CERCLES D EDUCATION FAMILIALE ET PÉDAGOGIE MATERNELLE
L Une science bien nécessaire et qui n'est enseignée presque nulle part. — Apprendre aux pères et aux mères leur métier de pères et de mères. — IL Un exemple : le Cercle d'éducation familiale de Charonne. — L'appel. — III. Le programme du cercle. — Rapide compte rendu des premières réunions. — But et méthode de l'éducation. — IV. Pourquoi les parents doivent-ils toujours s'entendre? — V. Les premières habitudes de l'enfant. — Comment se faire obéir. — YI. Ce que pourrait tenter une « chrétienne d'action ». — Un programme. — Quelques renseignements bibliographiques. — Un souhait.
Il est une science dont plus des trois quarts du genre humain tireraient grand profit — et qui n'est enseignée presque à personne. Cette science, si nécessaire et si ignorée, c'est la science de l'éducation.
En dehors de quelques rares privilégiés, quels sont donc les heureux mortels qui reçoivent, à'une manière méthodique^ les rudiments de ces connaissances pourtant indispensables au père et à la mère de famille? Si j'en juge par ce que jai pu voir autour de moi et par ma propre expérience, on ne distribue nulle part cet enseignement d'une façon régulière. Aussi, qu'arrivet-il le plus souvent? C'est qu'ayant charge d'enfants, on est obligé de s'improviser de bric et de broc une
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vague pédap^op-ic... Et Dieu sait quelle pédagogie on imagine alors parfois!
Mais ce qui est le plus extraordinaire, c'est qu'un pareil état de choses ne produise aucun étonnemenl. On n'admettrait certes pas qu'on se déclarât cordonnier sans un apprentissage préliminaire, mais on ne fait aucune dilliculté d'admettre — tout au moins tacitement — qu'on sait élever les enfants sans l'avoir jamais appris... Cette inconséquence explique bien des choses. L'amour maternel ou paternel ne suffît pas à révéler les mille détails de la science de l'éducation et, encore moins encore, les grands principes qui doivent présider à la formation morale et intellectuelle de l'être humain, depuis le tout jeune âge jusqu'à l'adolescence. Sans doute, lalTection des parents ne saurait être totalement suppléée même par le savoir le plus complet; mais, à son tour, cette alTection a besoin d'être éclairée par des notions techniques. Si vous en doutez, considérez le nombre d'enfants incontestablement mal élevés par des pères et des mères qui cependant les aiment passionnément. Pourquoi en est-il ainsi? Presque toujours parce qu'à ces malheureux pères et mères on n'a pas appris leur métier de pères et de mères.
Le mal existe dans toutes les classes de la société ; mais il est peut-être plus sensible, sinon plus étendu, dans le peuple. 11 y a donc là quelque chose à faire; il va un service à rendre à de braves gens — et, on même temps, au corps social tout entier. Ne pourrait-on organiser cet enseignement qui fait défaut à peu près partout?
On l'a pensé, et, en difTérents endroits, en quelques œuvres catholiques notamment, des efforts sont tentés dans cette voie. Parmi tous ces essais, nous voudrions attirer l'attention sur celui qui est fait actuellement à \ Union familiale de Paris.
U Union familiale de Charonne est un ensemble d'institutions, fondées par M'^^ Gahéry, en vue de venir en aide aux familles de ce centre ouvrier ; elle groupe les enfants et les jeunes gens, les jeudis et dimanches; les autres jours, elle offre des salles d'étude aux écoliers dont les parents sontretenus à l'atelier ou à Fusine :bref, elle supplée, autant que possible, à la famille empêchée ou négligente.
Mais la direction de l'œuvre a compris qu'elle ferait une besogne très incomplète si elle n'associait pas étroitement à son action les pères et mères des enfants qu'elle réunit dans ses locaux. Et, au mois de mai 1903, elle ouvrait un Cercle d'éducation familiale.
La tentative est originale ; elle nous paraît des plus opportunes. On en pourra d'ailleurs juger parles quelques extraits suivants de l'appel qui fut adressé aux parents ^ :
« C'est aux parents, non à d'autres, qu'il appartient d'élever leurs enfants.
« L'école peut bien leur distribuer les connaissances intellectuelles qui meubleront leur esprit; elle peut, par le contact permanent avec les camarades de travail ou de récréation, développer le sentiment de la solidarité; son rôle ne saurait aller plus loin.
« Or, élever ceux et celles qui seront les hommes et les femmes de demain est une tâche autrement grande, autrement difficile, autrement complexe.
«... Malheureusement, l'évolution sociale qui a
1. Cet appel a été publié dans le numéro de mai du Bulletin de VU' nion familiale.
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chassé la femme du foyer a forcé quelque peu la famille à se (léchar^'-er sur d'autres du soin d'éjeverles enfants, et c'est ici que le rôle forcément secondaire et provisoire de \ Union familiale apparaît. »
L'auteur de l'appel explique ensuite aux parents que la direction de Iceuvre n'entend nullement se substituer à ceux qui « sont par essence les éducateurs de lenfant, » àa ceux dontle cœur a des intuitions qu'un étranger ne soupçonne pas ».
Mais, pour que l'action de l'Union soit féconde, il faut qu'elle s'exerce d'accord avec les familles. « Parents et éducateurs bénévoles, continue l'appel, nous sommes plusieurs à la fois qui collaborons à cette tâche immense qu'est la formation de l'intelligence, de la volonté, du cœur de l'enfant. Si nous ne nous entendons pas, nous risquons de marcher en sens contraire et, par suite, de neutraliser nos efforts réciproques. Causons ensemble, communiquons-nous nos observations, nos réllexions de chaque jour; arrêtons, pour le plus grand bien de nos lils et de nos filles, une ligne de conduite que nous suivrons unanimement: ne leur faisons entendre qu'un même diapason harmonique, au lieu des sons fatalement discordants de cloches assemblées au hasard; nous aurons fait œuvre bonne et féconde. Telle est la raison d'être, tel est le programme du Cercle d'éducation familiale où les pères et les mères se rencontreront le deuxième mardi de chaque mois, avec ceux ou celles qui n'ont d'autre ambition que de leur apporter une aide désintéressée. »
C'est là, croyons-nous, une innovation : il est encore bien peu d'œuvres de jeunesse, à notre connaissance du moins, où l'on invite les pères et les mères à venir régulièrement, mensuellement, s'entretenir de leurs enfants et des questions d'éducation avec ceux ou celles qui ont accepté la tâche d'être leurs collaborateurs. Je
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ne prétends pas que la chose ne se pratique point dans quelques patronages, mais je puis affirmer que ces patronages constituent des exceptions.
Et cependant, que de bien ces cercles d'éducation familiale ne pourraient-ils faire ! D'abord aux parents, en les amenant à réfléchir sur telle ou telle déplorable habitude dans leur façon de traiter leurs fils ou leurs filles. Ensuite aux enfants, qui seraient mieux élevés et qui instinctivement seraient reconnaissants que l'on s'occupât d'eux. Enfin, aux membres directeurs des œuvres de jeunesse qui, dans ces réunions, trouveraient parfois le moyen de faire une remarque utile et toujours celui d'entrer en contact plus intime avec les familles de leurs patronnés.
— Mais quel sera le programme de ce groupe d'études d'un nouveau genre?
Nous n'avons point la prétention de l'établir ne varietur. Nous nous contenterons de relater ce qui a été fait jusqu'à présent à V Union familiale. Il y aura là des renseignements que nous essaierons ensuite de compléter.
Donc, à la première réunion, on s'est demandé quel était le but de l'éducation et quelle devait en être la méthode ^ .
On a condamné tout d'abord deux manières également mauvaises d'élever les enfants : les élever pour soi. ou bien, au contraire, les élever pour eux-mêmes.
Le premier cas comporte bien des variétés. Par ce