‹ Innocent III: la croisade des AlbigeoisChapitre 4 sur 17 · UX · texte numérisé non relu

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LA FRANCE DU MIDI ET l'OPPOSITION RELIGIEUSE 23

Cette liste des abus prohibés est par elle-même\ un tableau de mœurs. Qu'on y joigne les aveux du\ moine-chroniqueur, Geoffroi de Vigeois, les sarcasmes de certains troubadours, comme Pons de la Garde et Gaucelm Faidit, surtout les accusations contenues dans les lettres mêmes d'Innocent III, et l'on pourra juger à bon escient la conduite habin tuelle des prélats de langue d'oc. Il suffit de voir en quels termes ce pape a parlé du clergé de la Narbonnaise et de son chef, l'archevêque de Narbonne, Bérenger II. « Des aveugles, des chiens muets qui ne savent plus aboyer, des simoniaques qui vendent la justice, absolvent le riche et condamnent le pauvre. Ils n'observent même pas les lois de l'Église : ils cumulent les bénéfices et confient les sacerdoces et les dignités ecclésiastiques à. des prêtres indignes, à des enfants illettrés. De là l'insolence des hérétiques : de là le mépris des seigneurs et du peuple pour Dieu et pour son église. Les prélats sont dans cette région la fable des laïques. Mais la cause de tout le mal est dans l'archevêque de Narbonne. Cet homme ne connaît d'autre Dieu que l'argent; il n'a qu'une bourse à la place du cœur. Depuis dix ans qu'il est en fonction, il n'a pas visité une fois sa province, pas même son propre diocèse. Il s'est fait donner cinq cents sous d'or pour consacrer l'évêque de Maguelonne et lorsque nous lui avons demandé de

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grand'peine ces vassaux sans cesse insurgés; e d'ailleurs ce haut suzerain n'agit pas autremeni que les autres. Persécuteur de l'abbaye de Moissac il se fait excommunier, en 1196, par le pape Cèlestin III pour avoir détruit plusieurs églises dépendani de Saint-Gilles, rançonné les hommes de ce monas tère et bâti une forteresse menaçante pour Tabbé D'un bout à l'autre du Languedoc, l'Église subii les mêmes assauts, Roger II, vicomte de Béziers saccage l'abbaye de Saint-Pons-de-Tomières (1171) jette en prison l'évêque d'Albi (1178) et trouve plaisant de lui donner comme geôlier un hérétique. En 1197, les moines d'Alet ayant élu ur abbé désagréable au tuteur du nouveau vicomte d< Béziers, celui-ci met l'abbaye à feu et à sang e1 incarcère l'élu. Puis, par une fantaisie macabre, l fait installer le cadavre de l'abbé défunt dans h chaire abbatiale jusqu^'à ce qu'il ait arraché am moines l'élection d'une créature k lui.

A Pamiers, les gens du comte de Foix, Raimon- Roger, coupent en morceaux un des chanoines de l'abbaye de Saint-Antonin et crèvent les yeux à un autre frère de la même maison. Le comte arrive bientôt après avec ses chevaliers, ses bouffons e1 ses courtisanes, enferme l'abbé et ses religieux dans l'église où il les laisse trois jours à jeun, e1 les expulse ensuite, presque nus, du territoire de leur propre ville. Ce « chien très cruel », comme

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