‹ Innocent III: la croisade des AlbigeoisChapitre 3 sur 17 · IX · texte numérisé non relu

IX

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Inde les les

LA FRANCE DU MIDI ET l'oPPOSITION RELIGIEUS

mettre à part. « Les Vaudois étaient mai mais, par comparaison, beaucoup moins pc que les autres. Leur doctrine avait de nombr similitudes avec celle que nous professons:

n'en différait que sur quelques points. »

Ceci explique pourquoi le valdisme, penda:

trente dernières années du xii* siècle, se répan vite et si loin de son lieu d'origine. On le re; trait dans la vallée du Rhône, dans les Alpe Lorraine, dans la région maritime et pyrém du Languedoc, en Lombardie, en Catalogne e qu'en Aragon où il fit concurrence au cathar Beaucoup de catholiques devinrent Vaudois, i qu'ils pensaient ne s'écarter que très pe l'ancienne religion. Il est vrai que, dans la tique, les adversaires de l'hérésie prenaient ment la peine de distinguer. En temps de gi et devant le bûcher, la différence des reli ennemies s'effaçait. Dans la masse des vie que fera la croisade d'Innocent III, il y aura être autant de Vaudois que de cathares ou d' geois proprement dits.

Le catharisme venait de loin. D'origine c taie, il s'était constitué chez les Gréco-Slav la péninsule des Balkans, surtout chez les gares. De là il avait gagné la Bosnie, la Dak et par les ports de l'Adriatique, l'Italie du Dès le commencement du xi' siècle, il

^s et des mar-

rhérési e. Les

écoles fran^

Picardie et de

velle s'infiltra

part des villes

populeuses de la France du nord, Orléans,

Châlons, Reims, Arras, Soissons. Mais elle conquit

aussi, par masses plus considérables, la région du

Bas-Languedoc et de la Provence. A Montpellier,

à Narbonne, à Marseille, se formèrent les premiers

groupes des prédicateurs de la secte. De là ils se

rendirent de marché en marché, de château en

^ château, rayonnèrent jusqu'aux Pyrénées, jusqu'à

j Toulouse et à Agen. Plaçant leur croyance en

I même temps que leur marchandise, ils conver-

I ; tissaient seigneurs, bourgeois et paysans. Un des

J plus violents adversaires de l'hérésie, Luc, évêque

I de Tuy, leur lance cette apostrophe railleuse :

i <( Est-ce que vous trouvez, dans le Nouveau Testa-

[^^ ment, que les apôtres couraient de foire en foire

: pour trafiquer et gagner de l'argent? »

La religion amsi colportée n'était pas un système d'épuration du catholicisme, mais une croyance positive, fondée sur un principe radicalemenTconr , traire à celui de la doctrine chrétienne. Le dua-

b \ lisme, au lieu du monothéisme : un Dieu bon,

i^ créateur de tout ce qui est esprit et de tout ce qui

Et

est bien, juxtaposé à un Dieu mauvais, auteur corps et de la matière, du mal physique et mo Tout ce qui est matériel, pour le cathare, détestable. Le contact avec la chair consti l'impureté, la déchéance, le péché mortel. D une telle croyance, la perfection, c'est d'agir pur esprit. L'albigéisme condamne, en théorie mariage, la procréation, la famille. Poussé à conséquences extrêmes, il ne laisse subsister des individus dont chacun est à lui-même centre et son but. En fait, ces principes essent ont été appliqués par les esprits logiques d< secte, ceux qui la dirigeaient et qu'on appelait parfaits^ une petite minorité, sans doute, n agissante et convaincue. Cette élite fournissait catharisme ses évêques et ses prêtres, les prédi teurs vêtus de noir : elle maintenait dans la mi des fidèles, des croyants , l'enthousiasme de la Nul doute qu'un pareil système religieux, su; vance du m anichéis me ancien, ne fût, au point vue philosophique, inférieur au christianisme, dogme de la dualité divine, sur lequel ici t reposait, résolvait d'une façon par trop simpl la question des rapports de l'âme et du corpî celle de l'existence du mal. Tandis que la spéci tion chrétienne essaye de concilier ce qui est lié réalité, l'idée du parfait et de l'absolu avec le du mal, l'esprit avec la matière, le catharis

lent.

>t le Qces rtifi-

uctkiuu, ic uicpris ciusuiu uc lu. cuuir, i auiuircitioil

pour la vie de Tanachorète ou du moine cloîtré. Dans les procès-verbaux de l'Inquisition dressés au milieu du xiii® siècle^ mais qui se réfèrent souvent à des faits bien antérieurs, ce n'est pas seulement le fanatisme de l'inquisiteur qui étonne, c'est aussi celui de l'enquêté; c'est l'opposition des apôtres cathares aux instincts les plus puis-* sants de la nature de l'homme. Ceux qu'ils font entrer dans la secte pour y jouer un rôle actif, doivent quitter parents, enfants, mari ou femme. Tenus de suivre un compagnon ou une compagne qu'on leur désigne, ils se condamnent au célibat et à l'abstinence perpétuels. Ils sortent de la vie sociale et n'y touchent que pour la prédication et la propagande. Beaucoup de (c parfaits » professent impitoyablement qu'il faut, pour être sauvé, appartenir à leur église ; que ceux qui restent en dehors sont des démons; que cela est vrai même de l'enfant en bas âge, même de celui qui est dans le sein de sa mère, produit impur du péché. Et l'on entend parfois le cri du sentiment maternel qui éclate. « Pourquoi ai-je perdu tous mes fils? » demande un jour un témoin, une femme, à

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deux hérétiques qui lui avaient dit être des

Dieu, c'est-à-dire des parfaits. « Parce c

<( vos fils étaient des démons », répondei

la femme ne voulut plus, dès lors, écou

prédication. Ailleurs un mari reproch

femme de ne pas adhérer à l'hérésie, con

le monde le faisait dans leur village, et

vainement de la contraindre. Celle-ci s'o!

éviter les hérétiques : ne lui ont-ils pas

qu'elle était enceinte d'un démon? <c Mo

dit-elle aux inquisiteurs, m'a souvent inj

battue parce que je ne voulais pas les aime

Le fanatisme albigeois se décèle par u

excès : l'aspiration du croyant à la mort c

avait reçu^ par l'acte solennel appelé le <

menturriy l'espèce de baptême in extremis

assurait le salut. On voyait alors des n

heureux d'être en état de grâce, se laisser

de faim, de leur propre mouvement ou

conseil d'un ministre. Et quand l'instinct

servation se révoltait, les parents étaient

le dompter. « Pendant deux jours, rapoi

femme citée en témoignage, ma fille me r

manger et à boire, ne voulant pas que je j

le bénéfice du sacrement qui m'avait été <

Le troisième jour seulement, je pus me p

de la nourriture et je fus guérie. »

Comment cette religion, si différepite par

stinct ment e pu t que acipe petit pour lient, )Ie et aùce, le et pour leure ition ai lé X de qu'il mde.

conivent brent pnts parîhent [u'ils je. Il dire

LA FRANCE DU MIDÏ ET |.'OPPOSlTION RELIGIEUSE

D'ailleurs les cathares s'adressaient à certaii sentiments, toujours vivaces dans la foule, en exe tant, chez les pauvres, l'aversion pour un clerg riche et indifiPérent aux misères sociales. L'éco] hérétique du Périgord enseignait que l'aumône r vaut rien « parce que personne ne doit rien po! séder en propre ». On avait soin de rappeler qu( dans l'Église primitive, aucun chrétien ne pouva être plus riche qu'un autre et que tout était m en commun pour le bien de tous. A certains égardi la communauté des parfaits albigeois ne reconnaii sait pas la propriété individuelle : l'argent reç des fidèles, par donation ou par legs, était vers à la masse et consacré au soulagement des déshc rites. « Veux-tu sortir de ton état misérable disaient-ils au pauvre, viens à nous, nous auroi: soin de toi et tu ne manqueras de rien. »

Le catharisme avait d'autres moyens de séduc tion. Pas de purgatoire (les prières ne peuvei rien pour les morts) et pas d'enfer. L'enfer, pou les Albigeois, le lieu de pénitence et de punitioi c'est la terre, la vie corporelle dans le mond visible. Après un passage plus ou moins long travers les enveloppes charnelles, toutes les âme finissent par être sauvées. On comprend ce qu'un telle perspective avait d'engageant pour la fouh Elle ne se demandait pas comment la théorie su le bonheur éternel réservé à tous pouvait se cor

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fré- Taul'in-

sister sur les caractères exotiques de leur croyance, s'empressaient de faire ressortir sa connexité avec l'ancienne foi. Ils se rattachaient de toutes leurs forces au christianisme et protestaient contre l'accusation d'hérésie. A les entendre, c'était le catholicisme qui s'écartait de la véritable tradition chrétienne; ils ne faisaient, eux, que rétablir le culte et les doctrines de l'Église primitive. On niera difficilement, en effet, l'analogie frappante des cérémonies cathares avec celles de la liturgie chrétienne des premiers siècles. Les sectaires s'appuyaient sur le Nouveau Testament pour combattre le catholicisme dégénéré : ils pratiquaient la morale du Christ et croyaient, eux aussi, qu'il avait été envoyé sur terre pour délivrer les âmes. S'ils voyaient surtout dans l'Ancien Testament ! l'œuvre de Satan, ils en prenaient cependant ce \ qui leur convenait, en l'interprétant par symboles : ainsi ils conservaient les livres sacrés des catho- I liques. Ils gardaient aussi leurs grandes fêtes religieuses, Noël, Pâques, la Pentecôte; ils prati- ' quaient une sorte de confession, V appareilla^ menturrij qui n'était que la confession publique des premiers chrétiens; ils s'étaient même donné une organisation hiérarchique, des prêtres et des évêques, avec des circonscriptions diocésaines délimitées k peu près comme celles de l'ancien clergé. Il ne leur manquait que le pape. L'adepte \

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« répliqua l'évêque, ne reconnais-tu pas qu'ils sont « dans l'impossibilité de répondre à mes objections ? « — Mais nous le reconnaissons, dit le chevalier. — « Alors, reprit Foulque, pourquoi ne les chassez « vous pas de votre terre ? — Nous ne le pouvons « pas, répondit l'autre. Nous avons été élevés « parmi eux : plusieurs de nos proches vivent avec « eux, et nous sommes obligés d'avouer qu'ils se « conduisent très honnêtement. »

La diffusion de l'hérésie albigeoise s'explique j donc par sa nature même et par le caractère de 1 ceux qui la propagèrent : mais l'état social du j pays favorisa singulièrement le travail du prédi- \ cateur. Quand la semence tomba, le terrain était • préparé.

La première chance des hérétiques fut de n'avoir i devant eux qu'un clergé dépourvu d'influence ; morale etjgrofondément discrédité. « Les laïques, 1 dit Guillaume de Puyiaurens, avaient si peu de respect pour leurs curés qu'ils les mettaient au même niveau que les Juifs. Au lieu de dire en jurant : « J'aimerais mieux être Juif que de faire telle chose », ils disaient : « J'aimerais mieux être curé ». Quand les prêtres se montraient en public, ils avaient soin de dissimuler leur tonsure. Il est

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