exemple, où les modèles des objets, en papier plissé, faisaient face aux notions

nous signalerons, à Paris, celles de St-Germain des ]*rés, de Saint-Nicolas du Chardonnel, de Saint-Jacques du Haut-Pas, la o Maison sociale » de Montrouge et r « Union sociale » de Charonne; en province, les écoles du Drancy, de Lille, de Vannes, de Saint-Quentin, de Reims, etc. Au « Palais de la femme », le mois de février dernier, on a pu voir en pleine activité quelques-uns des instituts ménagers parisiens, notamment celui des Sœurs de Saint-Vincent de Paul de Saint- Germain-des-Prés; le public prenait plaisir à regarder aller et venir, cuisiner, laver et repasser, les expertes et alertes jeunes filles, si intelligemment préparées à leur rôle féminin.

L'Algérie, elle aussi, a ressenti les premiers effets de cette précieuse propagande : Bône possède un établissement intallé sur le modèle parisien. C'est là, il est vrai, une expression légèrement inexacte : il ne s'agit pas, à proprement parler, de modèle parisien.

théoriques, passait de mains en mains. Fort admirés aussi, les tableaux de démonstration pour les différents points de couture et de raccommodage sur gros canevas, analogues à ceux que nous avions remarques, en 1900, dans l'exposition du travail manuel scolaire en Su«*de et en Norvège. Mais tous les visages s'épanouissaient en contemplant les photographies des jeunes ménagères de l'Abbaye prises au mili«>u de leurs occupations : a la cuisine, au lavage, au repassage, au ratcommodage, au nettoyage, au jardinage... Il y a donc un jardin rue de l'Abbaye, dans ce Paris central? Un jardin potager, où laitues, pois et carottes mettent beaucoup de bonne volonté à pousser en vue de l'abside de l'antique chapelle abbatiale. C'est a visiter!...

. Le bel air de l'École des Marches excitait l'admiration, non moins que l'aspect d'un pAté monumental et d'une galantine savante qu'elle avait envoyés.

• EnOn rOEuvre du Trousseau, établie dans les écoles ménagères, mérite encore une très honorable mention. Les différentes pièces de lingerie, de confection simple, faites par chacune des jeunes ménagères, blanchies et repassées par elles, sont emportées dans leurs familles. Quel moyen plus ingénieux pourrait-on trouver pour faire ap|»ré cicr aux parents l'utilité du séjour de leurs filles à l'école ménagère?

« L'impression finale se résume en félicitations sincères aux initiatrices intelligentes et dévouées qui ont entrepris de doter la France de mères de famille chrétiennes, actives et vigilantes ménagères. >

Au cours de la rue de l'Abbaye, on donne Tinstruclion ménagère, on expose les principes et la méthode, mais on conseille à chaque élève de s'inspirer, plus tard, dans sa future école, des nécessités locales et d'adapter son œuvre à ces conditions particulières. Voilà certainement un état d'esprit qui recevra l'approbation des membres ardents de V Action régionaliste et, en particulier, de son aimable et infatigable secrétaire général, M. Charles Brun. On ne s'attendait guère à voir intervenir la décentralisation en matière de potau-feu et de nettoyage. Et cependant, si l'on y veut réfléchir un instant, il n'y a peut-être pas d'art qui soit plus dépendant du milieu que l'art culinaire et l'art de l'habitation...

Quelques chiffres montreront les progrès de l'enseignement ménager libre, tel qu'il a été organisé par M°^^ de Diesbach : dès la première année, il y avait une dizaine d'écoles en plein fonctionnement; au bout de deux ans, on atteignait la vingtaine et aujourd'hui on dépasse la cinquantaine. Nous aimons à espérer que la progression ne fera qu'aller en augmentant : il y a urgence pour les catholiques de France^ à multiplier les œuvres et les institutions diverses où l'on prépare la jeune fille à ses devoirs d'épouse et de mère 2. Pour

1. Plusieurs évêques ont, en ces temps derniers, encouragé la fondation d'écoles et de cours ménagers. Ainsi le cardinal Coullié s'est chargé de tous les frais d'installation qu'entraînerait la fondation d'une école ménagère populaire au centre de Lyon (Cf. Le Travail de la Femme, décembre 1903).

2. Nous tenons à rappeler que, depuis longtemps, dans le groupe des œuvres catholiques de Plaisance, fonctionne une école ménagère, admirablementdirigée. Surcette école, peut-être la plus ancienne de Paris, on trouvera des détails intéressants dans les Œuvres du Rosaire au faubourg de Plaisance, par M. François Veuillot (Lecoffre, éditeur).

Notons aussi trois autres centres importants pour l'Enseignement ménager populaire : 1° l'Union familiale de Charonne dirigée par M"* Gahéry qui vient d'organiser une École pratique d'études sociales et ménagères dont nous donnons plus loin le programme.

2® Le Foyer, organisé par M"» Th.ome d'une façon tout à la fois si pra-

cela, il y a double raison : l'intérêt des familles populaires^ et la sauvegarde de l'âme féminine '.

tique et si élégante (37, rue Vaneau, Parii); le Foyer s'adresse aux jeunes fllles du monde.

3» 1^8 Syndical* féminins lyonnais, de M°« Rochebillard, qui ne négligent pas la rormation ménagère de leurs adhérentes.

1. Dans son livre sur le Rôle social de la Femme (Paris, Alcan, 4898), qui contient d'excellentes remarques. M"* Anna Lampéricre met très heureusement en lumière l'importance économique des bonnes ménagères dans le» classes pauvres On voit, dit-elle, des femmes

travailler de l'aube a la nuit, même au delà, afin de gagner un salaire dérisoire; et, pour y parvenir, elles négligent leur maison, elles se fournissent, chez le plus proche regratiier, de denrées hors de prix; elles apprêtent en hàie une cuisine sommaire qui rebute leur mari et le pousse au cabaret. Nous avons vu cet exemple typique : une mère soucieuse de donner à son enfant un habit neuf, ne pouvant le prendre sur la paye du mari, aNait demandé à coudre et obtenu a grand'peine d'une entrepreneuse des taies d'oreillers dont l'une lui était payée trois sous. Il lui fallut travailler deux semaines entières, sans relâche, pour avoir de quoi acheter le petit costume, qu'elle eût fabriqué ellemême, en trois jours au plus, sans effort, et bien plus soigne qu'elle ne pouvait le trouver tout fait. »

2. Sur la question de l'Enseignement ménager en France, on peut consulter :

Comtesse R. de Diesbach, L'Enseignement ménager (P. Téqui, éditeur, l'KU);

Abbé H. Quillel, L'Enseignement ménager (Collection de CActtori populaire, V. Lecoiïre, éditeur, 4904).

Quelques renseignements sur les écoles ménagères, brochure publiée sous le patronage de la Société générale d'éducation et d'enseignement, 35. rue de Grenelle, Paris.

M. E. Cheysson, articles publiés dans l'Économiste français (sepXembre 4905).

M»» Augusta Moll-Weias, Le Foyer domestique (Hachette, éditeur, Paris).

M. Beauflfreton, L'Enseignement ménager en France {Quinzaine, A" mars 190S). •

On suivra aussi avec profil la revue publiée par M"» de Diesbach, ious le titre : L'Enseignement ménager (Bureaux de la RcTue, 41, avenue Duquesne).

Page 1