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LA RÉUNION DES CORTÈS

Le 15 novembre, Muzio annonce, à Cybo que, finalement, le duc s'est décidé à écrire au prince et à la princesse de Portugal.

Et, le 20, Durazzo informe Cybo que viennent d'arriver à Lisbonne presque tous les procureurs qui doivent prendre part aux Certes {aile Corti) pour le Corps du peuple; que tous les évêques représentants l'Etat ecclésiastique, sont é^^a- Jement arrivés et que, le 22, aura lieu l'ouverture. On a déjà garni de tapisseries splendides la salle du palais dite des Allemands, où aura lieu la cérémonie. Il annonce aussi qu'on vient de nommer Ribero de Macedo, ambassadeur extraordinaire en Savoie, et que le comte Gubernatis est venu en qualité de représentant du duc. En ce moment se trouve aussi à Lisbonne le comte Korchinski, ambassadeur de Pologne, en vue d'obtenir des secours pour la guerre contre les Turcs.

Le 22, eut lieu l'ouverture des Cortès, le régent siégait sur le trône, et deux orateurs, un pour chacun des Corps, priient la parole; après le baise-main du régent, les différents Corps se sont réunis en comité pour discuter le changement à apporter à la loi de succession. Et, le 18 décembre, le nonce informe encore Cybo qu'aux Cortès on demande un million de crociati pour S. A., pour subvenir aux frais du mariage de l'Infante avec le duc de Savoie, et il ajoute « qu'on voudrait obtenir que le clergé y contribuât pour 120,000 moyennant la concession par le pape d'une somme équivalente de dîmes ecclésiastiques. On avait déjà entamé des négociations pour la concession de ces dîmes en faveur de la Pologne, et le pape s'y était montré favorable.»

Un point capital du programme d'Innocent XI dans l'administration de l'Eglise était: l'éloignement des Turcs de l'Europe, le triomphe de la Croix sur le Croissant. Pour l'exécution de ce plan, il devait s'efforcer d'assurer la conclusion de la paix générale en Europe, afln que, libres de toutes préoccupations de défensive en Occident, l'empereur et le roi de Pologne, unis aux Moscovites, pussent diriger toutes leurs forces vers l'Orient et contre les infidèles. Le moment était favorable pour travailler à la paix.

Dans son premier bref à l'empereur Léopold, en date du 7 octobre 1676, le pape le loue de son amour pour la tranquillité publique de la république chrétienne; tranquillité dont il dit: votorum nosU^oî'um summa sit.

Les traités de Westphalie avaient donné la paix à l'Europe pour une vingtaine d'années ; mais, si l'empereur s'en trouvait satisfait, d'autres princes semblaient vouloir j obtenir des modifications. L'ambition de Louis XIV jeta l'Europe dans une guerre qui dura environ dix ans. Les hostilités ne furent pas restreintes au continent; elles s'étendirent jusqu'au Nouveau Monde: Cayenne fut prise par les Hollandais et reprise par la France.

Ce fut Louis XIV qui alluma l'incendie.

A la mort de Philippe IV, roi d'Espagne, en 1667, Louis XIV, qui avait épousé Marie-Thérèse, fille de Philippe et d'Isabelle, celle-ci fille de Louis XIII, prétendit avoir

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droit à une partie de l'héritage^ de sa femme, à savoir: le duché de Brabant, le Hainaut, la Flandre, la partie de l'Artois demeurée à l'Espagne et le duché de Cambrai, au détriment du roi Charles II, né du second mariage de Philippe avec Marie Anne d'Autriche, sœur de l'empereur Léopold P"*, lequel avait épousé en premières noces Marguerite Thérèse, sœur de la reine de France Marie-Thérèse.

A Paris, on prétendait que ces provinces ayant été assignées en dot par Philippe II à la princesse Claire-Eugénie d'Autriche, morte en 1633, Philippe IV les avait reçues en héritage. Or, comme les lois du pays, disaient les Français, attribuaient l'héritage aux fils nés d'un premier mariage, le roi d'Espagne, ne pouvant pas contrevenir à la loi salique, ces provinces devaient revenir à Marie-Thérèse, reine de France, fille unique de Philippe; les Espagnols, par contre, répondaient que la loi salique devait aussi valoir eu Espagne, car statinbus masculis foerninae excluderenUir, et que, dans tous les cas, la Bourgogne était revenue à la maison d'Autriche par Marie, duchesse de Bourgogne, femme de l'empereur Maximilien et que Philippe II avait promulgué un décret, accepté par tout le monde, d'après lequel les provinces de Flandre devaient être le patrimoine inaliénable de la maison d'Autriche.

Tandis que les jurisconsultes discutaient, Louis XIV écrivit une lettre très gracieuse à sa belle-mère, la reinerégente Marianne, offrant son amitié et sa protection pour son beau-frère Charles II, âgé de cinq ans, pourvu qu'on lui abandonnât les provinces qu'il réclamait. La reine lui répondit qu'en sa qualité de régente elle ne pouvait pas décider sur une question aussi grave, mais qu'elle était prête à s'en remettre aux décisions de l'empereur, du roi d'Angleterre ou des Etats de Hollande. Alors Louis XIV répliqua, qu'avec les armes et ses troupes, il se rendrait, en peu de jours, maître de Cambrai, Bruxelles, etc.

La guerre, en effet, ne fut qu'une promenade militaire en Flandre et en Franche-Comté; elle se termina par le traité d'Aix-la-Chapelle en 1668; mais les hostilités devaient reprendre bientôt contre la Hollande, alliée de l'Espagne, et ensuite contre toute l'Europe. L'empereur, d'abord indécis, finit par joindre ses troupes à celles des princes coalisés, afin de sauver les intérêts de la maison d'Autriche et aussi par cette considération: que, si Louis XIV se rendait maître de la Flandre et de la Hollande, l'intégrité de l'empire serait menacée.

Au mois de juin 1774, il est vrai, un Congrès s'était réuni à Cologne pour travailler au rétablissement de la paix; mais bientôt les plénipotentiaires se séparèrent, et la guerre dura encore quatre ans environ.

L'empereur Léopold avait fait enlever et emprisonner, le 14 février 1674, le prince Guillaume Egon de Furstenberg, évêque démissionnaire de Metz et ministre de l'électeur de Cologne. Les Impériaux justifiaient l'enlèvement du prince Guillaume par ces motifs: qu'il n'avait aucun pouvoir ni lettres de créance qui lui conférassent un caractère politique; que, s'il en possédait, il ne los avait point communiquées; que d'ailleurs il ne pouvait être ambassadeur de l'électeur, puisque son maître était lui-même sur les lieux. Ne pouvant donc être traité comme ambassadeur de puissance étrangère, il avait été enlevé comme sujet rebelle, afin d'être remis entres les mains de la justice.

Les Français, par contre, considérant cet évêque comme leur ami, affirmaient qu'il avait des lettres de créance, qu'il les avait présentées aux ministres du roi et que cela devait suffire pour le mettre en possession de toutes les prérogatives que le droit des gens donne à tout ambassadeur. Et les représentants de Louis XIV demandèrent qu'il fût délivré et remis au roi d'Angleterre ou au roi de Suède; sur

l'emprisonnement de fûrstenberg 249

ie refus de l'empereur, ils quittèrent Cologne, et la guerre

reprit plus forte qu'auparavant.

Il en fut pour le prince Egon de Fûrstenberg comme pour Hélène, fille de Priam; son enlèvement fit verser bien du sang en Europe.

Toutefois, malgré le départ des plénipotentiaires de Cologne et la continuation de la guerre, la nécessité de la paix se faisait toujours sentir.

Pour soustraire le Congrès à l'influence impériale, le parti des belligérants hérétiques avait réussi à faire accepter la ville de Nimègue comme s'ège du nouveau Congrès, dont la réunion ne dépendait que de la libération de Fûrstenberg. Et^ dans une dépêche du 29 novembre 1673, l'abbé Siri, l'auteur du Mercure et résident du duc de Parme à Paris, informe son maître de l'arrivée du secrétaire du prince de Fûrstenberg, prisonnier à Neustadt, Celui-ci revenait de Londres, où il avait été envoyé par l'évêque de Strasbourg, afin de prier le roi d'Angleterre, médiateur de la paix, de ne plus insister auprès de l'empereur pour la délivrance de son frère, parce que celui-ci était persuadé qu'il ne pouvait plus faire appel qu'à la clémence de l'empereur. Ce secrétaire avait été reçu le mardi par le roi Louis XIY à Saint-Germain et lui avait notifié sa mission, en le suppliant de s'abstenir de toute démarche ou instance auprès de l'empereur pour la libération du prince, mais d'envoyer ses plénipotentiaires au Congrès de Ja paix, malgré sa décision de ne pas en envoyer tant que le prince de Fûrstenberg ne serait mis en liberté.

Louis XIV adhéra à cette demande et, par un manifeste du 28 novembre 1675, annonça le départ de ses plénipotentiaires pour Nimègue. « Toute l'Europe, publia le roi, est instruite depuis longtemps, des facilités que le roi a apportées pour reprendre à Nimègue le traité de paix que la foi publique et le

droit des gens violé en la personne du prince Guillaume de Fûrstenberg avait interrompu à Cologne. Alors que S. M. était en d roit de demander réparation entière de ce qui s'est passé au Congrès de Cologne, dont la liberté du prince Guillaume était la condition la plus importante, il trouva bon de se contenter, à la prière du roi de Suède, qu'il fût remis entre les mains d'un prince neutre jusqu'à conclusion de la paix. L'empereur s'y étant refusé, le roi différa le départ de ses ambassadeurs pour Nimègue; mais, à la suite des bons offices de révêque de Strasbourg, il a donné ordre à ses ambassadeurs de partir ».

A la suite de ce manifeste de Louis XIY, on put considérer comme certaine la réunion du Congrès de Nimègue.

Les plénipotentiaires de tous les pays s'y rendirent à différents intervalles, et les derniers arrivés furent les impériaux et ceux de l'Espagne.

L'empereur, dont l'armée avait repris Pliilippsbourg, espérait que les forces de l'Allemagne finiraient par avoir raison des Français et des Espagnols. Ceux-ci, quoique leur pays perdît plus que les autres en cette guerre, n'agissaient, selon leur coutume, qu'avec une grande lenteur^ n'arrivant pas à se décider. En outre, à cause du désordre qui régnait dans leurs affaires intérieures, ils s'en remettaient à leurs alliés plutôt qu'à leurs propres armes pour le sort de leurs provinces des Pays-Bas.

Les principaux alliés de l'empereur étaient l'Espagne, le Danemark, la Hollande et le Brandebourg.

De septembre 1676 à la fin de 1677.

Un mois après son élévation à la tiare, le pape Innocent avait déjà entrepris son rôle de médiateur. Il avait renouvelé les lettres de créance aux nonces extraordinaires que son prédécesseur. Clément X, avait envoyés près les

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