Fidèles et obnoxii
et celui-ci, par délégation spéciale, chargera l'archevêque de Tarragone de procéder, à Saragosse, à la cérémonie du couronnement.
Des documents aussi précis ne laissent aucun doute sur le caractère et la portée des faits. Il s'agit bien, au fond comme dans la forme, d'une inféodation de l'Etat aragonais à la papauté ^ Mais il ne faut pas perdre de vue que les consciences pieuses du moyen âge, au lieu de considérer l'assujettissement au pape comme une situation humiliante, y voyaient au contraire une faveur et un privilège désirable. C'est ainsi que la papauté elle-même s'efforçait de présenter les choses et la plupart des âmes chrétiennes acceptaient cette interprétation. Cependant, au début du xiii^ siècle, les nationalités qui se formaient sentaient obscurément que les rois étaient faits pour représenter et défendre l'indépendance nationale, en face de l'Eglise universelle et de ses chefs. Pierre II avait fait le contraire. Les nobles de l'Aragon et de la Catalogne
1. Les historiens modernes de l'Espagne et, pour ne citer que le plus récent, M. Raphaël Altamira, ont recherché les motifs qui avaient pu déterminer le roi d'Aragon à manifester son vasselage d'une manière aussi com.plète et aussi retentissante. Ils ont trouvé que Pierre II avait besoin des marins d'Italie pour conquérir les Baléares ; que, pour pouvoir intervenir, en toute liberté d'action, dans l'aflaire des Albigeois, il lui était nécessaire aussi de faire acte de dévouement au catholicisme et au pape, etc. On peut donner une explication plus simple en observant que le couronnement de Pierre II à Rome était la conséquence logique, l'aboutissement des actes de vassalité et de soumission à Saint-Pierre par lesquels ses prédécesseurs, depuis le milieu du xi® siècle, avaient sollicité obstinément le protectorat de l'Eglise romaine.
lui en surent mauvais gré et se liguèrent pour l'obliger à rétracter l'acte d'inféodation. L'État aragonais n'en resta pas moins dépendant et censitaire du pontife romain. Innocent III en était si bien le seigneur dominant qu'après la mort de Pierre II (1213), il prit en main la tutelle de son fils Sanche P"", nomma lui-même ses conseillers et constitua le gouvernement du roi mineur. Gouverner les rois après les avoir couronnés, n'était-ce pas là, aux yeux de l'Église, le droit du successeur de Pierre et son idéal politique?