‹ Injections intra-rachidiennes De Sels MercurielsChapitre 23 sur 38 · RES · texte numérisé non relu

RES

racines postérieures et là serait la cause pathogénique du tabes ;

2° Au cours des processus méningés chroniques syphilitiques, la méninge oppose une barrière assez grande au passage des médicaments, iodure et mercure.

S'il était donc possible de provoquer une libéralion des racines postérieures par l'introduction directe à leur contact d’un médicament spécifique, la thérapeutique aurait fait un grand pas.

Malheureusement, l'introduction dessels mercuriels en faible quantité est,nous l’avons dit,très douloureuse. En quantité suffisante, pour être efficace, elle risque même d’être dangereuse par son action sur les racines antérieures.

C'est pour obvier à ces inconvénients que M. Sicard songe à provoquer à l’aide d’un sérum chloruré banal absolument inoffensif une réaction locale rachidienne. Avec M. Salin (r), il a fait voir en effet qu’une injection de sérum chloruré isotonique poussée dans le liquide céphalo-rachidien à la dose de 2 à 3 centimètres cubes suffisait à provoquer une vive réaction méningée, comparable en tous points à celle que provoque l’introduction de sels mercuriels dans le sac sous-arach-

1. Sicard et Salin. Réactions méningées consécutives aux injections arachnoïdiennes lombaires de sérum de cheval et de sérum artificiel (Journal de Médecine de Paris, 2 avril 1910,

noïdien, et cela avec un minimum de phénomènes douloureux.

Dans ces conditions, la perméabilité méningée est troublée, le passage médicamenteux dans le liquide céphalo-rachidien est favorisé, et il suffit alors d’injecter le mercure non plus dans le liquide céphalo-rachidien, mais par les méthodes ordinaires intra-musculaires ou veineuses pour obtenir une action mercurieile plus efficace sur le processus méningé syphilitique.

M. Sicard a bien voulu nous mettre lui-même au courant de la technique thérapeutique à laquelle il s’est arrêté äepuis plusieurs mois, et qu'iln'a pas encore publiée :

La susceptibilité méningée sous-arachnoïdienne des malades méningomyélitiques syphilitiques et tabétiques qui doivent être soumis à la cure mercurielle rachidienne est éprouvée par l’inoculation dans le liquide céphalo-rachidien de sérum chloruré isotonique absolument inoffensif.

On l'injecte à la dose de 2 à 3 centimètres cubes. Cette seule injection peut déjà provoquer des douleurs assez vives dans les membres inférieurs, qui débutent deux heures après l'injection et durent dix-huit heures environ.

Cette injection de sérum simplement chloruré esl renouvelée quinze jours après, à la dose de & ceñlimètres cubes environ.

Ce n’est qu'à la troisième ou quatrièmeinjection, c'est-à-dire un mois environ après le début du

EG ts

traitement que la méninge, accoutumée à recevoir un liquide étranger, devient alors apte à être impressionnée par une petite quantité de mercure.

Le sel mercuriel choisi est le cyanure de mercure, pour cetle raison qu’il ne précipite pas les albumines duliquide céphalo-rachidien et qu’il peut s’immiscer à un peu de novocaïne.

. La dose à employer est de deux dixièmes de milligramme de cyanure reportés dans 2 centimètres cubes de sérum chloruré. PE

On peut du reste mélanger dans la seringue contenant la substance médicamenteuse, 3 à & centimètres cubes de liquide céphalo-rachidien

directement aspiré au moment de la ponction, et

après évacuation de 8 à 10 centimètres cubes de ce même liquide. |

On peut se servir des ampoules suivantes que conseille M. Sicard.

Gyanure de mercure. .......:..,. 92/10 de mgr. Noyocane.s 1." RM ESS 1/2 cgr.

SÉEUMICILIOTUEÉ. 0 MEL x I CmC,

Même après préparation antérieure de la cavité méningée, ces injections peuvent provoquer des douleurs dans les membres inférieurs.

. Mais le point original essentiel de cette méthode actuelle que préconise M. Sicard est surtout,

comme nous le rappelions précédemment, la perturbation osmotique ainsi créée de la perméabilité

méningée, d'où possibilité d’agir également par voie indirecte sur la méninge. Le mercure injecté par voie sous-cutanée ou intramusculaire pénètre en effet dès lors mieux et en plus grande quantité au niveau des lésions méningées.

On mercurialise de la sorte les méninges à petites doses de dedans en dehors et de dehors en dedans. Il ne suffit pas, pour M. Sicard, d'introduire quelques dixièmes de milligramme d’un sel mercuriel quelconque dans le liquide céphalo-rachidien. Il faut surtout, à la faveur de la révulsion méningée et de la perturbation de perméabilité réalisées, poursuivre méthodiquement le traitement mercuriel classique par voie intramusculaire ou intraveineuse. Nous pouvons ainsi résumer cette méthode :

Premier temps du traitement. — Préparation de la cavité méningée par injection sous-arachnoïdienne d’une pelite quantité de sérum chloruré isotonique. |

Deuxième temps. — Au lendemain de l'injection précédente, qui a créé un trouble osmotique et rendu la méninge perméable, on commence le traitement classique mercuriel par voie intraveineuse ou intramusculaire (mercurtalisation indirecte de dehors en dedans).

Troisième temps.— Si les résultats thérapeutiques ne sont pas suffisants, alors injection rachidienne mercurielle directe qui agit de dedans en dehors.

Suivant les indications et les limites de réaction et de tolérance, ce traitement est suspendu puis repris par séries plus ou moins éloignées.

C'est là une modalité nouvelle de traitement intra-rachidien qui mérite d’arrêter l’attention. La réaction de l'individu après l'injection est bien moins violente tout en persistant cependant. Il semble que Ja méthode soit aussi efficace. Nous rapportons par exemple l'observation d’une tabétique où les douleurs fréquentes furent très puissamment calmées par ce procédé sans qu'on ait eu besoin d’avoir recours au troisième temps. Les phénomènes réactionnels après l'injection apparurent, mais ils furent peu intenses et durèrent

peu.

Page 1