SES LUTTES AVEC LOUIS XIV
sentence à la mort de ces deux grandes figures de la seconde moitié du xvii^ siècle. A Paris les obsèques de Louis XIY eurent lieu au milieu de l'inditterence du public, jjrovoquant même des manifestations de joie irrespectueuse; à Rome on dut défendre la dépouillé mortelle d'Innocent XI de la vénération des fidèles qui se pressaient autour d'elle pour arracher quelque relique.
L'esprit humain est ainsi fait qu'il croit plutôt aux calomniateurs qu'aux panégyristes, même les plus sincères et les plus véridiques. Aussi afin de montrer d'une façon plus frappante, la grande place qu'occupe Innocent XI dans la série des papes, avons-nous cru utile de reproduire ai-après en guise d'introduction, l'acte d'accusation que Louis XIV formula contre Innocent XI et qui résume tout son pontificat.
On a publié bien des ouvrages en faveur de ce pape, mais c'étaient des simples vies qui racontaient les faits, tandis que ses adversaires publiaient des correspondances, des documents puisés à la même source que le réquisitoire du roi.
Il serait facile de réfuter Louis XIV par Louis XTV luimême. On chercherait vainement un plus beau portrait du Pont'fe Odescalchi, que celui tracé par la bouche de Louis XIV, que nous a transmis l'abbé Lauri, dans une dépêche du 19 janvier 1682. Après avoir annoncé au cardinal Cybo que le roi avait publié un arrêt pour supprimer les abus axquels donnait lieu la Régale, il ajoutait que le bruit courait à Paris que non seulement Sa Majesté désirait un arrangement avec Rome, parce qu'elle était convaincue que le pape ne s'était allié avec personne, mais encore que le roi aurait dit en Conseil: «Le pape est un honnête homme, un saint, qui ne travaille pas pour des fins terrestres; il faut donc dire que ce qu'il fait, il le fait parce qu'il croit avoir raison et obéir à ce qui oblige sa conscience». Et, dans une dépêche du 26 novembre 1685, le
nonce à Paris, Ranuzzi écrit que « ayant manifesté au roi les sentiments de reconnaissance de Sa Sainteté à l'égard de Sa Majesté qui l'avait choisie pour arbitre dans le différend entre l'Electeur Palatin et la duchesse d'Orléans au sujet des droits de cette princesse sur la succession de son père et sur celle de son frère, et ayant présenté au roi la gloire qui lui eu revenait comme un nouvel argument en faveur du maintien de la paix. Sa Majesté lui répondit qu'elle avait pris cette résolution pour confirmer encore davantage la confiance qu'Elle avait dans la rectitude de Sa Sainteté et pour contribuer à la paix ».
Ces éloges font encore mieux ressortir le manque de sincérité dans les accusations formulées par Louis XIV dans la lettre ci-après. Les négociations qui suivirent prouvent, du reste, le non fondé de ces accusations; le réquisitoire royal est tout simplement un truc diplomatique.
Lettre du Roi à Monsieur le Cardinal d'Estrées.
Ecrite à Varsailles (sic) le G septeinhre 1688 (1;.
Mon Cousin. Quoyque j'aye toujours crû que les préventions du Pape contre ma Couronne étoient plutôt les effets des suggestions de mes Ennemis, que de son inclination et de son penchant naturel pour la Maison d'Autriche ; néanmoins il vient de me donner des preuves si évidentes de sa partialité pour elle et de son grand éloignement à rétablir avec moy une bonne intelligence, qu'il ne me reste plus aucune espérance de le porter a reprendre les sentimens de Père commun, et à concourrir avec moy à ce qui peut et doit affermir le repos de l'Europe. Il y a même bien de l'apparence, que la conduite que Sa Sainteté tient à présent, produira bien tôt une guerre générale dans toute la Chrétienté. Et comme la prudence ne me permet plus d'attendre de justice de luy dans tous les différends qui peuvent avoir rap-
(1) Rome, Bibl. Vitt. Em., Fondo Gesititico, n. 269. Imprimé « à Aix suivant la copie imprimée à Paris sur l'ordre exprès de Sa Majesté »•