LES ])OLKANCES DE LOUIS XIV
port à mes intérêts, je suis bien aise, pour n'avoir rien a me raprocher, que vous lu y fassiez connoître encore une fois les justes sujets qu'il me donne de ne le plus considérer que comme un Prince engagé avec mes ennemis : et puisque mon Ambassadeur ne i)eut avoir aucun accès auprès de luy, et que la dignité de Cardinal vous oblige à garder des mesures qui ne conviennent pas avec la force des vérités, dont il est nécessaire qu'il soit informé ; vous luy ferez la lecture de cette dépêche, et vous luy en laisserez même l'original, qui le doit faire souvenir, que depuis son élévation à la Chaire de saint Pierre, je n'a}' rien obmis de tout ce qui le pouvoit persuader de mon respect filial pour luy, et du désir sincère que j'avois de contribuer à la gloire de son Pontificat, par toutes les mesures qu'une parfaite intelligence entre Nous pouvoit établir pour l'augmentation de nôtre Religion.
Que tous les ordres dont j'ay chargé le feu Duc d'Estrées vostre frère, ne tendoient uniquement qu'à une fin si salutaire au bien gênerai de la Chrétienté.
Qu'elle a fait aussi le seul sujet de vôtre envoy et de vôtre séjour auprès de Sa Sainteté.
Que c'est dans cette veuë que je vous avois permis de consentir a des temperamens sur la Regale, infiniment plus avantageux aux Eglises de mon Royaume, que ne pouvoient estre les prétentions mal fondées de quelques Evêques. quand même j'y aurois acquiescé.
Que quelque satisfaction que m'ayent donne les insinuations et les remontrances respectueuses^que vous avez faites a sa Sainteté, et toute la sagesse de vostre conduite et de vos négociations, néanmoins les préventions du Pape contre ma Couronne ont toujours rendu inutile toute la force de vos raisons.
Que je n'ay pas laissé néanmoins pour réduire cette affaire aux termes qui pouvoient plaire à Sa Sainteté, d'accorder aux très humbles prières du Clergé de mon Royaume, par ma dernière Déclaration du 24 Janvier 1682, tous les avantages dont je vonlois qu'ils fussent redevables à Sa Sainteté même, par le moien du rétablissement d'une bonne intelligence entre Elle et moy.
Que j'avois raison de croire que cet éclaircissement de mes intentions devoit contenter Sa Sainteté, et la disposer au moins
à avoir pour moy les sentimens, que la qualité de Père Commun luy devoit inspirer.
Que ce pendant bien loin de trouver en Elle cette affection paternelle, qui me devoit faciliter les moyens de ramener au giron de l'Eglise tous ceux de mes sujets qui avoient eu le malheur d'être élevez et nouris dans l'erreur, Elle s'est opiniâtrée par une dureté inflexible à refuser les Bulles à ceux que j'ay nommez aux Evêchez vacans de mon Royaume, et que j'ay reconnus les plus capables de travailler avec succéz à l'instruction et à la conversion des Hérétiques ;. Qu'elle a fondé son refus sur des moyens (j^ui n'ont jamais empêché aucun Pape de pourvoir ceux que les Roy s mes Prédécesseurs et moy, avons nommés en vertu du Concordat. Mais comme vous luy avez assés fait voir et a ses Ministres tous les inconvéïiiens de ce refus, et que les Evêques de mon Royaume, qui ont acquis le plus de réputation dans la Chrétienté, ont fuivi les mêmes maximes qui sont aujourd'hui le prétexte d'une prétendue incapacité dans ceux que la Cour de Rome oîi vous estes, qualifie n'être pas d'une sainte doctrine ; il est inutile de rebatre toutes les raisons qui ont été si souvent dites sur ce sujet et (|ue vous avez si bien expliqué, qu'elles ne pouvent laisser aucun lieu aux foibles excuses et aux prétendus scru pules de conscience, dont Sa Sainteté et ses Ministres se sont toujours servi pour colorer l'injustice du retardement qu'EUe apporte depuis plusieurs années à l'expédition de ses Bulles, q)Our des Prélats d'un mérite distingué.
Que les Catholiques anciens et nouveaux sont scandalisés de voir, que pendant que j'employe mes soins, mon autorité, et mes finances à la destruction et à l'entière extirpation de l'heresie, non seulement je ne puis obtenir de Sa Sainteté les grâces qui peuvent contribuer à l'affermissement de ce grand ouvrage, mais qu'au contraire Elle se fait un point d'honneur d'ôter a mon Ambassadeur les franchises, dont ses Prédécesseurs ont toujours joiii paisiblement, et qui leur ont esté confirmées par le Traité de Pise.
Qu'au lieu de se servir pour cet effet des voyes de douceur, de négociation et d'accommodement pratiquées en pareils cas entre Princes amis, et qui veulent observer les règles de la bien-seance, il a commencé par le refus de toute audience au Mar-