LB DEVOIR DBS ACHETEUSES. — LA LIGUE SOCIALE DES CONSOMMATEURS
I. Acheter est un au:te social et non pas seulement un fait économique. — La préoccupation exclusive du bon marché. — Exemples d'inconscience sociale. — Un monsieur qui s'impatiente. — Des consommatrices qui s'inquiètent de leurs devoirs. — II. Comment naquirent en Amérique les ligues sociales d'acheteurs. — La première ligue. — A New-York. — i'ne bonne maison. — Un règlement-type. — La liste blanche. — Débuts et progrès. — III. Un mouvement qui devient puissant. — La propagande dans les collèges de jeunes filles. — Des étudiantes qui mettent à l'index une manufacture de corsets. — IV. Le sweating System. — La lutte contre ce mal social. — Ce que révéla une enquête. — Un côté de la question : la transmission des maladies contagieuses par les vêtements confectionnés. — Quelques faits démonstratifs. — Comment les ligues américaines organisèrent la campagne. — Les lois contre le sweating System. — Un important succès. — V. Les Françaises n'ont pas attendu l'e.xemple des Américaines. — Une pétition féminine. — La Ligue sociale des acheteurs, fondée à Paris. — Double but qu'elle se propose. — Premières listes blanches. — Début* encourageants.
S'il est, dans la vie de tous les jours, des actes à raccomplissement desquels nous n'apportons le plus souvent aucune préoccupation sociale, ce sont assurément nos achats. En règle générale, nous songeons à peu près exclusivement au bon marché. « Combien
de femmes du monde, écrivait récemment M""^ H.-J. Brunhes ^ , se réjouissent et se félicitent les unes les autres d'avoir acheté tel article « pour rien », Combien font ainsi la vogue du magasin où Ton vend « très bon marché », comme elles ont fait le succès de cette grande escroquerie qui s'est appelée la Boule de neige Est-ce avarice de leur part? Non, c'est plutôt légèreté, insouciance et surtout ignorance. De cette grave responsabilité de l'acheteuse, personne ne leur a jamais parlé... » Elles ne se demandent jamais si, pour acheter ces robes, ces « pièces d'exposition » et ces mille objets qu'elles se procurent à des prix parfois dérisoires, l'ouvrière n'a pas été réduite au salaire de famine. Elles ne se posent pas ces questions, parce que, jusqu'à présent, on n'a guère attiré leur attention sur ces questions délicates — et angoissantes.
Autres faits qui permettent d'entrevoir l'ignorance sociale — je ne trouve pas de mots plus exacts — des acheteurs et des acheteuses qui, par leurs exigences et leurs bizarreries, rendent parfois excessivement pénible l'existence des employés.
Voici, par exemple, une dame qui s'amuse à essayer nombre de chapeaux ou de manteaux, uniquement pour voir comment cela lui ça, et qui part sans rien acheter ^ ; songe-t-elle un seul instant, cette personne, qu'elle vient de faire perdre son temps — nous dirions presque de le voler — à une autre femme dont le salaire sera proportionnel à la vente effectuée?
Voici un monsieur — car ceux-ci sont tout aussi inconsciemment coupables que les dames — qui vient