MGR. BEVILACQUA À COLOGNE
Et, le 26 février, Bevilacqua informe Cybo qu'après 19 jours de navigation sur le Danube, il est arrivé à Passau, reçu partout avec grand enthousiasme et beaucoup de solennité. Le 14 mars, il annonce qu'il est enfin àRatisbonne, où l'évêque <le Ogstett, vénérable vieillard, l'a reçu au bruit du canon et du son des cloches; il ajoute que le premier magistrat <le la ville l'a aussi invité à dîner, mais qu'ayant omis dans son toast de citer N. S., alors, lui, dans sa réponse, en fit réloge, reconnaissant qu'il devait l'accueil reçu à sa qualité de représentant du pape. Bevilacqua dit qu'en traversant la Bavière, il remarqua que les Impériaux n'y étaient pas aimés; que partout il trouva la milice sous les armes; et il cite le fait que, des membres de sa famille s'étant 4ittardés hors de la ville, on ne voulait pas ouvrir les portes, les prenant pour des Impériaux. A Herbipole, il reçut un ^)on accueil de l'évêque, mais non du chapitre, qui est en lutte avec son Ordinaire. Il navigua sur le Mein et, près ■de Francfort, il fut reçu en grande pompe par le magistrat et une nombreuse suite. De là, il passa sur le Rhin, et le 21 mars, arriva à Cologne.
Les instructions, données par Cybo à Bevilacqua, étaient la répétition de celles qu'avait reçues Mgr Fabio Chigi pour ie Congrès de Munster. Elles lui recommandaient de faire son possible pour que les négociations eussent à aboutir à la paix entre les princes catholiques, et aussi d'obtenir des hérétiques un traitement plus libéral en faveur de la religion catholique (1).
(1) Le 31 janvier 1677, Bonvisi, de Vienne, répond à Cybo à ce sujet : « que S. M. n'espère pas obtenir graud'cbose^ parce que cela sera renvoyé à la conclusion du traité de paix. Comme il semble que les princes hérétiques, observe le nonce, dépendent de l'empereur, qui les soutient avec des subsides pécuniaires, ils sont devenus très hardis, et l'on ne veut pas leur fournir un
Le pape ne se préoccupait pas seulement de voir son représentant accueilli à Nimègue avec les honneurs dus à son raug, afin qu'il pût mieux réussir dans son rôle de médiateur, mais aussi du fait qu'il était seul à le remplir. Le roi d'Angleterre était médiateur, mais principalement pour ce qui regardait les princes protestants; et Innocent n'était guère satisfait d'avoir un pareil collègue dans la médiation, car on le considérait aussi en ce moment comme trop ami de la France et surtout entièrement favorable aux hérétiques.
Se rappelant ce qui s'était passé au Congrès de Munster^ où le nonce Chigi était médiateur de concert avec l'ambassadeur de A^enise, il chercha, dès le début, à avoir de nouveau la République comme, si l'on peut s'exprimer ainsi^ collègue à Nimègue; car sa qualité d'Etat laïc lui permettait de traiter avec les protestants.
« Hier, écrivait, le 18 octobre 1676, Bonvisi à Cybo, l'ambassadeur de Venise est venu pour m'informer qu'à la suite des instances de S. S. auprès de son collègue à Rome, afin que la République se présentât à Nimègue comme médiatrice, il avait demandé les passeports pour le Procureur Nani. J'ai répondu à sa confidence, en lui disant que, dans mes conversations avec les ministres impériaux et avec l'ambassadeur d'Espagne, j'avais trouvé de bonnes dispositions pour cette intervention. Ils désiraient toutefois qu'elle fût précédée de quelque satisfaction touchant le fait du Golfe (de Venise), où l'on trouvait que la République avait excédé, ayant été cause que la plus grande partie des troupes qui devaient passer en Sicile s'étaient débandées; que, s'il demandait actuellement les passeports sans faire mention des satisfactions réclamées, il semblerait que la République considérait
prétexte pour changer de parti, ni les irriter en protestant contre la manière dont ils traitent les catholiques. Il faudra, conclut-il^ rédiger un rapport sur le tout et l'envoyer à Bevilacqua . . . »