‹ Innocent IIIChapitre 14 sur 25 · Morum honestas et compeiens scientia · texte numérisé non relu

Morum honestas et compeiens scientia

prudence royale qui nous a arraché, à force d'instances, la confirmation de l'élection de Kalocza. Beaucoup nous ont reproché (et vraiment ce n'était pas à tort) d'avoir, mis à la tête des maîtres et des évêques un homme qui n'avait même pas les connaissances exigées pour l'épiscopat. Et le voilà qui abandonne son Église pour aller à Vicence se mettre sur les bancs et étaler son ignorance! Nous lui avons, sans délai, donné l'ordre de retourner à Kalocza, et d'y recevoir à domicile les leçons de quelques maîtres d'une science et d'une moralité éprouvées. C'est par là seulement qu'il se rendra tolérable. Engage-le donc fortement à nous obéir, sans quoi, nous serions obligés de défaire, par prudence, ce que nous avons fait sous la pression de tes demandes répétées. » Menace platonique! Bertold avait? son siège et le garda.

Conformément à la tradition, les archevêques de Kalocza essayaient, par tous les moyens, de méconnaître la primatie de l'archevêque de Gran et de lui contester ses privilèges. On pense bien qu'avec le beau-frère du roi, le conflit des deux prélatures en vint vite à l'état aigu : d'où les plus graves désordres et d'interminables guerres privées, En 1211, Jean, l'archevêque de Gran, dut signer, sans doute malgré lui, un pacte qui lui confirmait, à la vérité, son droit d'effectuer le premier couronnement des rois et de recevoir la dîme du revenu de la frappe de la monnaie royale, mais qui donnait à l'archevêque concurrent des avantages dont

rÉglise de Kalocza n'avait jamais joui, entre autres celui de procéder au second couronnement et de n'être plus soumis, dans sa province, à la juridiction du primat. Sur les protestations très vives du chapitre de Gran, Innocent III, plus ferme cette fois, refusa de sanctionner cette convention.

Mais le mal était fait. La noblesse magyare, de plus en plus irritée contre son roi et contre TAllemand, indigne de l'épiscopat, dont il avait fait un si haut personnage, comprit qu'il fallait s'attendre à tout, quand elle vit un autre frère de la reine, Egbert, évêque de Bamberg, chassé d'Allemagne, arriver, à son tour, en Hongrie, et y recevoir, lui aussi, des terres et de l'argent. L'étrangère détestée, Gertrude, semblait prendre plaisir à exaspérer les magnats, puisant à pleines mains dans le trésor conjugal pour enrichir ses compatriotes. En 1212, elle envoie en Allemagne sa fille Elisabeth *, fiancée à Louis de Thuringe; mais elle a réuni, pour la dot et les cadeaux destinés à la cour du landgrave, des objets d'un prix considérable, hors de proportion avec les ressources du royaume : étoffes précieuses, meubles d'argent et d'or, joyaux et pierreries. Vêtue d'une robe de brocard d'un luxe inouï, la jeune fille part de Presbourg, sur une litière d'argent massif, et la reine lui fait ses adieux en disant aux envoyés du landgrave : « Que votre maître veuille bien se contenter provisoirement de ce que je. lui donne aujourd'hui; si Dieu me prête

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