PAYS
DATE du
recensement.
NOitBEE TOTAL
des
femmes.
NOMBRE des
travailleuses.
POUR CEXT
des trarailleuses
Bur la
population
féminine
totale.
Allemagne — Angleterre et
Galles
Ecosse..
Irlande
Autriche
Hongrie
Belgique
Danemark
France
Hollande
Italie
Suède
Norvège
Suisse
Etats-Unis —
Total
1. La première partie et la conclusion de ce très important travail ont été publiées dans V Association eatholique du 15 novembre 4903 (p. 146 et suiv.). Les chiffres que donnent M. et M"» Jean Brunhes — et dont nous reproduisons les principaux — sont empruntés au Statistisches Jahrbuch fur das Deutsche Reich pour 1903.
Il est certain que les chiffres qui composent ce tableau ne sont pas rigoureusement comparables : d'abord ils sont empruntés à des recensements qui s'échelonnent sur une période de vingt ans ; en outre, il est possible que le terme de « travailleuse » ne soit pas pris identiquement dans le même sens dans les divers pays *. Quoi qu'il en soit, on est en droit d'affirmer que, dans les quatorze pays énoncés, sur environ cent cinquante millions de personnes appartenant au sexe féminin, il y en a à peu près quarante millions qui sont des salariées : c'est là une très forte proportion.
Si l'on cherche les raisons de ce fait, on découvre que l'aptitude et la compétence professionnelles ne sont pas toujours ce qui détermine les employeurs à occuper un personnel féminin : ils y trouvent leur intérêt, parce que, généralement, la femme- reçoit un salaire moins élevé que l'homme *. Son salaire est trop
1. On peut élre surpris de constater qu'en Autriche il y a 47 p. <oo des femmes qui soient salariées tandis qu'aux Étals-Unis la proportion tombe à 14 p. IfK). Cependant, cofimie le font remarquer M. eiM"* Jean Brunhes, ces chitTres extrêmes paraissent admissibles si l'on songe qu'en Autriclie une grande partie du travail rural est fait par les femmes, tandis qu'aux Etals-Unis la femme est pour ainsi dire exclue des travaux agricoles. En Autriche, dans l'agricuilure, les deux tiers des ouvriers et la moitié des journaliers sont des femmes. Si les femmes salariées sont aux Etals-Unis moins nombreuses que dans la plupart des autres pays, leur condition y est particulièrement dure; pour s'en convaincre, on na qu'à lire l'Ouvrière aux Èlals-Unis, par M"*' J. et M. Van Vorst, traduit de l'anglais par Jacques Doumic (Ju\en, éditeur, Paris, 1"X>4). Cf. Sur la vie industrielle. Abbé Klein, Au pays de la vie intense (Pion, éditeur;, p. 190 cl suiv.
S. Dans l'afcriculiure, les salaires des hommes sont supérieurs a ceux dos femmes; l'écart est, en moyenne, d'un franc. Le salaire féminin représente un peu plus de la moitié et un peu moins des deux tiers du salaire masculin tCf. M"» Schirmacher, Le travail des femmes en France, Circulaire du Musée social, mai 1902, p. 3i7).
Dans l'industrie, les salaires des femmes sont également inférieurs k ceux des hommes. On évalue la moyenne des salaires teminins dans les industries, pour toute la France (sauf Paris), à S francs par jour. >!"• Schirmacher discute et interprète les chifires doums par l'Office du travail (Cf. op. cit., p. 3.J4 et suiv.); elle arrive h celle conclusion : • ... Voiiu 8i9.057 ouvrières industrielles qui, journellement, font celte
souvent considéré comme un « salsdre d'appoint » : à travail égal, on ne lui donne pas somme égale. Ce serait cependant simple acte d'équité. C'est là d'ailleurs, nous l'avons vu \ une des plus justes revendications féministes.
Il ne faudrait point croire que la besogne réservée au personnel féminin fût constamment facile, peu fatigante, exigeant seulement légèreté de main et habileté de doigts. Il n'en est pas toujours ainsi : il y a des femmes employées dans les métiers les plus durs, il y en a dans les mines et les carrières, il y en a même dans l'industrie des transports. Dans son étude sur le Travail des femmes de France, M"® Schirmacher constate, d'après les documents officiels, que 2.518 femmes étaient employées dans les travaux de terrassement, 1.313 dans les carrières et 794 dans la métallurgie. Je me rappelle avoir assisté, il y a quelques années, à un spectacle qui, pour s'être déroulé dans un de nos grands ports français de l'ouest, n'en était pas moins digne d'une de ces peuplades africaines chez lesquelles la femme est une bête de somme. Une douzaine d'Italiennes, dans la force de l'âge, étaient occupées à décharger d'énormes ballots de chiffons 2; sur le pas de la porte, tranquillement assis et fumant sa pipe, un contremaître surveillait leurs allées et venues, gourmandant grossièrement celle de ces malheureuses
dépense considérable de force... Et la plupart de ces femmes, les ouvrières de "70 départements sur 87, les ouvrières de i" industries sur 18, n'arrivent que difflcilement ou pas du tout à équilibrer leur budget. C'est là une énormité économique et un danger social. »