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LA CONQUÊTE DE L'AME FEMIMNE. Uy

d'entre les antres, surtout dans la classe ouvrière, c'est la mère qui a la principale charge dans Tœuvre de léducation; le père est retenu hors du logis familial et ne peut surveiller que de fort loin tous les êtres nixqucls son travail donne le pain quotidien.

Il se bornera le plus souvent à mettre sa force à la disposition de l'autorité maternelle et se gardera de réprouver devant l'enfant les punitions infligées ou de contrecarrer par son attitude les desseins de la maman.

Or, il y a beaucoup de manières de mal faire à cet égard. Ainsi, la mère a cru pouvoir infliger une punition ; le mari rentre et trouve son garçon en larmes; aussitôt de s'exclamer : « C'est ridicule d'être toujours ainsi à crier après les enfants, ils ont bien le temps de devenir sérieux! » Le bambin ne se le fait pas répéter, et la prochaine fois que maman voudra sévir, il saura parfaitement se retrancher derrière l'autorité — ou la faiblesse — paternelle.

Autre exemple : un père, quand il rentre le soir de son travail, entend ne trouver qu'une récréation pour lui au foyer; il se plie à tous les caprices des enfants et joue au « papa gâteau », laissant à la maman le rôle de ^ rabat-joie ». Rien d'étonnant s'il est l'objet de toutes les préférences et de toutes les caresses, au grand détriment de l'œuvre entreprise par la mère, qui, en raison môme de la perpétuité de sa tâche, ne peut ni ne doit tolérer tout ce que le père est disposé à souffrir durant un instant de repos.

Mais les meilleures choses ont parfois leurs mauvais côtés. 11 en est ainsi de l'éducation maternelle qui, par l'excès même de ses qualités, risque d'amollir l'enfant et d'en faire une « poule mouillée ». Le gamin se cogne-t-il contre une porte ou une commode, maman, tout émue et larmoyante, l'appelle dans ses bras : « Viens, mon ange adoré! Tu t'es fait bien du mal, mon

pauvre chat! » et toutes les métaphores les plus tendres de suivre, variant du chien au lapin, en passant par toute la gamme des animaux domestiques. L'enfant, qui tout d'abord ne songe même pas à sa bosse, ne tarde pas à se laisser gagner par l'inquiétude maternelle; il se dit qu'il doit être vraiment à plaindre, et il ne tarde pas à répandre un océan de larmes sur un mal imaginaire. Les mamans — ce fut une des conclusions de la causerie du Cercle d'éducation familiale de Charonne — doivent être convaincues qu'en face de la douleur, il n'y a que deux attitudes éducatives : le combat quand on peut vaincre le mal, et la résignation quand il le faut subir.

Pour que l'œuvre d'éducation se fasse en parfaites conditions, il ne suffit pas qu'il y ait entente apparente entre le père et la mère : il est encore nécessaire que cette entente soit réelle.

A ce propos, il a été dit, au Cercle de Charonne, des choses très opportunes sur l'union conjugale, sur la manière de la rendre vraie et profonde, et, enfin, sur la façon de s'y prendre pour rétablir dans un ménage l'harmonie un moment détruite.

Mais ici nous citerons textuellement le résumé, afin de continuer notre démonstration de l'utilité pratique de ces cercles d'éducation familiale : cette utilité dépasse même parfois le cadre de la simple éducation des enfants. On en pourra juger par les lignes qui suivent, donnant un aperçu des paroles échangées à la seconde réunion.

« L'entente conjugale est faite uniquement de bonne volonté réciproque et prévenante. Au fond, nul ne s'imagine avoir eu les premiers torts, et si chacun s'enferme dans ce qu'il croit être son bon droit et attend que son conjoint fasse les premières avances, la bouderie ne tardera pas à jeter les époux sur le chemin

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de la dc'safTection. On ne s'en tire qu'en plaidant devant soi-môme la cause de l'autre époux. Knvisaf,^és de cette façon, les petits désaccords ne lardent pas à se présenter sous an jour nouveau et chacun reconnaît que tout n'est pas sans fondement dans l'opinion adverse. Comment, dès lors, un stupido amour-propre emprcherait-il de tendre une main qui sera acceptée avec reconnaissance?

« Parfois, cependant, la bonne volonté est impuissante à rétablir l'union, et il est nécessaire de recourir à un arbitre. Hùtons-nous de dire que ce cas est beaucoup moins fréquent qu'il ne semble de prime abord. Sans doute, les époux sont tentés, dès qu'une dilTiculté se présente, de faire appel à l'expérience ou à l'autorité de leurs ascendants : « Je demanderai l'avis de maman... Je ne ferai rien sans avoir consulté papa. » Mais comment pourraient-ils oublier que de tels arbitres seront forcément partiaux, donc récusables, et que leur proposition par elle seule est peu flatteuse pour l'autre époux, qui ne tient pas ses propres parents pour inférieurs à ceux de son conjoint et se trouvera fatalement froissé par l'inconsciente comparaison qui est faite entre les doux familles? Pas plus qu'il n'est bon que les beaux-parents s'immiscent dans le gouvernement du foyer, il n'est prudent de les appeler à la rescousse; si le choix d'un arbitre s'impose, il faut le prendre en dehors des proches parents. » Mais il est peu de personnes assez expérimentées, assez sages et discrètes, pour tenir le rôle diflicile entre tous d'arbitre conjugal. Aussi le plus sûr est-il de n'avoir jamais l)esoin d'y recourir.

Assurément, ce sont là de très bons conseils à l'usage des pères et des mères de famille populaire. Mais je crois que, dans les autres classes de la société, on pourrait les entendre non sans profit.

Les deux premières réunions du Cercle d'éducation familiale de Charonne avaient été consacrées à des questions d'ordre général. Au cours des réunions suivantes, on est entré dans le détail et dans les applications pratiques.

Ainsi, on a employé toute une séance à examiner la question des premières habitudes de l'enfant^. Que de mamans et de papas manquent l'éducation de leurs fils et filles parce qu'ils la commencent trop tard ! C'est dès le berceau qu'il faut donner de bonnes habitudes, ou, plus exactement, qu'il faut éviter d'en laisser prendre de mauvaises.

Bien des mères cèdent aux cris de leurs bébés, alors même que ces cris ne sont provoqués par aucune souffrance, mais sont avec évidence le résultat d'un pur caprice. On capitule pour ne plus être fatigué par ces perçantes criailleries. Cette capitulation en entraînera beaucoup d'autres.

Mais nombre de parents, plutôt que d'aborder la difficulté de front, préfèrent la tourner. Dès qu'ils entendent les premiers cris, ils tâchent d'attirer l'attention de l'enfant sur un objet quelconque qui lui fasse oublier son désir : « Tiens, regarde donc le joli minet là-bas... » Le moyen ne réussit pas toujours ; parfois l'objet indiqué provoque un nouveau désir de la part du petit capricieux et la difFiculté se pose de nouveau ; parfois aussi le bambin s'aperçoit du stratagème et ne s'y laisse pas prendre. Quand bien même la ruse serait couronnée d'un apparent succès, le problème ne serait pas résolu. Il faudra bien, en effet, qu'un jour, entre la

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