DEUXIÈME CONFÉRENCE
Nous avons assisté, Messieurs, à la fondation de l'Église, nous allons pénétrer dans son histoire ; c'est vous dire que nous descendrons beaucoup. Mardi dernier nous respirions sur ces sommets qu'il fait si bon gravir, où l'air circule si libre et si pur; nous y avons contemplé cette religion si vraie, si vivante, si jeune, si simple à la fois et si profonde, si divine et si humaine, si sérieuse et si libérale, qui prend le cœur et ne mutile pas la vie, qui relève et qui transforme au lieu d'amoindrir et d'étouffer, qui fait des hommes et qui ne fait pas des moines.
Nous assisterons aujourd'hui à un spectacle bien différent. Le principe païen va se revancher. Il s'agit d'empêcher la rencontre de l'homme avec Dieu, il s'agit d'empêcher la rencontre de l'homme avec luimême; il s'agit de supprimer l'œuvre de la foi : la nouvelle naissance, la profession personnelle, l'Église.
Le principe païen y est parvenu. Il a pris posses-
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aoudu christianiâmevet L'a refait à. son image.. Sdil wmxsks^ a âté'teL^ qwèî toas^plutii ovb moins, noua< vivons ail sein, nous agissons sous Finfluence de ce chnstia»< nisme pagamsé; tous^ sans eiiception, nous^ sommes, à quelque degré païens. Lorsque les réformateurs, aui seizième siècl^ se: sont, efforcés de reconquérir le domaine* du priacipe; chrétien, ila n'y on( qu*impa£Tf fidtemenl réusssk; ils ont saisi, le dogffla,.r^lisâr leur a échappé.
Notre sujet aiijourd'hui, cfest d<mc. l'invafflon prer** nsière du principe- païen dans- le christianisme* Pour fadre cette étude avec, fruit, il faut que nous puissionsi comparer ce que: nous avons^ vu, avec ce que nousi allons: voir. PerBiettiez^mjoi,, Messieurs, de rappeler, en quelqtBss motales grandes idées par lesquelles j'ai terminé l'autre^ joun.
Qu'apportait-il, ce priacipe chrétien proclamé: pal les apôtres, de lésus^Christ? il apportait, la religion personnelle a» milieu. è'uamonde où régnaient exclu-- SFremienitles croyances nationales et héréditaires, les déguisements hypooriites de laivieiUe inecédulité. Un Sauveur était venu ; la- .nécessité, de la. nouYdle nai»-* sance' avait été nxrâe en lumière^; la grâce gratuite de BisQs-étaifeadressée àchaque.conscieace in^iividuelle^ «cteque homme ava^ été> appelé à reconnaître et è amer son sauveicr; lés.&usses.auloiitéa : sacerdoces, traditions, directiionfl^ avademt éibét renversées ; Uâma avait été pd4ceFeivlace.dll Dieu. d-'amuMur et de sainr teté. Il y BU dans^ la pidnidpet chrétien non pas sealer ment une doctrinevu» systèmev.il. y a ua appel d'ea haut;' c'estia voioatkii^Père céleste ^cûsanl; à Wus^ Vous
peuvent la comprendre^ elle est à la portée des plus humbles, des plus ignorants. Le temps des religions d'initiés semble fini ; la religion populaire, la religion des petits enfants et de ceux qui savent le devenir a paru.
Vous vous rappelez de quelle façon merveilleuse toutes choses s'étaient transformées par le contact du principe chrétien. — Aux nobles mais impuissantes aspirations du stoïcisme, aux minuties des casuistes, aux austérités affectées des pharisiens, aux mutilations des ascètes, succède tout à coup la grande mo* raie, celle qui procède du dedans au dehors et qui, pour changer la vie, s'empare du cœur. Le. devoir se place désormais à côté du mobile ; la foi en Celui qui s'est donné pour nous contraint notre cœur de se donner à son tour ; la foi devient ainsi l'œuvre des œuvres: elle nou^ sépare du péché, elle nous fait entrer dans la vie nouvelle, vie de consécration joyeuse et de vraie liberté. La famille avait été détruite ; la famille renatt. L'Église apparaît, l'Église, ce fait inouï, cette négation de l'antiquité tout entière, cette organisation vivante de la spontanéité. Enfin le fait chrétien, qui enfante des convictions individuelles, des consciences droites, des âmes inasservies, crée en m ème temps et par cela seul la liberté reli- « gieuse et l'indépendance des sociétés. L'Église, quise distingue profondément du monde et de l'État, exerce sur le monde et sur l'État une influence décisive; les institutions odieuses tombent sans qu'on les touche, la civilisation moderne a vu le jour.
Messieurs, il y a plus d'unité qu'on ne l'imagine en ee monde, soit pour le bien, doit pour le mal. N'avons*
BOUS pas tous été'frappés de ce fait qu'on retrouve la grande doctrine de Tindividualisme à la base de tout ce qui est bon, de même qu'on rencontre la doctrine des croyances collectives à la base de tout ce qui est mauvais? Ce qui a produit le sacerdoce universel, la vraie morale, TÉglise de libre adhésion, la famille unie, la liberté des âmes et des sociétés, c*est le principe chrétien. Ce qui a produit le clergé, la casuistique, les couvents, le catholicisme, l'abaissement du lien conjugal, l'esclavage des âmes et celui des sociétés, c'est le principe païen.
Et le contraste s'exprimera plus énergiquement encore si, au lieu de considérer les applications extérieures des deux principes, nous allons chercher au fond même des consciences leur silencieuse action. Prenons deux hommes : celui-ci professe le chris* tianisme le plus orthodoxe, mais ce christianisme n'est pas à lui, il Ta reçu comme on reçoit un héritage, il le professe comme on professe les opinions de sa famille, de son temps et de son pays; il le professe parce quMl lui est plus commode de l'admettre que de le rejeter, parce qu'il lui faudrait plus d'énergie pour être incrédule que pour être croyant ; cet homme, régulier dans sa doctrine, régulier dans sa conduite, . régulier dans son culte, fait des aumônes, goûte une prédication fidèle, éprouve au besoin certaines émotions religieuses, du reste il ne sait le premier mot ni de la douleur du péché, ni de la joie du salut, ni des luttes intimes de la conversion ; je dis que cet homme est païen. L'autre rejette encore le christianisme,'^ il n'a pas trouvé mais il cherche, « celui qui cherche, trouvera » ; cet homme respecte trop la vé-
rite pour professer Ce qu'il n'admet' pas, cet homme éprouve les' angoisses du douté sérieux, cet homme a soif de lumière et de paix, il comprend que l'œuvre de la foi s'empare du cœur tout entier, et il hésite à croire, car le jour où il aura cru il ne se donnera pas à demi. Je dis que cet homme est déjà saisi par le principe chrétien.
Un tel rapprochement, Messieurs, vous révèle mieux que ne pourraient faire mes paroles, la nature d'un pouvoir si nouveau.
D'où vient-il? voilà ce que je vous ai demandé. Ils ne l'ont pas regardé un seul instant, ceux qui prétendent qu'on l'a inventé-l L'rnventeur du christianisme! L'inventeur de la personne, de la vie et de la doctrine de Jésus-Christ ! On a osé le dire, Messieurs. Vous vous rappelez la réponse de Rousseau *. Et cependant-Rousseau connaissait bien mal le christianisme. Il le voyait du dehors ; il n'éprouvait envers lui qu'une sorte de sympathie esthétique. Pour nous, croyants, nous savons ce qu'il faut penser de l'invention du christianisme au premier siècle, ou de sa formation mythique au second. Jamais contre-vérité plus insolente ne fut proposée à la crédulité des incrédules. Quoi, l'homme donner ce qu'il n'avait pas ! Quoi, la tradition enfanter le contraire absolu de ce que renfermait l'esprit humain ! Quoi, le pécheur prononcer la condamnation de tous ses esclavages, de toutes ses passions, de tous ses péchés ! « On ne cueille, pas des raisins sur les épines; » on ne cueille pas le principe chrétien sur l'arbre païen.