RÉFORMES RELIGIEUSES
de son rang, à lui prêter obédience après l'élection pontificale. La seconde avait été la duchesse de Modène(l).
Pour réformer les mœurs du clergé, il ordonna, comme nous l'avons dit, la visite apostolique de tous les couvents, obligea tous les ecclésiastiques à n'avoir qu'un seul béuéflce et n'accepta pas de recommandations pour les nominations.
Il s'efforça de rétablir l'ordre public et d'assurer le respect du gouvernement. L'un de ses principaux soins fut de travailler à l'abolition des franchises et des quartiers dont abusaient les ambassadeurs et les cardinaux.
Bonvisi envoya à Cybo des lettres « ouvertes » à la reine de Suède et au cardinal Azzolini. Il lui avait proposé d'agir auprès des plénipotentiaires au Congrès pour que les territoires dont les suédois avaient été dépossédés fussent remis à la reine au moment de la paix. Christine aurait été ainsi dédommagée de ses pertes. Mais, le 28, il ajoute que l'empereur a peu d'espoir, pour la reine de Suède dans le traité qui sortira du Congrès de Nimègue.
Le 8 avril 1679, Cybo engage Bonvisi à ne pas se servir de phrases qui sigm^Qui protection, lorsqu'il recommande à S. M. Ces. les intérêts de la reine de Suède, car ces expressions ne pourraient pas plaire à la reine. Le nonce lui répond, le 30, en l'assurant qu'en écrivant à la reine Christine sur ses affaires personnelles il n'a jamais employé le mot de protection sachant combien S. M. tient à ce que sa qualité soit reconnue. Mais il lui répète en même temps que l'empereur ne peut rien faire, trouvant tout le monde irrité contre elle. « Seul le roi très chrétien pourrait obliger l'insertion d'un article dans le traité pour le rétablissement de la reine ».
(1) Le pape continua toujours à entretenir de bons rapports avec la duchesse de Modène, mère de la femme du duc d'York, et à la naissance de l'héritier de l'empereur Léopold, ce fut Innocent qui se plaignit à Vienne de ce qu'on n'eût point fait part au duc de Modène de cet événement. Et l'empereur s'excusa en disant qu'il n'en avait fait part qu'aux membres de la Maison d'Autriche.
D'un caractère très mystique et juge vigilant de tout ce qui touchait à la dignité de l'Eglise, Innocent demandait avec ténacité réparation de tout attentat commis contre elle; mais, dès qu'il entendait un mot de repentir, il s'apaisait et usait d'indulgence dans la punition.
On ne peut pas dire qu'il ait été un pape populaire. De même qu'il n'aimait pas à recevoir de recommandations pour le choix des dignitaires, il n'accordait pas non plus facilement des grâces, préférant l'obéissance et l'estime pour sa justice et ses vertus à une reconnaissance toujours passagère. Il fut large, pour le peuple, de pain et de travail mais pas de spectacles ni de cérémonies éclatantes. La classe élevée des Romains le craignait, elle regrettait de ne pas obtenir de lui les générosités et les places auxquelles l'avaient habituée ses prédécesseurs. Mais, à sa mort, il y eut un tel réveil de sympathie et de vénération pour ce pontife, qu'on appelait déjà saint, que le peuple dans l'excès de sa dévotion en oublia le respect qu'il devait à son cadavre, et alors ceux qui l'avaient méconnu vivant durent se prosterner devant sa tombe.
Du reste malgré toutes ses vertus. Innocent scandalisa parfois ses contemporains. Souvent il reprochait aux princes d'être insouciants du bien de leurs peuples, de ne penser qu'à gaspiller dans les fêtes et dans la satisfaction de leurs désirs l'argent qu'ils recevaient de leurs sujets, et de se voir obligés, dans les moments les plus graves, de recourir à sa bourse. Dans une audience au comte de Gubernatis (1), représentant du duc de Savoie, il fit un véritable réquisitoire contre les princes, concluant: Ce ne sont pas les peuples qui sont faits pour les princes, mais les princes qui sont
(1) Notizie Mbliografiche e lettere di Papa Innocenzo XI, pubblicate da^Giiiseppe Colombo, Torino, 1878, p. 52.