Quelles sont les responsabilités de la femme gui achète
2. Il y a une autre pratique dont certaines personnes abusent parfois c'est la pratique du rendu. En un article curieux, le Conseil des femmes [ib janvier 1903, p. 419) montre comment cette pratique porte un tort sérieux aux employés qui se trouvent avoir perdu leur temps et leur « guette » auprès d'une cliente dont l'achat est retourné quelques jours plus tard au magasin.
ROLE S(Jt lAL DhS I EMMES DE CONDITION AISÉE. 283
faire ses emplettes de Noôl ou du premier de l'An : il n'.iime pas attendre — ce en quoi, d'ailleurs, il ressemble au reste de l'humanité — , il s'impatiente donc contre un employé qui ne lui paraît pas déployer toute lactivité désirable : celui-ci, sur ses jambes depuis le matin, est un peu las et son zèle se ralentit peut-être : son sourire est moins avenant et sa complaisance se ressent de la fatigue de toute une journée... Le client s'irrite et manifeste tout haut son mécontentement.... l'n inspecteur entend et retient l'observation. Deux ou trois remarques du même genre — il suffit de deux ou trois grinchus pour les faire! — et c'est la mise à pied de remployé.
Dernier exemple. Nous faisons un achat, mais l'envoi de l'objet en question subit un retard. Au lieu d'adresser une simple réclamation, on se plaint violemment de la négligence de la maison. Devant ces récriminations, la direction fait une enquête, et elle apprend que le retard provient d'une erreur imputable à tel gardon livreur : dans l'avalanche des paquets, il a mis sur l'un l adresse qui convenait à l'autre. Assurément, il est fautif, le malheureux, mais il ne mérite vraiment pas la corde. Néanmoins, dans quelques maisons, pour deux ou trois fautes de ce genre — nous le savons de source certaine — on lui réglera son compte. Sans doute, on regrettera la sévérité de cette décision, mais on doit avant tout satisfaire la clientèle. Peu importe des lors que celle-ci soit difficile, exigeante, bizarre : il faut qu'elle revienne. Au personnel de se plier à tous les caprices.
En ces constatations, nous ne critiquons pas la méthode des grands magasins : ceux-ci, en présence d'une concurrence acharnée, subissent une loi presque inéluctable.
Mais nous déplorons la manière de faire d'une partie
de la clientèle. Trop souvent, l'on achète avec cette conviction que, puisque Ton paie, on n'a plus à s'inquiéter d'autre chose. Nous voulons être servis vite, bien et à bas prix : le reste ne semble pas nous regarder.
Il suffit cependant d'un instant de réflexion pour reconnaître que pareille façon d'agir est en contradiction avec les principes de justice et de charité que le christianisme est venu apporter dans le monde. Libre à M. Yves Guyot et à ses disciples de soutenir l'irresponsabilité de l'acheteur, mais un catholique est bien obligé de reconnaître qu'en droit, il est tenu, en pareil cas, à respecter certaines règles.
— Que le devoir; existe, nous n'en disconvenons pas Mais, dans une infinité de cas, il est d'un accomplisse ment quasi impossible. Si je vais acheter, par exemple une paire de bas pour mes enfants, je ne puis vraiment me renseigner sur les salaires payés aux ouvriers qu les ont confectionnés et, le plus souvent, je ne pourrai même pas arriver à connaître le traitement et les conditions de vie imposés aux employés par le patron du magasin où je serai entré... Alors, enfuit, que devient mon obligation théorique?
L'objection est forte. Elle explique notre apathie : nous ne saurions dire cependant quelle la justifie complètement. Heureusement, il s'est trouvé des femmes qui se sont émues de cette situation et qui ont éprouvé quelque inquiétude à l'endroit de leurs devoirs d'acheteuses. C'est de cette inquiétude que sont nées, aux États-Unis, ces ligues sociales de consommateurs dont l'idée en ces derniers temps a traversé l'Atlantique * .
1. l\ existe actuellement des « Ligues Sociales d'acheteurs » en France, à Paris, en Hollande (à La Haye, Amsterdam, Harlem. Utrecht et Rotterdam), en Suisse (à Genève et Berne). Le mouvement s'organise en Italie et en Allemagne.
I.e monvement a pris naissance en Amérique, il y a un peu plus d'une dizaine d'années. La chose vaut la peine d'être examinée et nous la conterons à l'aide d'une remarquable étude de M"*" II. -J. Brunhes ^
Ce n'est pas une théorie, mais bien un fait d'observation qui a été roccasion des ligues de consommateurs aux États-Unis. La Working Women's Societi/ avait entrepris une enquête sur la situation des vendeuses dans les magasins de New- York. L'enquête fit connaître des détails navrants. Les promoteurs résolurent d'exposer ces résultats dans un meeting, mais ne voulant pas se contenter d'une manifestation oratoire, ils firent voter par l'assemblée la résolution suivante : « Un comité sera formé qui donnera son aide à la Working Women's Society pour l'élaboration d'une liste comprenant les magasins qui traitent leurs employés avec justice. Ainsi, l'action et l'opinion publiques pourront encourager l'employeur juste, qui fait sou devoir, et donner à l'employeur juste, mais esclave de la concurrence, le moyen d'agir selon sa conscience. »
Dans cette résolution, on trouve le principe même des ligues sociales de consommateurs : le vote de ce texte aboutit d'ailleurs à la constitution, à New-York, de la j)remière de ces ligues.
(]ette ligue, à peine organisée, adopta un programme dont les quatre articles résument la théorie du rôle social et des devoirs qui incombent aux acheteurs. Voici ces quatre articles :
1. L'exemple des Américaines, par M"» H. J. Brunhes (Paris, au siège de la Ligue sociale des aciieteurs, 98, rue Serpente).
P II est dans l'intérêt de la communauté que tous les travailleurs reçoivent, non le salaire le plus bas, mais un salaire qui leur permette de vivre bien ;
2° C'est le consommateur qui porte la responsabilité des maux dont souffrent les salariés; c'est lui qui persiste à acheter au meilleur marché, insouciant des conditions de ce bon marché ;
3° Le devoir du consommateur est donc de rechercher dans quelles conditions sont fabriqués les articles qu'il achète et d'exiger que ces conditions soient au moins morales et permettent au travailleur de vivre convenablement ;
4° Ce devoir revient principalement aux consommateurs qui usent des articles fabriqués par des femmes, étant donné qu'il n'est pas de minimum de salaire au-dessous duquel le salaire des femmes ne puisse être abaissé.
Les Américaines ont le sens des réalités : les fondatrices de la ligue ne pouvaient donc se contenter de cette formule un peu trop générale; il leur fallait arriver à quelque chose de plus précis.
Elles y arrivèrent en indiquant le but de leur association dans les termes suivants : « Reconnaissant que, de fait, la plupart des employeurs sont virtuellement empêchés d'améliorer la condition des ouvriers quant au temps et au salaire, si l'opinion publique, la loi et l'action des consommateurs ne les soutiennent pas, la Ligue des consommateurs déclare que son premier objet est d'améliorer la condition des femmes et des enfants employés pour la vente au détail dans les magasins de New-York. Autant que possible, la Ligue ne patronnera que les magasins se rapprochant du type d'une bonne maison tel qu'il a été établi par la Ligue. »
Mais qu'était-ce bien qu'une bonne maison au sens où on l'entendait dans cette déclaration?
C'est ici que nous reconnaissons vraiment le sens
pratique des Américaines. Au lieu de s'évertuer à donner une définition générale — et partant assez vague — elles interrogèrent les intéressés, patrons et employés, et formulèrent un o«*rtain nombre de conditions dont l'ensemlde constitua le règlement-type vers lequel on devait tendre.
Voici les caractères principaux que la Ligue déclara être ceux de la « bonne maison » :
Salaire. — Une bonne maison est celle où l'on observe le principe : à travail pgal, salaire égal ; où, dans le département des femmes, le minimum de salaire est de G dollars pour les adultes expérimentées et ne tombe que rarement au-dessous de 8 dollars ; où le paiement est fait à la semaine ; où les amendes, si l'on en impose, alimentent un fonds de réserve au bénéfice des employés.
Heures de travail. — Une bonne maison est celle où la journée de travail dure de huit heures du matin à six heures du soir (avec trois quarts d'heure pour le déjeuner de midi), où une demi-journée de vacances est donnée un jour de semaine (outre le dimanche) durant au moins deux mois de l'été ; où toutes les heures de travail supplémentaires sont payées.
Conditions d'hygiène. — Une bonne maison est celle où les pièces destinées aux repas, au travail, et au repos sont séparées et conformes aux principes de l'hygiène; où la loi des sièges est observée et où l'usage des sièges est permis.
Autres conditions. — Une bonne maison est celle où des relations vraiment humaines et dignes sont de règle entre patrons et employés ; où un service fidèle de plusieurs années est récompensé à sa juste valeur; où des enfants audessous de quatorze ans ne sont pas employés.
Tel était le programme — très précis — que les dames de New-York proposaient ou mieux imposaient aux maisons qui désiraient ligurer sur la Liste blanche, c'est-à-dire sur la liste des magasins recommandés par la Ligue des consommateurs. « A premières vue, remarque M""" H.-J. Brunhes, Ton pourrait croire que
les commerçants de New- York ont dû se montrer hostiles aux conditions de la Ligue des consommateurs. Il n'en est rien : les chefs des plus grands magasins de Ne^\'-York furent les auxiliaires les plus dévoués du comité de la Ligue ; ils l'éclairèrent de leurs conseils ; ils acceptèrent par esprit de justice cette alliance nécessaire de l'employeur et du consommateur et ils l'acceptèrent aussi par intérêt. Songez à l'énorme réclame gratuite qu'un groupe d'acheteurs peut faire au moyen de la Liste blanche. C'est par dizaines et même par centaines de mille francs que se chiffre, pour certaines maisons, le compte annuel de la publicité, surtout en Amérique. Un bon commerçant ne peut manquer d'apprécier à sa valeur une réclame spontanée faite par des acheteurs qui sont des apôtres. Au reste, les faits sont plus probants que les paroles. Dès 1891, la Liste blanche des magasins au détail de New-York comprenait huit noms; plusieurs magasins, ne pouvant souscrire du jour au lendemain aux conditions de la Ligue, consentirent à chercher, de concert avec elle, les modifications qu'ils pourraient introduire dans leurs maisons sans risquer des interruptions ou des troubles préjudiciables à la marche de leurs affaires, et, fait très important, consentirent à se soumettre aux inspections des membres de la Ligue avant même d'avoir le droit de figurer sur la Liste blanche. »
Je sais bien que huit magasins pour une ville comme New- York, c'est peu de chose. Assurément. Mais ce ne fut que le point de départ d'un puissant et généreux mouvement.
Bien vite, la Ligue de New- York reconnut la nécessité de ne pas se contenter d'atteindre les magasins:
elle décida de porter aussi ses efforts du côté des fabriques et des usines. Nous verrons plus loin les résultats que, sur ce point, elle a su déjà obtenir, i^uis. elle entreprit de faire de la propagande dans les divers Ktats d'Amérique : des meetings furent tenus dans les principales villes, et, dès 1897, nous voyons se constituer des ligues locales de consommateurs à Philadelphie, Brooklyn et Chicago.
Les associations fondées dans les deux premières de ces villes s'attachèrent à la protection des femmes et des enfants employés à la vente dans les magasins de tissus. La Ligue de Chicago s'en tint dabord à la protection des enfants, et la Liste blanche qu'elle fit paraître à Noël 1897 portait trente noms, avec l'avis suivant : « Les magasins indiqués ci-dessus n'occupent pas les enfants âgés de moins de seize ans après six heures du soir. »
Peu à peu se fondèrent d'autres ligues : il existe aujourd'hui cinquante-trois ligues de consommateurs, réparties dans dix-sept Etats. Ces ligues, disséminées à travers la grande république américaine, ont senti le besoin d'unir leurs efforts et elles se sont fédérées sous le nom de Ligue nationale.
Le premier soin de la fédération fut de déterminer les conditions à imposer aux fabricants. Ces conditions furent ainsi établies :
1° Observation des lois sur la protection des travailleurs;
2° Défense d'employer des enfants au-dessous de quinze ans ;
3" Aucune personne occupée dans les manufactures ne doit travailler plus de dix heures par jour et de soixante heures par semaine; aucune ne doit travailler après neuf heures du soir et avant six heures du matin ;
4° Les fabriques doivent se soumettre à toutes les enquêtes faites par les représentants de la Ligue et effectuer les améliorations demandées par la Ligue.
— Mais, objecterez-vous, comment reconnaître les objets fabriqués dans les manufactures adhérentes de ceux fabriqués dans les établissements concurrents? Il faut bien cependant que le public puisse faire facilement la distinction.
Pour cela, la Ligue décida de délivrer aux fabricants affiliés une marque spéciale — le label — qui peut être retirée après enquête si l'industriel n'observe pas les conditions prescrites.
Ne pouvant englober toutes les usines, les directeurs de la Ligue nationale limitèrent leur action aux manufactures qui occupent le plus nombreux personnel féminin, c'est-à-dire aux manufactures de vêtements de dessous (corsets, jupons, chemises et articles de flanelle;. Dès 1899, cinq manufactures signèrent un contrat avec la Ligue et reçurent l'autorisation de se servir du label. Ce nombre s'est considérablement augmenté : aujourdliui, quarante-sept manufactures américaines ont adhéré à la Ligue et respectent les conditions imposées aux fabricants.
La Ligiie^ d'ailleurs, mène une active propagande : Tan passé, elle a fait donner près de cent cinquante conférences, dont une vingtaine dans des écoles ou collèges déjeunes filles. Et cette propagande dans les Universités féminines n'est pas sans résultats : « Après les conférences de Smith Collège, raconte M™^ H.- J. Brunhes, les étudiantes ont refusé en bloc d'acheter les corsets d'une célèbre manufacture du Connecticut avant que Mrs Kelley ait dirigé une enquête dans cette manufacture et l'ait proclamée digne de la Liste blanche. De même , il a suffi de deux conférences au collège de Wellesley pour que les élèves s'abstinssent d'acheter tout vêtement de dessous non marqué du label, forçant plusieurs magasins de Boston à se fournir dans les manufactures de la Liste
ROLE SOCIAL DtS KEMMKS DE CONDITION AISÉE. 291
blanche et organisant elles-mêmes une exposition de vêtements féminins portant la marque de la Ligue ». Les Américaines sont femmes pratiques, — et elles savent appliquer leur sens du réel à la protection des travailleurs.
En poursuivant de la sorte le bien des travailleurs, les membres des Ligues américaines ont, par un heureux retour des choses, efïicacement servi leurs propres intérêts.
De l'autre côté de l'Atlantique, comme de celui-ci, 1 industrie du vêtement est très fréquemment viciée par le sweating system.
Là-bas, tout comme chez nous, il y a des entrepreneurs et des entrepreneuses qui reçoivent directement les commandes des magasins importants et qui les ré partissent ensuite entre un certain nombre d'ouvrières, souvent aussi entre d'autres sous-entrepreneuses. Quelquefois, entre l'établissement de vente et la couturière qui confectionne, il y a quatre ou cinq intermédiaires : chacun de ces individus prélève une part de bénéfice, et il arrive que l'ouvrière — celle qui vraiment fait l'ouvrage — touche à peine quelques sous pour un labeur, cependant payé 3 ou 4 francs par le magasin! C'est là le sweating system : mais, pour en saisir tout le hideux caractère, il faut se représenter ces centaines de malheureuses femmes, condamnées à de véritables travaux forcés, dans leurs cliambrettes misérables, où Ton grelotte l'hiver, où l'on étoufTc Tété — et tout cela pour gagner juste de quoi ne pas mourir de faim, tandis que l'entrepreneur rafle tranquillement le plus clair des bénéfices...
292 INITIATIVES FEMLNINES.
C'est tout simplement odieux, n'est-il pas vrai? et cependant, cela se pratique presque sous nos yeux, mais à notre insu.
Les Américaines, membres des ligues d'acheteurs, ont résolu de faire disparaître ce mal social qui semble, il est vrai, très difficile à atteindre. Voyons donc comment elles se sont mises à la besogne. Il y a peu de temps qu'elles ont entamé la lutte contre les sweaters y mais il est intéressant d'étudier la méthode qu'elles ont adoptée, et qui déjà a donné d'excellents résultats.
Elles ont commencé par entreprendre une enquête sérieuse et détaillée. Elles ont ainsi constaté, de façon précise, bien des choses que l'on soupçonnait plus ou moins vaguement.
Entre autres constatations qu'elles ont faites, il en est unec?e nature à émouçoir les mères de famille qui achètent des vêtements tout faits : c'est la transmission très fréquente des maladies épidémiques, en particulier de la scarlatine et de la tuberculose, par les vêtements confectionnés.
Dans l'étude de M""® H.-J. Brunhes que nous avons déjà eu l'occasion de citer, nous trouvons à ce sujet l'exposé de plusieurs faits des plus topiques : ils sont de nature à montrer que, dans la société, une mystérieuse loi d'interdépendance unit tous les êtres et que personne, si riche soit-il, ne saurait se flatter d'être totalement indépendant.
Voici quelques-uns de ces faits révélés par l'enquête américaine.
Le docteur Annie F. Daniel, médecin du dispensaire pour femmes et enfants de la ville de New-York, a déclaré que, durant l'année 1900, parmi les familles d'ouvriers auxquelles le dispensaire a donné des soins à
domicile, on a compté cent soixante-dix-ncuf familles occupées à faire des vôtements. Dans la plupart de ces familles régnaient des maladies contagieuses ou infectieuses, la plus fréquente était la tuberculose; or cette dernière catégorie de malades travaillait pour ainsi dire jusqu'au jour de sa mort.
Miss Lilian D. Vald, directrice d'une association de nurses, lit une déposition non moins démonstrative : « Nous appelons la phtisie, a-t-elle dit, le mal des tailleurs : les gens de nos quartiers travaillent presque tous à la confection des vêtements, et aucun d'entre eux ne me semble avoir échappé à la tuberculose... L'autre soir, mon attention fut éveillée parle fait suivant : je fus appelée dans un logis où déjà une nurse avait été appelée successivement pour trois malades appartenant à des familles difTérentes. Une de ces familles, atteinte de tuberculose, avait déménagé et, quelques mois après, nous venions soigner un nouveau malade qui succombait au même mal dans la même chambre... Il nous est arrivé bien souvent de trouver des ouvriers occupés à coudre des vôtements dans une pièce où régnait la fièvre scarlatine ; il y a quelques jours, une de nos nurses alla voir trois enfants atteints de cette maladie : la mère travaillait à des manteaux de dames. Quand elle s'interrompait de coudre pour soigner les enfants, la mère déposait son ouvrage sur leur lit. »
Le docteur Hermann ^L Biggs ajouta ces paroles plus précises encore : « Nous avons entrepris, il y a quelques années, une série d'expériences sur les poussières contenues dans divers logements. La plupart de ces poussières contenaient des bacilles qui déterminèrent la tuberculose sur les animaux injectés. Nous recueillions ces poussières sur les murs, les moulures ou les plafonds des maisons. »
Pour apprécier limportance de ces déclarations, il est indispensable de savoir que la ville de New- York a exporté en 1899 pour 160 millions de dollars de vêtements, dont les trois quarts ont été faits dans des logements visés par le docteur Hermann Biggs. D'après la dernière statistique, il y a, soit à New- York, soit dans la banlieue de cette ville, plus de soixante mille ^ ouvriers ou ouvrières occupés à cette industrie. Or, ainsi que le remarque M™® H.-J. Brunhes, « étant donné que ces ouvriers, hommes et femmes, acceptent presque toujours, pour une semaine, plus de travail quils ne peuvent en faire, même en travaillant en moyenne de douze à quatorze heures par jour, et que le salaire des plus habiles ne dépasse jamais dix dollars, il est évident que ces ouvriers surmenés n'ont ni le temps, ni la force, ni les moyens d'introduire la pro prêté la plus élémentaire dans leur misérable logis. Après avoir passé par des mains malpropres, ces vêtements sont étalés sur des lits où pullule la vermine, et ces mêmes vêtements, tout imprégnés de l'haleine et de la sueur des tuberculeux, iront tout à l'heure garnir l'élégante vitrine d'un tailleur pour dames ou d'un magasin de nouveautés! Mrs Frederick Nathan dit avec raison : « Si les hommes et les femmes sa- « valent dans quelles conditions sont faits les vêtements « qu'ils portent, ils en éprouveraient honte et dégoût, « sinon remords. »
Tels sont les faits, navrants et inquiétants, que l'enquête révéla aux membres des Ligues américaines d'acheteurs -.